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30.01.2008

Oser faire chier.

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Parfois j’aimerais crier, voir ce que ça donne
Si les gens se retourneraient, tremblants, surpris
Oh comme j’aimerais hurler pour qu’ils entonnent
Leurs refrains de murmures ahuris.

Il se peut qu’ils me poursuivent et qu’ils me talonnent
Dans une course folle et puis qu’ils m’asphyxient
De leurs insultes rageuses qu’ils m’empoisonnent
Je me tairai dans la paix de ce bruit.

Mais il se peut aussi que quand ma voix claironne
Ils s’immobilisent et le regard indécis
Attendent quelque chose… Je sors un trombonne
Et sonne tant qu’aucun ne réagit !

Llanbadarn, Aberystwyth, 17/01/2007 vers 15h30.

23.01.2008

Les troupeaux 2/2

Les râleurs sur les bords du champ peuvent bien faire la grève de la faim. Ils mourront, et ça fera des râleurs en moins. Il ne faut pas qu’ils en meurent trop quand même, car il y a d’autres troupeaux. Et un beau jour, différents troupeaux vont se rencontrer. D’abords ils vont s’observer, chercher à voir comment ça marche ailleurs. Les chefs peut-être vont réaliser que d’autres chefs ont plus de privilèges. Peut-être aussi verront-ils que tel troupeau a un territoire plus riche. Peut-être aussi que tel chef a plus de valets, donc plus de puissance. Alors les chefs vont se battre, dans le meilleur des cas, ou au pire, envoyer leurs troupeaux contre le troupeau envié, pour gagner plus de pouvoir. Plus de richesse. Plus de territoire. Pour avoir plus.

Les troupeaux supérieurs en force gagnent ainsi tout ce que les troupeaux vaincus pouvaient avoir : richesse, territoire, savoirs. Deux troupeaux ne peuvent cohabiter car il y aurait alors deux chefs égaux, ce qui est impossible : le troupeau ne respectera plus un chef qui se voit obligé de partager. Ce serait une preuve de faiblesse, et donc d’infériorité pour les loups envieux d’une place de chef.

On a essayé de garantir la paix entre troupeaux en délimitant les territoires de chacun et en instituant des réunions, des groupes de chefs pour régler les différents. Mais les chefs, quand ils ont goûté aux privilèges, ne peuvent supporter d’en voir qui leur échappent. Ils en veulent plus, toujours plus. C’est pourquoi ils cherchent à devenir chefs du groupe des chefs, s’assurant ainsi la totalité des privilèges existant. Si des membres du troupeau hésitent à soutenir leur chef par peur de l’échec de ce dernier ou pour préserver leur vie dans l’angoisse d’une bataille, alors les chefs trouveront une carotte si alléchante qu’ils finiront bien par suivre. Et la vie continuera ainsi. Dans le groupe des chefs, les chefs dominés chercheront à devenir chef dominant, jusqu’à ce que l’un d’entre eux y parvienne et établisse un nouvel ordre, dans lequel les nouveaux valets chercheront à leur tour à devenir chefs, et ainsi de suite.

La meilleur façon de se protéger des prétendants à la place de chef, pour un chef, c’est de laisser ces derniers s’éliminer entre eux.

L’agriculteur savait tout ça par cœur. D’où sa domination sur ses animaux. Quand il voulait remonter la chèvre qui était au piquet en bas de la vallée sans s’ennuyer à la tenir tout le long de la côte, la préoccupation première de la chèvre étant de s’émanciper de la domination de l’homme pour jouir des possibilités variées que lui offrait le territoire, l’agriculteur la laissait filer sur le sentier, sans crainte qu’elle ne s’échappe. Il savait que quelques centaines de mètres plus haut, elle tomberait nez-à-nez avec une autre chèvre de la même condition : seule avec son piquet la privant de liberté. La chèvre libre, rencontrant l’autre, n’aurait pas l’idée de l’aider à se détacher. La chèvre attachée n’aurait pas l’idée de chercher à obtenir de l’aide. Leur première idée est de savoir laquelle des deux va dominer l’autre, laquelle des deux devra se soumettre. Et elles vont se battre. Ainsi, l’agriculteur n’avait qu’à remonter tranquilement le sentier de la vallée pour récupérer la chèvre libre, restée à se mesurer à l’autre chèvre au lieu de profiter de sa liberté, liberté qu’elle perdait à nouveau, s’étant laissée dominer par son instinct sans réfléchir aux réelles opportunités qui s’offraient à elle et sans voir les véritables dangers qui allaient se mettre entre elles et ces opportunités.

La seule façon d’échapper est donc de freiner son instinct et de renoncer à la domination, même quand on est en position de force, pour réfléchir aux réelles possibilités et aux réels dangers.

5/1/7

20.01.2008

Les troupeaux 1/2

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Les troupeaux comprennent toujours un chef. Quand il n’y a pas de mâle, le chef peut être une femelle, mais dans le cas général, ce sera un mâle évidemment, car pour gagner la place de chef il faut en avoir, et savoir les utiliser, c’est un témoignage qui le dit. Les chefs sont chefs. C’est un statut plus qu’un pouvoir. Ils ont peu de questions à se poser, peu de décisions à prendre puisqu’ils sont chefs, ils n’ont qu’à profiter de leurs privilèges pendant que l’on fait le travail pour eux. Leur principale préoccupation est de veiller à bien profiter de leurs privilèges, surtout, ne jamais même par compassion laisser qui que ce soit passer devant : ce serait le début de la fin. On est chef, on doit le rester, et être digne de son rang, et impressioner, car ils sont nombreux les prédateurs, les petits ambitieux qui rêvent de prendre la place de chef, la priorité, le respect et la soumission spontanée de tout le reste du groupe. Tous.

Oh, bien sûr il y a des râleurs, il y a des mécontents, sur le bord… Mais qu’ils ruminent leurs mécontentement tous seuls, et on leur pardonnera, on les laissera râler, tant qu’ils ne se mettent pas en travers de la route du chef et qu’ils baissent les yeux sur son passage, sinon, les valets du chef se feront un plaisir de les corriger. Pourquoi ? Pour avoir les faveurs du chef, pour espérer profiter un tout petit peu des avantages, des privilèges.

Je les ai vu, quand je gardais les vaches, et quand j’allais remplir l’auge. J’ai observé les vaches assoiffées attendre que la chef du troupeau aille boire, toute seule, sa seconde sur ses talons, avant que les autres n'aient le droit d’y aller. J’ai tenté quelque chose : asperger la chef pour l’empêcher d’approcher. J’ai plutôt bien réussi à la bloquer, mais les autres n’ont pas approché pour autant. Un jour, pourtant, la France a aboli les privilèges. Que voulait-elle ? Comment voulait-elle faire ? Cette abolition des privilèges est indissociable de la démocratie. Face à un chef, le troupeau se soumet naturellement. Pour que la démocratie fonctionne, il faut donc que chacun, de gré où de force, renonce à tout privilège, l’absence de personne devant qui se soumettre garantissant l’absence de soumission.

La tentative de la France a échoué. Les loups qui n’avaient pas renoncé à la place de chef ont trouvé le moyen de s’assurer les privilèges en mettant tout le monde d’accord. Ils ont persuadé le troupeau que de les laisser passer en premier leur garantirait plus d’eau, car ils trouveraient le moyen, en investissant toute leur supériorité, d’obtenir plus pour tout le monde. L’échange était séduisant, et voilà que tout a repris son cours. Les chefs profitent, agitant une carotte au-dessus du nez des membres trop observateurs, faisant taire les plus révoltés et laissant causer les râleurs, sur les bords du champ.

06.01.2008

Philosophie des feux d'artifice

 

- Alors ils ont ouvert le champagne. Et tout à coup j’ai eu un genre d’illumination, tu vois, j’étais là debout au milieu du salon avec ma bière dans la main – oui bon d’accord j’étais bourré, mais bon, ça ne change rien au problème. Je les ai vu commencer à se sauter dessus, et comme Nathalie se précipitait vers moi pour m’embrasser aussi dans les cris et les bulles qui nous éclataient à la gueule là j’te jure, je me suis dit… « Mais qu’est-ce qu’on fait ? Qu’est-ce qu’il se passe exactement ? » Et tu vois j’arrête pas d’y repenser depuis mais quand on y pense en fait… C’est d’une connerie monstrueuse tout ça. Comme si ça changeait quelque chose là du 31, 23h59 au 1er, 00h01 ! Mais rien ! Rien ne change ! Et je me suis dit alors pourquoi on fait la fête ?

- Au ben parce que tout le monde le fait ! C’est une occasion, c’est tout, faut pas…

- Ben c’est ça le problème tu vois. C’est pas une occasion. C’est ce qu’on croit. C’est comme une obligation car si il te venait à l’idée de pas fêter ça mais tu passerais pour un fou ! C’est une telle évidence qu’on n’ose pas la remettre en question. Mais quelle évidence bon dieu ! Une fête c’est quand on a quelque chose à fêter, non ? Mais on a rien à fêter ! Ça ne correspond strictement à rien tout ça ! Le calendrier c’est nous qui l’avons inventé, ça pourrait très bien être deux jours plus tard je sais pas tu vois, je… Ça correspond même pas aux saisons. Même pas ! Rien de naturel, rien, il n’y a rien de rien !

- Pourtant il doit bien…

- Oui ! Oui ! J’vais te le dire moi, c’est comme par hasard une semaine jour pour jour après noël ! Et on ose dire qu’on est laïcs. Oui bien sûr il n’y que moi pour penser à ça, bien sûr ça fait chier, c’est des détails on n’a qu’à profiter de la fête et puis c’est tout c’est ça ? Ben non. C’est à force de plus réfléchir à rien, de tout accepter, même des petites choses à la con comme ça, qu’on se fait avoir tout le temps. On sait plus se méfier. On accepte tout car on croit que « c’est comme ça ».

- Mais attends moi je veux bien mais j’ai pas envie d’avoir une vie morose là, où je reste tout seul à faire la gueule pour des raisons bon… voilà, quand tout le monde fait la fête. Merde, écoute !

- Ehe… Tu me connais plus j’ai l’impression… Tu crois que c’est mon genre de rester tout seul à déprimer ? Non, moi aussi j’aime bien la cuite avec les potes. Le tout c’est de savoir ce qu’on fait là. Si on fait la fête, c’est parce qu’on en a envie, point. Faut assumer un peu. Oui, on aime se prendre des cuites ! Et non, on en a rien à foutre de ce changement de chiffre. Les « meilleurs vœux » d’usage, on oublie. On arrête de sauter en l’air en faisant le décompte. Etc. Enfin moi j’arrête, hein, voilà. Et je sens bien que je suis pas le seul à vouloir un peu remettre du sens dans tout ça. Mettre du sens c’est déjà en chercher et reconnaître quand il n’y en a pas, je crois.

- Hum… Pourquoi pas après tout. Tu sais dans le Pub où j’étais ils faisaient n’importe quoi, ils ont crié le décompte une dizaine de fois, avant l’heure et après l’heure enfin… Finalement ils disaient comme toi, hein, enfin sans nous faire le discours philosphique là, sans s’en rendre compte sûrement… Mais quand on y pense c’est le même sentiment que tout ça c’est une vieille mascarade à deux balles. Alors détruisons-là, ouais, faisons-en un truc tripant !

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