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30.11.2007
La maison, sixième partie
Première partie
Deuxième partie
Troisème partie
Quatrième partie
Cinquième partie
Comme elle met le couvert, Catherine regarde les autres arriver. Tim porte un large Jean’s savamment déchiré et une chemise blanche, sans oublier un anneau resplendissant à son arcade. Valentin a soigné ses cheveux, qui lui retombent sur la nuque comme une longue crinière grise. Là-dessous, un long habit de moine, marron et orné d’une ceinture de cuir, lui donne un air bienveillant. Samson, lui, n’a qu’un pantalon de toile sous un long poncho de laine noire et blanche. Ils sont tous assis à table quand arrive enfin Hannah, vêtue d’une jupe fendue aussi serrée en haut que large en bas, elle semble tournoyer dans son énorme pull de laine rouge qui laisse son nombril découvert. Ses cheveux blonds, retenus en arrière par un fil noir, mettent en valeur ses grands yeux verts.
- Si nous buvions un verre de porto en attendant que tout soit chaud ? propose Samson en servant tout le monde.
- Je lève mon verre aux carottes de cet hiver ! s’exclame Tim.
- A moins que tu n’aies quelque chose de spécial à fêter, Hannah ? demande Samson.
- Oui, que nous vaut donc cette invitation ? insiste Valentin.
- Mais… Rien, simplement le plaisir de m’attabler avec vous autour d’un bon repas et d’une bonne bouteille. N’êtes-vous pas de cet avis ?
- Si ! répond Catherine.
- Alors levons notre verre aux carottes ! dit Hannah dans un sourire. Et les cinq font se toucher leurs flûtes bien remplies.
- Qu’allons-nous donc manger ? demande Valentin.
- Oh ! Le menu est un peu spécial… L’entrée est une de mes inventions. Il s’agit d’une salade de riz avec concombres, miettes de thon et de pain, pommes, le tout imprégné de jus de citron et disposé sur cinq tranches de saumon fumé.
- Du jus de citron ? Tu es sûre de ce que tu vas nous faire avaler ? s’inquiète alors Tim en regardant Hannah droit dans les yeux.
- Certaine ! Et je pense que vous allez adorer… Ensuite nous mangerons du poisson pané avec du riz, et pour finir, un excellent riz au lait aux framboises vous attend.
- Hum… Je sens que je vais me régaler… Si on reprenait un verre en attendant ? propose Samson.
- Oui ! répond Catherine.
- Comme ce porto est fruité ! dit Valentin.
- Il pleut ? demande Tim qui tourne la tête vers la fenêtre.
- Non, répond Catherine.
- Il est même délicieux ! continue Valentin, Cela va vous choquer, mais je propose un troisième verre !
- Tu as raison Valentin ! à ton âge il ne faut pas se laisser abattre. Et qui pourrait refuser d’un tel porto ?
18:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grève, alcool, gastronomie, banlieues, écriture, nouvelles et textes brefs, racailles
29.11.2007
La maison, cinquième partie
Première partie
Deuxième partie
Troisème partie
Quatrième partie
...
Quelques préparatifs plus tard, Hannah monte à son tour se préparer… Dans le grenier, elle trouve Catherine vêtue d’une énorme jupe bouffante vert foncé qui s’étale facilement à plus d’un mètre autour d’elle, cachant ses pieds. Au-dessus, elle porte une veste de costume d’homme, noire, et une cravate verte qui s’étale tranquillement sur son corps fin.
- Oh, Catherine ! Comme tu es belle !
Le visage de Catherine s’éclaire tout à coup, dévoilant un visage souriant orné de cheveux châtain roux magnifiques. Elle les a détachés, transformant son chignon bordélique en mèches élégantes ; joli tableau, où ses dreads ajoutent encore un peu plus de gaîté.
- Oui, répond-elle.
- Je les voyais plus longs…
- Non… Jusqu’aux épaules seulement…
Du haut de sa fraîche quarantaine, Catherine en fait ce soir dix de moins.
- Et je ne t’ai emprunté aucune de tes crèmes, ma chérie.
- Tu me surprendras toujours.
- Veux-tu que je fasse quelque chose pendant que tu te prépares ?
- Hum… Oui, mets le couvert si tu veux, j’arrive.
En descendant, Catherine n’omet pas de crier :
- C’est l’heure, Valentin, dépêchez-vous !
- Oui ! J’arrive !…
01:20 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : blocage, racailles, banlieue, art, écriture, nouvelles et textes brefs, femmes
26.11.2007
La maison, quatrième partie
Première partie
Deuxième partie
Troisème partie
Une heure plus tard, elle redescend comme Samson entre dans la maison.
- Nous aurons des carottes pour cet hiver !
- Merveilleux.
- Peux-tu prévenir les autres, je vais goûter le vin.
- Oui.
Tous deux descendent donc à la cave. Catherine ouvre la première porte et Samson la seconde…
- Catherine ?
Depuis la chambre de Tim, on entend Samson crier « Il est bon ! Il est bon ! », ce qui retient l’attention de Catherine.
- Catherine ? Oh !
- Oui ?
- Eh bien? Qu’y a-t-il? Que fais-tu dans ma chambre ?
- Ah ! J’étais venue te prévenir que nous aurions des carottes pour cet hiver.
- Ah, merci… Penses-tu qu’il me faille une cravate pour ce soir ?
- Non.
Et Catherine fait volte-face pour remonter prévenir Hannah. Elle retraverse la grande pièce du bas, monte les deux angles droits… Premier étage.
- Valentin ? Vous m’entendez ?
- Oui, je t’entends.
- Nous aurons des carottes pour cet hiver.
- Ah ! Bonne nouvelle !
L’escalier vers le grenier a exactement la même forme que celui qu’elle vient de monter. A nouveau deux angles droits, et la voilà arrivée. Le briquet est vide, elle craque une allumette, allume sa cigarette et balaye la pièce du regard. A gauche, un matelas et une couette , puis du matériel de peinture, des livres, des tas de vêtements, un bureau, un autre matelas et des draps, un fauteuil. Pas de Hannah en vue, en tous cas à la lumière des trois vasistas bloqués depuis des années qui donnent une belle vue sur les nuages.
- Hannah ? Hannah ? Hannah ? répète Catherine en redescendant les escaliers. Quand elle arrive en bas, la blonde aux longs cheveux décoiffés et aux lèvres pulpeuses l’entend enfin et sort de la cuisine.
- Oui, Catherine ?
- Nous aurons des carottes pour cet hiver, a dit Samson.
- Oh ! Mais c’est génial ! Tu verras, je vous préparerai de bons plats de carottes !
- Oui.
- Je prépare le repas, je n’en ai plus pour long. Tu crois que tout le monde sera prêt à huit heures ?
- Oui.
- Tout le monde est dans sa chambre ?
- Non. Samson goûte le vin.
- Ah ! Parfait. Allez, ajoute-t-elle en riant, vas te préparer toi aussi. Avec tes trois gros cheveux, là, tu as l’air d’une diplomate.
- Oui…
Et Catherine remonte au grenier se préparer. Hannah, elle, ouvre la porte qui donne sur l’escalier de la cave et hurle :
- Samson ! Dépêche-toi ! On mange dans une demi-heure !
- Tu as besoin d’aide ? Tu as besoin d’aide ? demande Tim qui vient d’ouvrir la porte de sa chambre à toute vitesse.
- Non Tim, répond la blonde aux formes généreuses, c’est une surprise ! Tout ce que je vous demande, c’est d’être prêts à huit heures.
20:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grève, nouvelle, université, art, écriture, nouvelles et textes brefs, maison
24.11.2007
La maison, troisième partie
Première partie
Deuxième partie
Et Samson s’en va donc au jardin. Catherine, elle, décide d’aller au salon. En passant près du bar, elle se rend compte que la porte des toilettes est restée ouverte. D’un geste brusque, elle la ferme et s’aperçoit que Valentin est là, debout, devant la fenêtre.
-
Tu as vu, Catherine, il fait beau !
-
Oui.
-
S’il fait encore beau demain, tu m’accompagneras faire le tour du jardin ?
-
Avec plaisir, Valentin.
-
Asseyons-nous donc un moment.
C’est à ce moment qu’arrive Tim.
-
Il faut que je te parle, Catherine.
-
Assieds-toi avec nous, mon garçon ! répond Valentin.
-
Je ne comprends pas. Quel est ton métier ? Que fais-tu de ta vie ?
D’un geste rapide, Catherine atteint le cendrier posé sur la table basse derrière elle puis regarde Tim dans les yeux.
-
Je suis artiste peintre.
-
Ah ? Et que peints-tu en ce moment ?
-
En ce moment je ne peints pas, dit-elle en prenant une cigarette dans sa poche.
-
C’est bien ce que je me disais. Et donc tu fais quoi ?
Catherine, tranquillement, monte son briquet jusque sa cigarette, déjà dans sa bouche. Continuant à regarder Tim, elle fait venir la flamme et tire une première bouffée… en recrachant la fumée, elle dit :
-
Cela ne se voit pas ? Je fume.
-
C’est vrai, dit Valentin.
-
Et toi, Tim, que fais-tu ?
-
Mais… voyons, je suis étudiant !
-
Et donc ? Que fais-tu de ta vie ?
-
Et bien je… je... j’étudie ! Comme tout étudiant, et j’ai une vie de jeune étudiant, je me distrais, je prends du bon temps, et je travaille.
-
Calme-toi, simple question.
-
Bon, et bien je vais travailler.
-
Oui.
-
A ce soir !
-
Oui.
Alors qu’il quitte la pièce, Valentin s’exclame en souriant :
-
Il est gentil, hein ?
-
Oui.
-
Il fera un bon astronaute.
-
Non.
-
Tu ne crois pas ?
-
Il fait des études de médecine.
-
Ah oui ! Oh, ma mémoire me fait défaut ! Voudrais-tu me conduire dans ma chambre que je choisisse des vêtements pour ce soir ?
-
Oui.
Catherine aide donc Valentin à monter les escaliers, et lui ouvre la porte de sa chambre, qui se trouve juste au-dessus de la grande pièce que constituent le salon et la salle à manger. Ensuite, elle pousse la porte de la salle de bain, qui se trouve au-dessus des toilettes et du bar, et se poste devant le miroir. « Mon visage est parfait. Quelques dreadlocks ne me feraient pas de mal. ». Alors elle attrape un pot de miel sur l’étagère et entreprend de nouer quelques-unes de ses mèches entre elles.
18:55 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : grève, nouvelle, université, art, écriture, nouvelles et textes brefs, étudiant
22.11.2007
La maison, deuxième partie
Dans cette maison, il y a surtout Samson. Samson a à peine plus de trente-cinq, quarante ans, et dort dans la petite chambre à côté de la salle de bains. Le jour, il goûte le vin, bricole, et discute avec Catherine lorsqu’ils boivent un café. Souvent il se moque de Tim, ironise sur Hannah et Valentin, avec cet humour qui caractérise les choses amusantes prononcées par des gens qui aiment ça sans trop en avoir le sens. Samson aime travailler. Il fait le jardin aussi. D’ailleurs il a été ouvrier agricole, avant de travailler dans le bâtiment. Si la précision a son importance, c’est uniquement parce qu’il est rare qu’on ne trouve pas Samson. Il est toujours quelque part.
-
Hannah nous invite, ce soir. Il faut s’habiller.
-
Ah bon, d’accord. Quelqu’un veut du café ?
-
Oui.
Hannah a raté Samson de quelques secondes à peine dans les escaliers. Elle finissait tout juste de sautiller vers son grenier qu’il sortait de sa chambre où il vient de faire sa sieste. Dieu merci, il n’y a pas de problèmes de communication, et il a été mis au courant. Maintenant c’est l’heure du café. Catherine se lève du canapé où elle s’était assise pour le rejoindre dans la cuisine ; au passage elle fait tomber sa cendre dans le joli cendrier qui trône au centre de la petite dentelle qui trône au centre de la table ronde autour de laquelle cinq chaises aux dossiers hauts et sculptés attendent que l’on veuille bien s’y asseoir. Puis son regard, qui s’était arrêté sur le sol où ses pieds emmitouflés dans de gros chaussons confortables se faisaient perpétuellement rattraper par la longue jupe de velours noir, remonte le long du bar carrelé puis accroche la lampe pour parvenir au plafond où les poutres marrons ont quelque chose de fascinant… « Aucune importance », pense-t-elle, et elle continue son chemin vers la porte de la cuisine qu’elle pousse comme si de rien n’était. « C’est donc ça qu’elle nous prépare ! ».
Tim se lève à son tour, s’étire et empreinte le même chemin que Catherine. Mais lui ne passe pas derrière le bar : il avance tout droit et ouvre une petite porte qui permet l’accès à l’escalier qui descend à la cave. L’escalier est raide et étroit… En bas, il se retrouve au début d’un long couloir qui ne mène qu’au mur opposé. Deux portes cependant s’en détachent sur le côté gauche, et Tim ouvre la première, entre, la referme, saute en l’air, attrape une barre de fer suspendue au plafond, effectue quelques tractions puis se jette sur son lit, attrape une guitare, gratte quelques notes, tapote un rythme sur ses genoux, s’allonge, repère un magazine sous la table de nuit, tend la main, le prend, l’ouvre, le lit.
-
Samson ? Samson ?
La blonde à la chemise moulante débarque soudain dans la cuisine en sautillant. « Ah ! Samson ! Tu pourras glisser cela dans la boîte au lettres ? Merci ! A tout à l’heure ! Et bien habillés, hein ! ». Et elle ressort aussi vite, pensant à la boîte aux lettres. La boîte aux lettres ? Une fente dans le portail, qui permet de mettre et de prendre du courrier. Mais à vrai dire, c’est surtout Hannah qui l’utilise. Elle envoie plusieurs lettres par jour. C’est Samson, en faisant son tour de jardinage, qui dépose ses enveloppes.
-
Raphael Falsburry, Miami… Tu connais, toi ?
-
Non.
-
Ce matin c’était Samuel Esses et Fred Matargas. J’ai une très bonne mémoire des noms. Hier, il a eu Mark Twilings, Saya Mileya et Mary Batarnuts. C’est toujours ça. Une fois, seulement, j’ai vu Pedro Falsburry, Henry Falsburry, deux fois Jack Tills, quatre fois Sandy Helberg et Caroline Majors. Je suis sur de moi, je me rappelle toujours de ces choses… c’est quand même bizarre, non ?
-
Hum… oui.
18:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grève, nouvelle, poésie, art, écriture, nouvelles et textes brefs, ivi kromm
20.11.2007
La maison, première partie
Une maison. Nulle part.
Une maison entourée de hauts murs de pierre, si bien que de la cour, on ne peut apercevoir que des nuages… et ne sortir que si l’on a la clef. La clef… La clef qui entrerait dans la grosse serrure rouillée de l’immense portail métallique. Ce portail est parfait. Techniquement ; une réussite. Il est là depuis des années, mais sa vieillesse ne permet pas, en aucun endroit, de voir de l’autre côté… Il n’y a pas de petits trous de rouilles, pas de morceaux décollés, non, tout est en excellent état. Et la serrure n’en est que plus perturbante. Le jardin est tel qu’on trouverait juste qu’il soit, tel que de nombreuses personnes le voudraient : symétrique, mais sympathique. Une allée centrale qui mène à la porte est séparée du gazon, entretenu mais pas trop, par de petites briques en forme de vague… Au centre de chaque parterre d’herbe verte, un arbre, un pommier ou assimilé, de taille moyenne et d’apparence normale. L’allée centrale se sépare en deux devant la maison, côtoyant le perron, trois marches, et quelques fleurs, avant de rejoindre, de chaque côté, la haie qui borde le mur. Voilà.
-
Hum… Il y a aussi ce petit appentis en tôle dans le coin droit, pense Catherine qui fume sa cigarette devant la fenêtre. D’un geste sec, elle fait tomber sa cendre dans un pot de yaourt contenant des perles pour enfants puis tourne les talons.
-
Il pleut ? demande un jeune homme assis dans l’un des trois fauteuils qui se regardent à gauche de la pièce.
-
Non.
Derrière lui, une cheminée vide, au milieu de la cloison qui sépare ce petit salon de la cuisine. Face à lui, au-delà du fauteuil tourné vers la cheminée, l’autre fenêtre par laquelle Catherine ne regardait pas, et sous cette fenêtre, un long canapé d’angle qui rejoint et accompagne donc l’autre mur, celui qui est entier, même si l’on a accroché ça et là des peintures, des natures mortes. La tapisserie n’a aucun intérêt.
Valentin, l’ancien, le vieillard tranquille, s’est endormi dans son fauteuil.
Tout à coup, une blonde en collant noir et grosses chaussettes sort de la cuisine en sautillant, dépasse le bar, la grande table, et se plante au milieu des fauteuils.
-
Ce soir, je vous invite à manger ! A vingt heures précises autour de la table, et bien habillés s’il vous plaît ! Bon, j’ai du courrier à terminer. A tout à l’heure !
Et elle s’engouffre dans l’escalier de bois qui monte à l’étage en deux angles droits.
-
Qu’est-ce que je vais bien pouvoir mettre ? se demande le jeune homme à voix haute. Le noir est à la mode, non ?
-
Oui, répond Catherine.
18:45 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : grève, nouvelle, poésie, art, écriture, nouvelles et textes brefs, ivi kromm
19.11.2007
Allons dans la maison!
Alors voilà, la victoire du monstre se profile?
Il est toujours temps, vous savez, toujours.
Renoncer c'est mourir.
D'accord, pas pour l'éternité...
Mais mourir quand même.
Peut-être avez-vous besoin de la maison?

Ivi va vous ouvrir la porte...
Il y a Bette Midler qui chante et rit,
Il y a un Dieu qui souffle dessus,
Et pour vous y rendre, c'est Baudelaire qui vous guide.
La voix
Mon berceau s'adossait à la bibliothèque,
Babel sombre, où roman, science, fabliau,
Tout, la cendre latine et la poussière grecque,
Se mêlaient. J'étais haut comme un in-folio.
Deux voix me parlaient. L'une, insidieuse et ferme,
Disait : " La Terre est un gâteau plein de douceur ;
Je puis (et ton plaisir serait alors sans terme !)
Te faire un appétit d'une égale grosseur. "
Et l'autre : " Viens ! oh ! viens voyager dans les rêves,
Au delà du possible, au delà du connu ! "
Et celle-là chantait comme le vent des grèves,
Fantôme vagissant, on ne sait d'où venu,
Qui caresse l'oreille et cependant l'effraie.
Je te répondis : " Oui ! douce voix ! " C'est d'alors
Que date ce qu'on peut, hélas ! nommer ma plaie
Et ma fatalité. Derrière les décors
De l'existence immense, au plus noir de l'abîme,
Je vois distinctement des mondes singuliers,
Et, de ma clairvoyance extatique victime,
Je traîne des serpents qui mordent mes souliers.
Et c'est depuis ce temps que, pareil aux prophètes,
J'aime si tendrement le désert et la mer ;
Que je ris dans les deuils et pleure dans les fêtes,
Et trouve un goût suave au vin le plus amer ;
Que je prends très souvent les faits pour des mensonges,
Et que, les yeux au ciel, je tombe dans des trous.
Mais la Voix me console et dit : " Garde tes songes :
Les sages n'en ont pas d'aussi beaux que les fous ! "
(Les fleurs du mal)
Les prochaines notes, alors, ce sera La Maison, une nouvelle ni longue ni courte où nous mène la voix... C'est bon pour vous, car quand on y rentre, après, on peut en sortir.
16:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, littérature, france, société, grève, université, poème
16.11.2007
A la tête

Partout, partout on entend, si l'on tend l'oreille, le bruit sourd, le grondement de la France ces temps-ci. Un coup d'oeil sur le Monde, première fois que je l'ouvrais. Mais ici c'est le seul à arriver. Alors bon, un tour rapide sur les mobilisations, étudiantes en particulier... Le Monde retransmet la coordination nationale!
Et puis allez, poussons le vice, voilà que j'ai regardé le journal en ligne de TF1. Quelle tristesse, la France, quel enfer.
Evidemment ça se mobilise de partout, mais voilà, les reportages sont très critiques, on met en valeur la mobilisation anti-mobilisation, Sarko dit "nous avons tous les éléments pour que ça cesse", les syndicats font encore tout et n'importe quoi en négociations, discours, désaccords, prises de positions... Un peu d'espoir dans l'international? Ma coloc doit rédiger une dissert sur les raisons qui font de la France un pays exemplaire et influent. Les étudiants allemands sont aussi en grève. Qui le sait? Non, ce qu'on sait, c'est qu'un flic italien a tué un de ses compatriotes. J'ai vu la vidéo de Nanterre, au fait... On sait aussi qu'un gouverneur américain, de quel état? Il y en a tellement! Qu'un gouverneur américain avait tout simplement organisé une prière géante pour faire tomber la pluie sur son état en sécheresse... Je le revois encore, devant des centaines de personnes, les mains vers le ciel, sortant son discours...
Et puis la cerise sur le gateau, l'espace. Il ne manquait que ça pour que tout soit noir. Une expédiation japonaise sur la lune, et puis, le commentaire, le message... « Faire rêver. »
Que veux-tu que je te dise, France?
J'espère, bien sûr, j'espère que tu vas réussir. J'entends que les étudiants s'associent aux cheminots, je sens que des choses sont possibles, que des forces émergent mais... J'ai peur, peur qu'il soit trop tard, que tu les écrases comme tu sais si bien le faire. Et ils le sentent, et leur rage augmente et ils perdent pied. Tu les broies, c'est ça, tu les fait bouillir pour qu'ils s'auto-consument, et qu'on n'approche pas, de peur de se brûler.
A toutes ces torches humaines, je veux dire:
Foncez, et bouffez-en tous.
Foncez.
Foncez droit devant!
Tentez, ruez-vous dans la France
La plus ténébreuse, celle qui suit la cadence
Et enfumez les gens!
Ouvrez-leur les yeux,
Retenez les paupières
Que ça les pique un peu
Qu'ils revoient comme hier!
Ne les détestez pas.
Prenez-les par la main,
Parlez-leur, soyez là,
Et qu'ils comprennent enfin...
N'allez plus au front, réparez le cerveau.
20:40 Publié dans Micro | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, sarkozy, france, société, grèves, université, poème
14.11.2007
Echangeur
Ah, c'est dur, c'est dur de se consacrer à sa chère mère Patrie quand déjà on l'aime pas, et qu'en plus, comme le veut son grand gourou, on l'a quittée.
Je ne voudrais pas d'un pays plat.
Mais, Dieu Merci, tout le monde n'est pas aussi mauvais, et il y a donc plusieurs personnes dont Ivi vous propose de faire la connaissance...
Des gens qui ont des noms. Des gens qui ne sont pas "un cheminot", "un marin-pêcheur", qui ne sont pas quelqu'un dans la foule, ils ont un nom, comme tout le monde, la différence c'est qu'ici on veut bien se donner la peine de l'employer.
Il y a tout d'abord Gaëtan. Gaëtan se propose d'être président! Un président qui s'appelle Gaëtan... On aura tout vu, hein? N'ayez crainte, c'est aussi un exilé. Il est pas trop mauvais pour mettre les choses à plat, à vous de mettre les pieds dedans.
Ivi pourrait être publicitaire, n'est-ce pas? Jeux de mots et tout...
Bon et il y a ensuite... Justine. Elle fait du zapping, mais pas à la télé, dans la vie. Paf, un truc, une situation, un évènement, une phrase... Allez comprendre... C'est ça le boulot, le plat de résistance. C'est simple et pas clair du tout, voilà l'intérêt.
Et puis je vais terminer avec Geörgette. Alors là c'est du lourd. Non seulement c'est pas clair, mais c'est pas simple non plus. Ille (ouais, un peu des deux quoi, mais les artistes c'est comme les anges) vous livre des polars bien pas de chez nous et autres produits dérangeants. Et ille a le power de vous faire tomber dedans.
PLOUF.
18:40 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : politique, art, france, blog, société, ivi kromm, écriture
13.11.2007
Tranche de vie
On est toujours lundi. Pas encore fait tout ce que j'ai à faire. J'ai discuté pendant deux bonnes heures avec Naïara dans la cuisine. Cette fille est amazing. Basque, déjà. Et puis, on a exactement les mêmes convictions. Pas les mêmes indignations, comme on peut partager avec tellement de monde, non, les mêmes convictions. Nous on veut pas perdre ce qu'on a. Nous sommes tous deux, nous nous plaçons tous les deux comme des héritiers actifs dans, nous avons tous les deux envie de jouer à la vie.
J'ai rarement connu ça. J'ai connu des gens qui avaient des émotions du même genre que moi, d'autres des idéaux du même ganre que moi, d'autres des croyances, des trips, des envies, des besoins... Ça m'a fait du bien de trouver cette Anne-Gab' qu'a envie de fumer deux clopes de suite tous les quarts d'heures, de défoncer Sarkozy avec elle... Je suis dans le présent, avec elle, et dans la pulsion, dans l'indignation, le trip et le plaisir. Avec Karo, je partage la croyance, l'envie de faire en sorte que tout aille bien, la folie, l'envie de s'éclater. On est dans l'envie. Tout le temps. Tout ça, là, je m'en tape avec Naïara. Naïara joue au foot quatre fois par semaine, va se coucher au lieu de boire et discuter si ça la gave, elle a pas besoin de social. Elle va pas faire le tour de l'immeuble pour trouver des voitures aux pétasses allemandes (ses amies) comme moi et Anne-Gab. On n'a pas les mêmes envies et besoins, dans le présent.
Elle est basque, 100 % basque, et même un truc. Elle est de Guernica. J'ai su ça aujourd'hui. Ça la fait bien marrer tout ce que ça peut provoquer dans l'esprit des gens. C'est où? Est-ce que t'es pour l'indépendance? Vous mettez des bombes? C'est détruit ta ville? Tu te sens pas trop latino, hein?
Enfin. Elle en dit pas trop. Elle fait attention, car elle a réfléchi à tout ça, elle adapte et mesure ses réponses, elle se place exactement où elle l'a décidé. Quand elle veut quelque chose, elle l'a. Elle a besoin d'un mot? Elle regarde dans le dictionnaire. Et puis elle l'utilise. Bon j'ai pas envie d'énumérer les convictions qu'on s'est trouvé en commun, juste dire qu'on a une connection sur l'avenir. Elle se dit c'est dégueulasse ce qu'ils nous ont pris, mais elle demande de comptes à personne: elle va chercher ce qu'on lui a pris, et elle le trouve.
Nous sommes des héritiers actifs, car l'héritage, non seulement on y a droit mais on le veut et on le prend, et on l'utilise. Et on veut jouer à la vie parce qu'on sait bien que si on ne joue pas, de toutes manières quelqu'un remportera les plis. Et on voit ce qu'il en fait. Alors on va jouer, pour voir.
Ça fait du bien. On se sent moins isolé, et on retrouve un peu d'espoir. Dans la capacité de ma génération à changer le monde. On est plusieurs, dans plusieurs pays et le jour où l'un d'entre nous avancera hors de l'ombre, on sera tous prêts à réveiller les autres, les mauvais perdants et les trouillards, les pas doués et les flemmards. Dans tous nos milieux. Moi l'apprenti-clodo, elle la footballeuse.
23/10
21:40 Publié dans Chroniques de la vie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, société, europe, solidarité, amitié, Résistance, Nouvelles et textes brefs




