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29.09.2007

STUP: Stupéfaction...

Le croirez-vous? Sophie a un frère. Notamment un frère. Frère dont la femme, Valérie, travaille aussi à la clinique! Aide- Soignante. Bien que Frère soit plus jeune que Sophie, Valérie et lui ont eu leur premier plus tôt. Alan a vingt ans, mais ne se croit pas invincible. C'est un jeune « bien » pensent les gens qui le connaissent, les vieux par exemple, malgré sa dégaine. Et si nous nous immiscions dans la vie d'Alan?

C'est une vie d'artiste. Une vie d'artiste en grève, car créer c'est travailler, et comme ce travail n'est pas payé, son syndicat intérieur a donné cette consigne: stoppez le travail, revendiquez vos droits. A la fac, les cours n'ont plus lieu depuis que lui et ses co-gribouilleurs de tables d'amphi la bloquent. Et quand Alan, enflammé comme lorsqu'il ouvre « Bridge over troubled water » et voit la stupéfiante photo sous le CD, lève la main pour voter en Assemblée Générale, il ne peut s'empêcher d'imaginer que Paul et Arthur vont sortir de leur prison de plastique pour clouer le bec à ces morceaux choisis de fils de riches, d'inconscients politiques, de pétasses et d'effeminés qui lève le poing en suppliant: « Laissez-nous aller en cours! ». Paul et Arthur s'approchent donc du mécontent ou de la mécontente et selon les jours, adaptent leur méthode de persuasion: caresses, coups de poing, baisers, insultes, sodomie... Ils y arrivent toujours. Et puis Bob Dylan débarque sur scène, car tout amphithéâtre est un peu une salle de spectacle, et chacun sans exception frappe dans ses mains au rythme de sa guitare: ça y est, le gouvernement va devoir céder. Bon d'accord, Alan fume quelques joints une fois de temps en temps.

Famille de fous? Peut-être. Mais cette famille a sa dose de propre-sur-soi. Elle a ses propres-sur-eux. Bon, c'est vrai qu'ils ne sont pas nombreux. Tante Madeleine, cousine de Gilbert... le mari de Sophie... Vous vous souvenez quand même! Oh! Madeleine, donc, cousine germaine de Gibert, est une prout-prout mais quoi de plus pardonnable: est est fleuriste. Enfin, plus pour longtemps: bientôt la retraite! Sa fille est une vraie jeune femme d'affaires qui vit dans une petite maison bien rangée. Elle est sympa quand même, ne tombons pas dans la caricature. Ah! Il nous manque le prénom qui aide à situer. Mettons... Stéphanie, d'accord? Et Isabelle, l'aînée, tout le contraire. D'autres cousins, de Rennes, sont un peu costard-tailleur aussi. De toutes façons, on n'est pas adepte des repas de famille dans cette famille. Les rendez-vous du dimanche, très peu pour Sophie. Chacun chez soi. Pourquoi se forcer? Si l'un veut voir l'autre, il y a va et puis c'est tout. Non mais! D'ailleurs il est hors de question de faire entrer des dizaines de personnes en scène en même temps. Ça ferait le coup des ronds-points, nous en avons déjà parlé. Et puis nous avons fait un tour d'horizon suffisamment large pour se lancer sur la voie express, non? Nous avons assez de participants, non? Sophie, Gilbert, Juliette, Hugo, Léa, Corinne qui nous est encore inconnue, Sylvie, Valérie, Frère qui n'est pas encore éclairé des feux de la rampe, Alan, Madeleine, Stéphanie et Isabelle. Vous noterez la forte présence de prenoms en S, environ 23%, un score parfait pour accéder au deuxième tour des présidentielles françaises. « Comment? » s'insurge-t-on au parti Socialiste, « un prénom en S? Alors que nous venons de voter la parité? Pas question! ». Le décalage entre l'époque de l'écriture et celle de la lecture nous montre ici que les insurgés sont toujours vaincus par les statistiques.

Rien n'est complètement inutile. Le tout est de savoir à quel type de lecteur on a affaire. S'agit-il de l'homme d'esprit avec des lunettes sur le bout du nez? S'agit-il du lecteur-téléspectateur? Aussi, doit-on mener plus loins les investigations spirituelles... Ou annoncer le programme: sexe, drogue, argent, guerre? Sophie veut bien être le sexe. Alan, par défaut, la drogue. Stéphanie, l'argent. Mais la guerre? Ah, Sylvie, peut-être. Quoique les rôles peuvent très bien être dispachés autrement: Madeleine peut avoir besoin de raconter sa jeunesse... Alors, comment vous allécher, lecteurs? Comment vous donner ennvie de garder l'oeil sur la serrure? Nous avons dit que rien, je répète: rien, n'est complètement inutile. Croyez-vous que votre oeil l'est? Alors optons pour les investigations spitituelles.

27.09.2007

STUP: Stupidité...

Après ce lancement sur les chapeaux de roue, nous allons ralentir pour mieux nous concentrer... Car l'histoire autrement risque de s'éloigner de Sophie en prenant toutes sortes de directions, comme un étranger qui, roulant dans la ville de Lannion, s'amuserait à prendre n'importe quelle sortie à chaque rond-point, juste parce-que telle route semble plus interessante que telle autre, sans aucun autre élément de jugement, puisque c'est un étranger qui roule sans but.

Là, il y a une solution. Arrêter la musique, si vous écoutez un album, pour brancher RFM, par exemple, mais ça marche pareil avec de nombreuses autres radios. Avec un peu de chance, vous tomberez sur Claude Dubois. Comment ça c'est qui Claude Dubois? « ...Pour pouvoir dire pourquoi j'exiiiiiiiiiiiiiiste ». Ça y est? Vous avez trouvé? C'est cet illustre chanteur qui chante, du moins en général car d'autres la chantent aussi, la chanson dont le titre n'est pas moins illustre: « Le blues du business man ». Les plus calés en variétoch polycloche ont compris, et se disent « Ah, il s'appelle Claude Dubois? ». Les autres ne comprenent rien à ce charabia. Et bien, les plus incultes auront droit à ce moment de radiophonie sur papier qui gonflera les premiers:

J'aurais voulu être un artiiiiiiiiiiiiiiiiiste
Pour pouvoir faire mon numéroooooooooooooo
Quand l'avion se pose sur la piiiiiiiiiiiiiiiste
A Rotterdam... ou a Riooooooooooooooooooo

STOP. Ça suffit. Mais nous noterons au passage la richesse des rimes. Car après tout, elle est plutôt sympa cette chanson. Et étrangement, elle nous permet de prendre un rythme plus lent... Plus lent... Très lent... Sentez-vous la lenteur? Lenteur... Lenteur... Si vous la sentez, tenez-la encore quelques instants... Profitez du plaisir d'être lent... Très lent... Si agréablement lent... Vous n'y arrivez paaas? Nooooon? Maaaaaaiiiiiiiis pouuuuuuuuurquoiiiiiiiiiiiii? Aaaaaapliiiiiqueeeeeeeeeez ceeeeeeeeette lenteuuuuuuuuur ààààààààà voooootre cooooooooooorps...

Ça y est? Tâchez de maintenir cette lenteur même si l'écriture ne la respecte plus. Plus de respect. Nous emmerderons ceux qui veulent nous emmerder y compris lorsqu'il s'agit du petit déjeuner. Car Sophie trouve honteux qu'on veuille lui imposer une forme de petit déjeuner. Globalement, vous avez le choix entre l'ami Ricoré, souriant et énergique, Nutella, bienveillant et familial bien que plus adapté au goûter, et les innombrables petits déjeuner du gosse qui court mais que maman rattrappe pour donner à Léo un fruit, un gâteau énergétique, un jus vitaminé ou un produit laitier... Aaaah, heureusement qu'Ovoooomaaaaltine ne fait pluuuus de puuuuuubs à la télééééé... Lent... très lent... très... très... très... très... lent... Vous êêêêtes preeesque àààààà vouuuuus endooooooooormiiiiiiiiiiiiiiiiir.

Fermez les yeux.

TUTUDUDUT TUTUDUDUT TUTUDUDUT TUTUDUDUT TUTUDUDUT TUTUDUDUT Blam.

  • Mmm...

Debout! Hop la bouilloire. Sophie s'habille vite fait et court aux toilettes. En sortant, elle allume France Info et, au rythme de la voix masculine rapide, elle avale de grandes cuillerées de « Forme Flakes » mélangés à du lait, du sucre de canne et du chocolat en poudre. Le bol à peine finit, elle y jette un sachet de thé puis de l'eau bouillante, deux sucres, met le tout près de la fenêtre ouverte pour que ça refroidisse plus vite. En attendant, elle remplit son sac, lasse ses chaussures, se demande pourquoi elle a arrêté de fumer puis se brûle les lèvres en en goûtant son thé. Trop chaud. Tant pis. Elle l'avale d'un trait, se lave les dents, passe un coup d'eau froide sur son visage histoire de provoquer le choc des températures et court à sa voiture pour partir au boulot.

Tu n'es plus qu'une pauvre épave
Chienne crevée au fil de l'eau
Mais je reste ton esclave
Et plonge dans le ruisseau.

Sophie passerait bien sa vie dans sa voiture. Comment un lieu aussi agréable peut-il être aussi nocif pour l'environnement? C'est exactement la vache déguisée en fleur, la voiture. La bonne vache maladroite, laide et sâle mais pas méchante pour un sou, gentille, acceuillante! Si tout le monde allait travailler à dos de vache, l'environnement y gagnerait mais on y perdrait « la sono » comme dit le patron du café ou Sophie va boire son café avant d'aller à la clinique, le café St Charles. Ce qu'il appelle « la sono », c'est les deux ou trois baffles qui diffusent Nostalgie dans la pièce. Il n'en reste que malgré cet esprit vieillot, cet endroit est le plus agréable, et le plus proche aussi de la clinique, de tous les cafés de la ville. Mais il faut bien en sortir! Comme de la voiture! Cruauté des matins qui mènent Sophie dans la rue où le vent essaie de la ramener au café. Mais elle marche, déterminée, comme un guerrier partant au combat, luttant contre le vent. Cruauté disions-nous? Sadisme, n'ayons pas peur du mot! Car ce vent qui fait s'envoler ses cheveux et qui se prend dans son manteau ouvert donne à Sophie, enfant des années soixante-dix et femme dans le machin chose alternatif, des faux-airs de Lara Croft. Et ça lui plait en plus! « Pouh! » se dit Sylvie, infirmière et femme actuelle, en écartant de ses doigts deux lattes des stores de la salle à café du troisième étage duquel elle aperçoit notre héroïne qui s'ignore.

25.09.2007

STUP: Stupeur...

Enfin! Revenons-en à nos chèvres et à Yvon le boucher. Yvon est donc gros, gras, sâle. Il lui manque des cheveux, et il a un genre de demi-tablier en caoutchouc vert autour de la taille, ainsi que les bottes assorties. Attention, ces détails sont importants pour qu'il ne s'agisse pas de Jérôme, de Laurent... mais bien d'Yvon.

Bref, Yvon et Gilbert (le mari à barbe de Sophie), attachent la blanche créature bêlante à une corde pendue au plafond de la grange. L'hurlante à présent est, plus précisément, attachée en l'air par la patte arrière gauche. C'est à ce moment que Juliette, la fille ainée en crise de la maison, fait une pause dans le spectacle: c'est vraiment atroce.

Mais à dix-sept ans, curiosité s'impose, et elle pousse cette dernière jusqu'à regarder à l'intérieur du seau que Gilbert vient de rapprocher de la maison... De options se présentent alors à l'esprit de Juliette: vomir sur son père ou partir en courant. Les boyaux. Le sang n'est pas, pour ainsi dire, sa tasse de thé. En plus il est bizarre: le sans caprin est un peu lacté... Berk, chassons cette idée de ce pauvre cerveau qui a mieux à faire à cet âge. Laissons-le aller se réfugier devant la télé, où Hugo, le second, et Léa, la petite dernière, suivent déjà les aventures de Bradley et Djézonne sur la côte d'Azur.

  • Quoi? Ce n'est pas toi qui a écrit cette lettre? Mais alors...

  • ...

  • Mais qui cela peut-il bien être? Il faut absolument que j'appelle Kimberley.

  • Kimberley? Mais elle embarque en ce moment même pour la Corse avec Kévin!

  • Kévin? Mais bon sang (Juliette frôle le malaise), je comprends tout! Cette lettre, Djézonne, c'est Kévin qui l'a écrite.

  • Il faut prévenir la police.

  • Non, le commissaire Vardier refusera de nous croire. Vite, dépêchons-nous! Qui sait s'il ne lui a pas déjà fait du mal!

  • Mais dépêchez-vous! se croit obligée d'insister Léa, stressée.

DRIIIIIIIIIIIIIIING! DRIIIIIIIIIIIIIING!

  • Léa, va répondre.

  • Mais non!

  • Kimberley!

  • DRIIIIIIIIIIIIIIIIIIIING!

  • Léa va répondre tout de suite!

  • Pfffffffff..

  • Oh! Ma chérie...

  • DRIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIING!

  • Putain t'es chiante hein! Allô?

  • Allô... Juliette?

  • Oui!

  • Salut c'est Corinne. Ta mère est là?

  • Oui, je vais la chercher.

Clang. Et, sur le pas de la porte:

  • Maaaaaaamaaaaaaaaaaaaaan! Tééééééééééélééééééééééééphooooooooooone!

  • Ouais dis que j'arrive!

En revenant vers la maison, Sophie retire ses gants de jardinage, de bricolage et de découpage de chèvre, les jette à terre et marmonne « Ras-le-cul d'ce truc. Ça sonne toujours au mauvais moment! ». Et puis, à l'intérieur, elle empoigne le combiné.

  • Allô... Ah, salut Corinne. Ça va bien? Ouais carrément, on est avec le boucher là... Dans vingt minutes? OK, pas d'problème.

23.09.2007

STUP!

(Stupeur, stupidité, stupéfaction)
Un roman jamais fini sur l'avantage du dictionnaire dans un monde incompréhensible et casse-gueule.

Le monde nous envahit. Regardez autour de vous: il est partout. Impossible de s'en débarraser. N'est-ce pas la preuve que la liberté humaine n'existe pas? Chaque être doit donc se construire sa propre liberté à l'intérieur même de ce monde. C'est ce que fit Sophie, quarante-deux ans, infirmière.

Et voilà que Sophie, fichée, cataloguée, est entrée en scène. Elle est entrée dans votre monde. Sans que vous l'ayez choisi... Le monde dans lequel vous êtes entrés vous l'impose. Mais comme rien n'est complètement sans intérêt, vous allez pouvoir regarder par le trou de la serrure comment Sophie s'est construite, se construit, oriente sa liberté, évolue dans le monde par choix ou par hasard. Dieu sait que le hasard fait bien les choses.

Ah! Beauté du monde! On se fiche de toi.

 

Stup, stupeur...

Il suffit, pour commencer, que Sophie ait un mari... qui, dans leur grand jardin (ils habitent à la campagne), élève quelques chèvres. Et puis quoi? Autant en profiter pour avoir de la bonne viande pas chère! C'est ce que leurs amis font en tous cas... Donc on tue les jeunes boucs, quand ils sont encore chevaux. Mais pour cela, car si on suivait le chemin légal, on n'aurait pas fini! Donc pour cela, on appelle le boucher, Bernard. Bernard le boucher. Bernard a la tête de l'emploi. Pas que la tête, d'ailleurs... Bernard, c'est le vrai Bernard. Le Bernard-type. Car contrairement à ce que l'on pourrait croire, beaucoup de Bernard n'ont pas le physique du vrai Bernard... Ils ne sont pas dignes d'être des Bébères... Ou des Nanards... Ils sont victimes de toute cette génération de jeunes parents qui ont pu voir la douceur, la joie de vivre, l'harmonie... dans ce prénom (les soirs de pleine lune surtout).

Remarquez que le boucher pourrait tout aussi bien s'appeler Yvon. Ça lui irait même mieux. Bien entendu, l'analyse du prénom Bernard est valable pou Yvon aussi... On peut même la compléter, Yvon a un avantage: le goût du terroir. Par exemple, le beau héros à la grosse trentaine de la saga de l'été peut s'appeler Yvon. Ce n'est pas choquant, ça donne du style. Par contre, le jeune de la série pour jeunes doit éviter Yvon et Bernard. C'est plus sérieux de s'appeler Bradley ou Jason (attention pour les puristes, nous parlons bien de Djézonne) quand on habite à St Trop'.

 

21.09.2007

C'est reparti

Well, I've got to run to keep from hiding,
And I'm bound to keep on riding.
And I've got one more silver dollar,
But I'm not gonna let them catch me, no,
Not gonna let 'em catch the midnight rider.

And I don't own the clothes I'm wearing,
And the road goes on forever,
And I've got one more silver dollar,
But I'm not gonna let them catch me, no
Not gonna let 'em catch the midnight rider.

And I've gone by the point of caring,
Some old bed I'll soon be sharing,
And I've got one more silver dollar,
But I'm not gonna let 'em catch me, no
Not gonna let them catch the midnight rider.

"Midnight Rider"
Allman Brothers
Idlewild South, 1970


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"Fermez la porte, j'passerai par la fenêtre!"

19.09.2007

Septembre: se souvenir

En septembre, Ivi s'envole pour aller faire un tour de l'autre côté de la manche. Pendant ce temps-là, il vous raconte ce qu'il se racontait en 2006. Avant la création de ce blog. Dans STUP (Stupeur, stupidité, stupéfaction, un roman jamais fini sur l'avantage du dictionnaire dans un monde incompréhensible et casse-gueule), il va vous parler philosophie, football, impuissance, cannabis... Avec des personnages et un ton débile.

Ivi Kromm est débile.

Voici ce qu'il vous dit:

Les pauvres citoyens que nous sommes se font toujours avoir parce qu'ils ont la mémoire courte. Ils s'énervent contre quelqu'un, par exemple un homme politique, mais l'année suivante, ils sont capables de voter pour lui car il leur est arrivé tellement de trucs depuis qu'ils ont oublié. Comme au collège, quand il suffisait de quelques semaines pour que votre pire ennemi devienne un pote.

Alors peut-être qu'en vous faisant penser à 2006 (de loin, quand même) Ivi Kromm va vous faire passer la rentrée 2007 comme un boulet de canon dans de la purée mousseline: invincibles.

Accrochez-vous!

18.09.2007

Retour sur l'insécurité

 

LES MEMES, SANS MARY

MME MARTIN – Ça m'a donné froid dans le dos...
M. MARTIN – Il y a pourtant une certaine chaleur dans ces vers...
LE POMPIER – J'ai trouvé ça merveilleux.
MME SMITH – Tout de même...
M. SMITH – Vous exagérez...
LE POMPIER – Ecoutez, c'est vrai... tout ça c'est très subjectif... mais ça c'est ma conception du monde. Mon rêve. Mon idéal... et puis ça me rappelle que je dois partir. Puisque vous n'avez pas l'heure, moi, dans trois quarts d'heure et seize minutes exactement j'ai un incendie, à l'autre bout de la ville. Il faut que je me dépêche. Bien que ce ne soit pas grand-chose.
MME SMITH – Qu'est-ce que ce sera? Un petit feu de cheminée?
LE POMPIER – Oh même pas. Un feu de paille et une petite brûlure d'estomac.
M. SMITH – Alors, nous regrettons votre départ.
MME SMITH – Vous avez été très amusant.
MME MARTIN – Grâce à vous, nous avons passé un vrai quart d'heure cartésien.
LE POMPIER se dirige vers la sortie, puis s'arrête. –– A propos, et la cantatrice chauve?
Silence général, gêne.
MME SMITH – Elle se coiffe toujours de la même façon!
LE POMPIER – Ah! Alors au revoir, Messieurs, Dames.
MME MARTIN – Bonne chance, et bon feu!
LE POMPIER – Espérons-le. Pour tout le monde.
Le pompier s'en va...

Eugène Ionesco, La cantatrice chauve, Scène X.

Hey Eugene! Do you remember me?

17.09.2007

Hommage à l'insécurité

Depuis le temps... On allait presque l'oublier! Oublier que c'est elle qui a fait élire nombre de nos hommes politiques, parmi eux notre président-justicier. Ainsi, Ivi voudrait lui rendre un vrai hommage théâtral, et en même temps, avoir une pensée pour le Péloponnèse (ce mot, ce mot!) et tout ce qui a bien pu brûler au cours de cet étési pluvieux.

MARY – Je voulais vous raconter...
M. SMITH – Ne racontez rien...
MARY – Oh si!
MME SMITH – Allez, ma petite Mary, allez gentiment à la cuisine y lire vos poèmes devant la glace...
M. MARTIN – Tiens, sans être bonne, moi aussi je lis des poèmes devant la glace.
MME MARTIN – Ce matin, quand tu t'es regardé dans la glace, tu ne t'es pas vu.
M. MARTIN – C'est parce-que je n'étais pas encore là...
MARY – Je pourrais, peut-être, quand même vous réciter un petit poème.
MME SMITH – Ma petite Mary, vous êtes épouvantablement têtue.
MARY – Je vais vous réciter un poème, alors, c'est entendu? C'est un poème qui s'intitule “Le Feu”, en l'honneur du Capitaine.

 

LE FEU

Les polycandres brillaient dans les bois
Une pierre prit feu
Le château prit feu
Les hommes prirent feu
Les femmes prirent feu
Les oiseaux prirent feu
Les poissons prirent feu
L'eau prit feu
Le ciel prit feu
La cendre prit feu
La fumée prit feu
Le feu prit feu
Tout prit feu
Prit feu, prit feu.

 

Eugène Ionesco, La cantatrice chauve, fin de la scène IX.

16.09.2007

Spécial K

(Conclusion sur l'apparence)

La femme

Elle aime la robe, elle aime le bijou
De façon passionnée, profonde et étrange
Ses yeux ont alors le reflet métallique
Que prend l'oeil du chat pour la souris qu'il mange.
Le bijou sur son cou, le bijou sur sa main
C'est elle, c'est un peu d'elle incrusté dans sa chair
La robe est une peau qu'elle vêt pour se plaire
Elle palpe le tissu d'une chaude caresse
Puis elle va légère, heureuse et un peu fière
Et elle n'est plus du tout ce qu'elle était hier.

Yvonne Le Mage

Tuons cette femme!

15.09.2007

Sauvons-les!

Mais quoi donc? Les apparences bien sûr. Il parait qu'on n'a pas eu d'été. Qu'on n'a pas pu faire les chauds près de la piscine en se prenant pour Daniel Carter (rugbyman néo-zélandais, va falloir vous y faire, Ivi ne va pas arrêter), se trémousser sur le sable comme le beau Grégoire de Koh-Lanta, fantasmer entre filles sur Yannick Nyanga puis faire des grimaces au nom de “Sébastien Chabal” avant de s'endormir en rêvant à son sexe dégeulasse... Un pas d'été consacré à l'homme-objet, aux vieux principes à deux balles, au sexe en ébullition qui plus que jamais a envahit la vie publique. “Muscles saillants, torses à faire fondre et regards fiers, ces geules d'anges sortent de la mêlée!” (Public n°216, du 1er au 7 septembre) Le plus beau, le plus hot? Sans hésitation, Byron Keheller, le fameux All Black qui se tronche une célèbre porno-star, Kaylani Lei, plus de 50 films X à son actif selon notre cher journal. “Mais attention, (ben oui, faut les sauver, ndlr ahaha!) il s'est toujours défendu de l'avoir choisie pour entretenir sa condition physique” Eloquent n'est-ce pas? Oui, faut y réfléchir à deux fois pour bien comprendre. Et le “solide gaillard chaud lapin” de s'offusquer: “On s'entendait bien, les gens jugent trop sur les apparences.”

Et vous me dîtes avec raison: mais on s'en fout de cette histoire, même si notre côté pervers est excité par la conclusion suivante: “Les troisièmes mi-temps dans la ville rose s'annoncent chaudes”... Ben oui on s'en fout, dans le fond, mais c'est l'été, c'est léger, et on n'a que ça. On n'a que ça comme infos, et on laisse passer les petits encarts en bas de page du Ouest-France, ou la colonne des infos marantes. On oublie d'y faire attention.

Pourtant si on les lisait, ça aurait fait “Ding!” dans les cerveaux. Il n'y a pas longtemps, en Chine, ou au Japon, enfin, chez les jaunes, hein!, eh bien pour être sûr qu'il ferait beau lors d'une sûrement très importante manifestation culturelle, on a dégagé les nuages. Oui oui, Ivi Kromm ne délire pas, c'est bien ça, avec Dieu sait quel procédé de soufflets puissants, les organisateurs ont dégagé le moindre petit monstre faiseur de pluie. Plus loin! Pas ici!

Ça fait “Tilt!” ou pas? Non? Si on s'interrogeait un peu sur le principe, et sur les conséquences... Pas très écologique, tout ça... Allez, concluons sur un raccourci facile: si les nuages ont été poussés ailleurs, ils ont bien été quelque part.

On n'a pas eu d'été! Il a plu tout le temps!

Le jour ou l'on arrêtera de considérer le temps et la Nature comme des ennemis, on aura le droit de s'étonner qu'ils fassent n'importe quoi, du soleil à bronzer en plein mois d'avril, de la pluie en plein mois de Juillet.

Et puis un peu d'auto-détermination, pas trop bien sûr, restons sérieux, mais un peu quand même: si on avait été à la plage au feeling, et prit l'apéro dans le jardin au lieu de grogner devant Evelyne Dhéliat, on aurait eu un été!

Bon automne!

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