17.10.2007
STUP: GUERRE 1
...
Non, je ne vous aime pas.
Non, je ne vous trouve pas beaux.
Non, vos capacités ne m'impressionnent pas.
Et pour tout ça, j'ai des raisons.
La meilleure, peut-être, c'est qu'il n'y en a pas de vous aimer.
Je ne peux offrir à des inconnus cet amour facile, gratuit, traditionnel, automatique, imposé, malsain. Je ne peux poser sur des inconnus ces regards envieux, séduits, reconnaissants. Vous n'avez rien fait pour moi. Vous n'avez rien fait pour personne. Au contraire: vous détournez les regards pour cacher la vérité. Vous vous moquez d'autrui, vous ne voyez que vous... Et quand bien même j'aurais tort, vous ne cherchez pas à me faire changer d'avis. Vous avancez sans réfléchir. Ce que vous représentez ne me représente pas. C'est monté de toutes pièces, vous vous jouez de nous comme on se joue de vous. Vous me faites horreur. Vous êtes laids. Vous êtes lisses, vous êtes plats dans vos uniformes, cultivant l'immobilisme, la fermeture d'esprit, l'inferiorité. Vous vous laissez posséder des choses qui tournent, gravitent autour de vous, ramassant vos miettes puis vous laissant les leurs. Vous dictez la beauté sans jamais la connaître, vous érigez en symboles, ignorant tout principe, coupez la parole comme des chiens aboient après autorisation.
Vous ne valez pas plus que les bovins gagnant les comices agricoles, et ces derniers m'inspirent même plus de sympathie. Comment vous admirer? Dès que votre heure sonne, je ne ressens que du dégoût.
Ce soir, Alan a du suivre des amis au Kébab. Le journal de vingt heures, présenté par l'atout « séduisant quadragénaire » de la chaîne la plus importante du continent, dit-on, donnait à voir ce dernier sur fond vert pelouse... Anomalie? Non. C'est la coupe du monde. Que dire? Que dire sinon que la marseillaise se marie étrangement mal à la musique turque. La soirée en ville s'annonçait mal, après ces vingt-huit minutes de football, puis deux d'actualités, puis sept de publicité. Payer pour ça... Vous l'aurez compris, Alan fait partie des quarante millions de français qui n'aiment pas ce doux sport. Qui, au fur et à mesure que l'évennement progresse, ne supportent même plus la vue de la couleur bleue. Trop, c'est trop: les unes de journeaux, les suppléments, les pannonceaux « soirée foot » sur les devantures des bars à jeunes, les discussions des pochtrons dans les PMU, le ballon à trois euros avec la pizza achetée, les drapeaux français à la boucherie ou dans la main d'un jeune beauf qui le fait voler au vent pendant que sa copine conduit, le tout au son d'une musique techno usante, les étiquettes sur les pots de yaourts, les chansons de variété...
La dernière fois Corinne était partie faire la touriste sur un fort dans la baie de Morlaix, histoire d'échapper à tout ça. Une heure et quart avant le retour sur le continent, le capitaine s'était mis à gueuler sur tout le monde pour qu'ils reviennent dans le bateau, afin d'être rentrés pour le début du match imminent. Corinne s'était rarement sentie si désarmée.
On ne peut y échapper. C'est l'horreur.
18:05 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : ivi kromm, rugby, Beauté, sport, écriture, Nouvelles et textes brefs, société
Commentaires
Kebab-foot, hmmm.
Ca me rappelle un doux souvenir.
Bon appétit!
Ecrit par : Coco | 17.10.2007
D'une douceur un peu tranchante, quand même. C'était pas ce jour là ou Jatz a fait sa crise du jus de chaussette qui fait vomir?
Ecrit par : Ivi Kromm | 18.10.2007
Je crois, oui. Et c'est ce jour-là que j'ai réussi à te dérider en hurlant par la fenêtre "aux chiottes les bleus" pour répondre aux supporters en folie.
Vive le foot, vive la république, vive la France.
(un fort, dans la baie de Morlaix? Y en a sûrement un qui y est, dans son petit bateau).
Ecrit par : Coco | 18.10.2007
Ouais, seguro qu'il a emprunté le Guévleutz, le prophète! Bon allez j'arrête là c'est trop private joke à la chat Malo qui me bouffe (ouh et j'enchaîne!). Au feu! Au feu! Tu suis?
Ecrit par : Ivi Kromm | 18.10.2007
Commence par croquer...
(Ouais bon là ça devient impossible)
Ecrit par : Ivi Kromm | 18.10.2007
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