06.03.2008
Promouvoir l’identité pour mieux la détruire

- Tu vois, c’est marrant de se rencontrer ici comme ça, on avait tous nos petites idées sur les gens des autres pays et finalement on se rend compte qu’on est tous pareils.
- Pareils ? T’es fou si je mangeais comme elle je serais mort !
- Non mais bien sûr mais tu vois sur des petites choses comme ça mais grosso-modo si on compare, en fait on a plus ou moins la même vie quoi. C’est vrai qu’il y a une certaine « culture européenne »… Tu vois ce que je veux dire ?
- Moi je crois qu’on est différent quand même. Je sais pas non, je suis pas comme vous. On n’est pas pareils, on est… tu vois là on est comme ça mais ma grand-mère…
- Ouais… J’crois qu’il y a aussi la… Les principes. J’parle pas de ménage et tout à la Marta non je veux dire, tu vois quand on parlait du président à la messe, là je crois vraiment qu’il y a une différence culturelle.
- C’est quoi cette histoire ?
- Ben en fait l’autre jour on parlait de je sais plus quoi là et on se disait que cette laïcité française c’est quand même un truc… Eux ça les choque pas tu vois des choses comme ça, ils réalisent même pas… Alors que pour nous c’est fondamental, enfin tu vois on est très différents tous et on a fait le même bon quand on a entendu ça tu vois, eux ça ressort par l’autre oreille, c’est pas… Un principe.
- Oui t’as pas tort.
- Vous voyez ! Moi je crois vraiment que c’est ça qui définit nos identités, c’est les principes qu’on a acquis à tel point qu’on s’en rend même plus compte. Et vous les français eh bien nous y voilà : cette laïcité absurde là, et puis… tu sais plein de petites choses. Vous êtes vraiment, vous avez pas peur, vous avez un genre de liberté, même les timides là… Pourquoi c’est toujours les français qui fument par exemple ? Pourquoi sur une quarantaine de nouveaux, quand y a que une fumeuse il faut qu’elle soit française ? Ce petit côté provoc, et fier de vous, de votre langue, et à la fois vous êtes toujours à défendre les autres, avec les flics, avec… j’hallucine !
- Ah ben quel portrait dis donc !
- Non mais tu vois quoi…
- Et y a autre chose aussi, ça m’y fait penser là quand je vous entends, c’est le côté Paris, l’amour… Oui je sais que t’es pas de Paris et que c’est ridicule de dire ça mais quand même tu vois, vous buvez du vin dans des vrais verres à pied alors qu’elle ça lui fait pas peur de se le faire au goulot et en même temps vous finissez plus minable que tout le monde, vous rigolez tout le temps vous parlez avec des voix débiles et dans la rue vous arrêtez pas de vous arrêter, vous voyez des choses interessantes partout, vous vous mettez à réfléchir comme ça sans qu’on s’y attende et quand je dis Paris tu vois j’ai remarqué que… vous aimez les émotions, vous… nous on se prend dans les bras comme ça mais vous vous vous lâchez des fois c’est impressionnant, vous aimez bien traîner dans les rues juste à se ballader comme ça et quand moi je trouve quelque chose beau… Ouais les couchers de soleil sur la plage super, c’est sympa sur le moment mais alors quand tu te tapes les douze milles photos du coucher de soleil…
- Enfin bon pour conclure… elle est là l’identité française tu comprends ? Je pense, hein, vous êtes peut-être pas d’accord, mais c’est sur ces principes là que je vous reconnais, autrement on est pareils. Laïcité, liberté, combat des injustices, reflexion… Et puis plaisir, plaisir ouais vraiment.
- Non mais arrêtes tout le monde est pareil ! Toi ! Me dis pas que tu réfléchis jamais, et que t’aimes pas le plaisir !
- Non mais si, bien sûr, mais c’est plus… Quand je dis réflexion et liberté c’est que nous tu vois je me rends compte qu’on n’ose moins remettre tout en cause comme ça. On croit, on se laisse impressionner par les gens, ou alors on fait semblant, mais on affronte pas comme vous. Et le plaisir, on n’ose pas pareil non plus, on… On reste plus dans les clous… Y a quand même que vous pour faire la gueule au nouvel an et après on vous retrouve bourrés à trois à 21heures en veille de partiels enfin… Bon voilà. T’en penses quoi toi tu parles pas trop l’autre français là !
- Non mais en fait ça me frappe ce que tu dis parce que tu vois depuis les élections on en fait tout un foin de l’identité, avant on se prenait pas la tête comme ça, mais la tout le monde s’est mis à en parler à tel point qu’on a un ministère là-dessus tu vois c’est pas de la rigolade et je me rends compte en t’écoutant que ce que tu dis être notre identité, le gouvernement actuel va complètement à l’inverse de ça. Sarko devient curé du pape là enfin me demande pas les détails hein, l’amour ben m’en parle pas ça se marie ça divorce devant les caméras bonjour le romantisme et Paris la ville de l’amour l’une des Christines là elle veut justement arrêter ça, elle a dit la ville des musées je crois, alors les français qui s’interessent aux trucs, à la beauté cause toujours, elle veut en faire une capitale économique qui rivalise avec Londres et New York… Alors la défense des victimes d’injustice, tout ça, s’exprimer, mais c’est de la folie, là je crois… Quand on voit les flics partout dès que Sarko approche, et pourtant tu sais que moi je le soutiens plutôt mais bon, enfin je veux dire, il bouge au moins, mais on vire tout le monde, et les médias sont au plus bas de tout là ils repètent bêtement il n’y a aucune opposition et les principes de rigueur qu’on avait je dois bien reconnaître que.. c’est de la merde quoi. On le voit bien. Je sais pas pourquoi on se perd comme ça mais tu m’as vraiment fait réaliser qu’on a vraiment un problème d’identité, et finalement je ne vois plus celle que Sarko veut défendre, je ne vois pas à quoi ça correspond !
Février 2008.
Photo: Amiina.
03:20 Publié dans Chroniques de la vie | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : politique, france, europe, identitaire, écriture, société, identité
23.01.2008
Les troupeaux 2/2
Les râleurs sur les bords du champ peuvent bien faire la grève de la faim. Ils mourront, et ça fera des râleurs en moins. Il ne faut pas qu’ils en meurent trop quand même, car il y a d’autres troupeaux. Et un beau jour, différents troupeaux vont se rencontrer. D’abords ils vont s’observer, chercher à voir comment ça marche ailleurs. Les chefs peut-être vont réaliser que d’autres chefs ont plus de privilèges. Peut-être aussi verront-ils que tel troupeau a un territoire plus riche. Peut-être aussi que tel chef a plus de valets, donc plus de puissance. Alors les chefs vont se battre, dans le meilleur des cas, ou au pire, envoyer leurs troupeaux contre le troupeau envié, pour gagner plus de pouvoir. Plus de richesse. Plus de territoire. Pour avoir plus.
Les troupeaux supérieurs en force gagnent ainsi tout ce que les troupeaux vaincus pouvaient avoir : richesse, territoire, savoirs. Deux troupeaux ne peuvent cohabiter car il y aurait alors deux chefs égaux, ce qui est impossible : le troupeau ne respectera plus un chef qui se voit obligé de partager. Ce serait une preuve de faiblesse, et donc d’infériorité pour les loups envieux d’une place de chef.
On a essayé de garantir la paix entre troupeaux en délimitant les territoires de chacun et en instituant des réunions, des groupes de chefs pour régler les différents. Mais les chefs, quand ils ont goûté aux privilèges, ne peuvent supporter d’en voir qui leur échappent. Ils en veulent plus, toujours plus. C’est pourquoi ils cherchent à devenir chefs du groupe des chefs, s’assurant ainsi la totalité des privilèges existant. Si des membres du troupeau hésitent à soutenir leur chef par peur de l’échec de ce dernier ou pour préserver leur vie dans l’angoisse d’une bataille, alors les chefs trouveront une carotte si alléchante qu’ils finiront bien par suivre. Et la vie continuera ainsi. Dans le groupe des chefs, les chefs dominés chercheront à devenir chef dominant, jusqu’à ce que l’un d’entre eux y parvienne et établisse un nouvel ordre, dans lequel les nouveaux valets chercheront à leur tour à devenir chefs, et ainsi de suite.
La meilleur façon de se protéger des prétendants à la place de chef, pour un chef, c’est de laisser ces derniers s’éliminer entre eux.
L’agriculteur savait tout ça par cœur. D’où sa domination sur ses animaux. Quand il voulait remonter la chèvre qui était au piquet en bas de la vallée sans s’ennuyer à la tenir tout le long de la côte, la préoccupation première de la chèvre étant de s’émanciper de la domination de l’homme pour jouir des possibilités variées que lui offrait le territoire, l’agriculteur la laissait filer sur le sentier, sans crainte qu’elle ne s’échappe. Il savait que quelques centaines de mètres plus haut, elle tomberait nez-à-nez avec une autre chèvre de la même condition : seule avec son piquet la privant de liberté. La chèvre libre, rencontrant l’autre, n’aurait pas l’idée de l’aider à se détacher. La chèvre attachée n’aurait pas l’idée de chercher à obtenir de l’aide. Leur première idée est de savoir laquelle des deux va dominer l’autre, laquelle des deux devra se soumettre. Et elles vont se battre. Ainsi, l’agriculteur n’avait qu’à remonter tranquilement le sentier de la vallée pour récupérer la chèvre libre, restée à se mesurer à l’autre chèvre au lieu de profiter de sa liberté, liberté qu’elle perdait à nouveau, s’étant laissée dominer par son instinct sans réfléchir aux réelles opportunités qui s’offraient à elle et sans voir les véritables dangers qui allaient se mettre entre elles et ces opportunités.
La seule façon d’échapper est donc de freiner son instinct et de renoncer à la domination, même quand on est en position de force, pour réfléchir aux réelles possibilités et aux réels dangers.
5/1/7
19:00 Publié dans Chroniques de la vie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, écriture, France, synthèse nationale, société, agriculture, nature
20.01.2008
Les troupeaux 1/2

Les troupeaux comprennent toujours un chef. Quand il n’y a pas de mâle, le chef peut être une femelle, mais dans le cas général, ce sera un mâle évidemment, car pour gagner la place de chef il faut en avoir, et savoir les utiliser, c’est un témoignage qui le dit. Les chefs sont chefs. C’est un statut plus qu’un pouvoir. Ils ont peu de questions à se poser, peu de décisions à prendre puisqu’ils sont chefs, ils n’ont qu’à profiter de leurs privilèges pendant que l’on fait le travail pour eux. Leur principale préoccupation est de veiller à bien profiter de leurs privilèges, surtout, ne jamais même par compassion laisser qui que ce soit passer devant : ce serait le début de la fin. On est chef, on doit le rester, et être digne de son rang, et impressioner, car ils sont nombreux les prédateurs, les petits ambitieux qui rêvent de prendre la place de chef, la priorité, le respect et la soumission spontanée de tout le reste du groupe. Tous.
Oh, bien sûr il y a des râleurs, il y a des mécontents, sur le bord… Mais qu’ils ruminent leurs mécontentement tous seuls, et on leur pardonnera, on les laissera râler, tant qu’ils ne se mettent pas en travers de la route du chef et qu’ils baissent les yeux sur son passage, sinon, les valets du chef se feront un plaisir de les corriger. Pourquoi ? Pour avoir les faveurs du chef, pour espérer profiter un tout petit peu des avantages, des privilèges.
Je les ai vu, quand je gardais les vaches, et quand j’allais remplir l’auge. J’ai observé les vaches assoiffées attendre que la chef du troupeau aille boire, toute seule, sa seconde sur ses talons, avant que les autres n'aient le droit d’y aller. J’ai tenté quelque chose : asperger la chef pour l’empêcher d’approcher. J’ai plutôt bien réussi à la bloquer, mais les autres n’ont pas approché pour autant. Un jour, pourtant, la France a aboli les privilèges. Que voulait-elle ? Comment voulait-elle faire ? Cette abolition des privilèges est indissociable de la démocratie. Face à un chef, le troupeau se soumet naturellement. Pour que la démocratie fonctionne, il faut donc que chacun, de gré où de force, renonce à tout privilège, l’absence de personne devant qui se soumettre garantissant l’absence de soumission.
La tentative de la France a échoué. Les loups qui n’avaient pas renoncé à la place de chef ont trouvé le moyen de s’assurer les privilèges en mettant tout le monde d’accord. Ils ont persuadé le troupeau que de les laisser passer en premier leur garantirait plus d’eau, car ils trouveraient le moyen, en investissant toute leur supériorité, d’obtenir plus pour tout le monde. L’échange était séduisant, et voilà que tout a repris son cours. Les chefs profitent, agitant une carotte au-dessus du nez des membres trop observateurs, faisant taire les plus révoltés et laissant causer les râleurs, sur les bords du champ.
14:15 Publié dans Chroniques de la vie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, sarkozy, France, synthèse nationale, société, agriculture, nature
15.12.2007
Enjoy

Bien sûr je voulais pas y aller. Mais bon, ça les faisait triper, et puis après tout c'était pas si cher, non, 2£10 le café, ouais, pas si cher. Alors on est allé. On a traversé le hall devant les secrétaires type hôtesse de l'air, trempés comme des sardines.
Bien sûr c'était atroce. La fausse classe. Le faux marbre. Le faux air conditionné. Les faux fauteuils confortables. Le faux bon café. La fausse bonne musique joyeuse de Noël à l'écran de la télé faussement moderne. Au mur: les fausses grandes photos façon imitation Paris vu par un soi-disant oeil d'un faux-Doisneau, une fille faussement belle peut-être bonne qui soi-disant attire tous les regards, bref, du toc, partout, de la daube, qui en plus coûte son prix et ne nous étalons pas sur ce que ça finance.
Inutile de dire que je tirais à moitié la gueule, rêvant d'une clope dans un troquet dégueulasse, quand...
Quand a il apporté les derniers cafés, le faux beau serveur clean. Oh, lui je lui en veux pas hein, faut bien bosser... Mais alors... Le voilà qui pose les tasses sur la table, souriant comme il faut et puis, alors qu'il pivote langoureusement pour nous quitter, sa main accrochant encore un bout de cuiller, il glisse d'une voix... suave, on va dire pour le style...
« Enjoy... ».
J'ai failli éclater de rire, mais les autres n'ont pas bronché. Est-ce que j'étais le seul à l'avoir entendu? Est-ce qu'ils étaient habitués à ce genre de soupirs de serveurs? Va savoir.
Ce « Enjoy... » du bout des lèvres, je le trouve fabuleux. Tout ce qu'il y a derrière. « Profitez... Profitez du plaisir que vous allez ressentir en trempant vos lèvres dans ce café, que nous, Hilton corporation, vous offrons sur un plateau... Hilton, nous vous offrons le plaisir. » Ça ferait un bon slogan, non? C'est exactement ça, je me croyais dans une pub. Comme si j'allais m'envoler dans la fumée de mon expresso, léger et nu, touchant du bout des doigts le bout des doigts de la blonde de la photo au mur.
Mais non, mon gars, rien de tout ça! Rien de tout ça ne peut arriver entre le nouveau « Spice Girls » et ta musique de Noël insupportable! Rien de tout ça ne peut arriver sur ta banquette synthétique minable, dans le courant d'air de la porte des toilettes, avec à côtés des vieux bourges et des hommes d'affaires en costard tapotant sur leur clavier! Et allez, avouons-le, il est fadasse ton café.
03/12
14:25 Publié dans Chroniques de la vie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : europe, Ecriture, photo, femme, ivi kromm, hilton, cardiff
13.11.2007
Tranche de vie
On est toujours lundi. Pas encore fait tout ce que j'ai à faire. J'ai discuté pendant deux bonnes heures avec Naïara dans la cuisine. Cette fille est amazing. Basque, déjà. Et puis, on a exactement les mêmes convictions. Pas les mêmes indignations, comme on peut partager avec tellement de monde, non, les mêmes convictions. Nous on veut pas perdre ce qu'on a. Nous sommes tous deux, nous nous plaçons tous les deux comme des héritiers actifs dans, nous avons tous les deux envie de jouer à la vie.
J'ai rarement connu ça. J'ai connu des gens qui avaient des émotions du même genre que moi, d'autres des idéaux du même ganre que moi, d'autres des croyances, des trips, des envies, des besoins... Ça m'a fait du bien de trouver cette Anne-Gab' qu'a envie de fumer deux clopes de suite tous les quarts d'heures, de défoncer Sarkozy avec elle... Je suis dans le présent, avec elle, et dans la pulsion, dans l'indignation, le trip et le plaisir. Avec Karo, je partage la croyance, l'envie de faire en sorte que tout aille bien, la folie, l'envie de s'éclater. On est dans l'envie. Tout le temps. Tout ça, là, je m'en tape avec Naïara. Naïara joue au foot quatre fois par semaine, va se coucher au lieu de boire et discuter si ça la gave, elle a pas besoin de social. Elle va pas faire le tour de l'immeuble pour trouver des voitures aux pétasses allemandes (ses amies) comme moi et Anne-Gab. On n'a pas les mêmes envies et besoins, dans le présent.
Elle est basque, 100 % basque, et même un truc. Elle est de Guernica. J'ai su ça aujourd'hui. Ça la fait bien marrer tout ce que ça peut provoquer dans l'esprit des gens. C'est où? Est-ce que t'es pour l'indépendance? Vous mettez des bombes? C'est détruit ta ville? Tu te sens pas trop latino, hein?
Enfin. Elle en dit pas trop. Elle fait attention, car elle a réfléchi à tout ça, elle adapte et mesure ses réponses, elle se place exactement où elle l'a décidé. Quand elle veut quelque chose, elle l'a. Elle a besoin d'un mot? Elle regarde dans le dictionnaire. Et puis elle l'utilise. Bon j'ai pas envie d'énumérer les convictions qu'on s'est trouvé en commun, juste dire qu'on a une connection sur l'avenir. Elle se dit c'est dégueulasse ce qu'ils nous ont pris, mais elle demande de comptes à personne: elle va chercher ce qu'on lui a pris, et elle le trouve.
Nous sommes des héritiers actifs, car l'héritage, non seulement on y a droit mais on le veut et on le prend, et on l'utilise. Et on veut jouer à la vie parce qu'on sait bien que si on ne joue pas, de toutes manières quelqu'un remportera les plis. Et on voit ce qu'il en fait. Alors on va jouer, pour voir.
Ça fait du bien. On se sent moins isolé, et on retrouve un peu d'espoir. Dans la capacité de ma génération à changer le monde. On est plusieurs, dans plusieurs pays et le jour où l'un d'entre nous avancera hors de l'ombre, on sera tous prêts à réveiller les autres, les mauvais perdants et les trouillards, les pas doués et les flemmards. Dans tous nos milieux. Moi l'apprenti-clodo, elle la footballeuse.
23/10
21:40 Publié dans Chroniques de la vie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, société, europe, solidarité, amitié, Résistance, Nouvelles et textes brefs
14.09.2007
Décès
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Hey, c'est quoi le métier le plus bizarre que tu connaisses?
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Ahah... Thanatopracticien. Thanatopracticienne... Bref la thanatopraxie... Tu sais pas ce que c'est hein? Dans le dico... « Embaumement des cadavres ». Sympa n'est-ce pas?
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Berk... Faut avoir un moral solide là quand même. C'est des gens qu'ont du courage dis-donc. Je m'imagine pas faire ça! Y en a un qui s'est occupé de ta grand-mère c'est ça?
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Ouais. Je l'ai pas vue quand elle est sortie de l'hosto, mais il paraît que c'était pas beau à voir. Ils avaient oubliés de lui remettre son dentier du bas, alors je te laisse imaginer le visage de malade, la lèvre inférieure à moitié enfoncée dans la bouche le...
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Baaah! Arrête là!
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Ouais! En tous cas elle pouvait pas être exposée comme ça...
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Ah oui car évidemment tout le monde vient voir le corps...
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C'est spé hein? Et prendre des photos aussi. Voir les morts. Avoir leur image une dernière fois... Je me demande d'où ça peut venir ce besoin...
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Surtout qu'on refuse de voir la vérité en face, puisqu'on appelle un thanaprato...
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Thanatopracticienne, c'était une femme ce coup-là. Ben c'est exactement ce que je me suis dit. Pour la rendre présentable, cette femme pleine de bonne volonté, c'est pas de sa faute hein! Enfin, elle lui a relevé la mâchoire du bas, bloquée je sais pas comment, bien peignée, attaché ses cheveux sur un côté avec un ruban blanc...
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Résultat?
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Ben une gueule... Sûrement plus présentable, je les crois puisque je ne l'ai pas vue avant mais... Je te jure qu'elle n'avait JAMAIS eu ce visage là. Elle avait l'air sévère, les traits tirés... Ma tante lui a foutu un coup de maquillage pour rattrapper le coup m'a-t-elle dit... Mais quand même. Ils ont même pas attendu son dentier si tu veux. Ils ont « fait au mieux ». Mais c'est quoi le mieux? C'est comme la société trouve ça bien ou comme la personne était? On savait bien qu'elle était malade, un visage bien fatigué n'aurait surpris personne, ses cheveux en vrac encore moins.
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L'apparence. On est au coeur du problème. A quoi faut-il ressembler. A quelque chose? A un idéal? A un mort parce-qu'on est mort? A soi-même même si c'est pas beau à voir? Evidemment c'est le genre de moment où on ne se pose pas la question... Y en a un qui répond pour tout le monde et hop! On ne réfléchit pas. Pas assez. Comme d'hab. On ne prend pas le temps.
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On dirait que t'étais là!
18:10 Publié dans Chroniques de la vie | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : ivi kromm, mort, écriture, poésie, société, spiritualite, deces
12.09.2007
En parlant d'apparence...
Eh bien...
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Qu'est-ce que tu vas te rappeller d'elle?
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Ohf... J'ai oublié la voix, tu sais, comme à chaque fois, pas comme la nunuche qui chante « Ciao Bella » en ce moment... J'ai toujours oublié la voix des morts. Mais pas son visage. Faut dire les photos ça aide bien sûr. Mais elle avait un drôle de visage, quand on y pense. Très expressif. Un nez à moitié crochu, long... Et une bouche large, assez profonde... Comment t'expliquer? Sa bouche était en arrière par rapport à son nez et à son menton. Comme en retrait. Ça lui donnait un sourire gentil, à moitié niais, ou roublard selon les cas. Son père avait le même, j'ai vu dans l'album. Et puis je me disais tu sais... Un jour on n'en verra plus des visages comme ça. Elle est née en 1923. Il n'y avait pas d'appareils à l'époque. On se faisait pas ramener la mâchoire en avant, redresser les dents et tout ça... Aujourd'hui tous les ados portent un appareil. Sans s'en rendre compte, on est en train d'éliminer tout un tas de types de visages. Et à force de vouloir être tous soi-disant parfaits, car tu sais ma grand-mère avec sa mâchoire en arrière, c'était une très belle femme! Bon ben à force on va tous avoir la même gueule. Comme dans un jeu vidéo. Des profils de base et après on rajoute la couleur des cheveux, des vêtements... Alors que le corps humain est si plein de nuances originales! C'est flippant quand on y réfléchit.
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Un peu comme si inconsciemment, et tous ensemble, on réfléchissait comme Hitler, comme si on voulait purifier nos corps. Traquer les imperfections, ou alors par peur qu'un genre d'Hitler revienne? Et on se trahit. On trahit l'Humanité.
04/09/07, vers 16h30, Gare de Brest.
18:50 Publié dans Chroniques de la vie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : mort, écriture, poésie, société, spiritualite, deces, mode
02.09.2007
Rozenn
Rozenn a bar dispaket diouzh beure
Rozenn oc’h huñvreal 'tal an heol da greisteiz
Rozenn, stourm 'enep an noz o kouezhañ
An noz a ray dit paouez da ganañ.
Rozenn, Rozenn, gaouiadez koant,
Perak bezañ flemmet ‘anon?
Me ‘oa laouen, me ‘oa drant
Gloazhet a’teus ma c’halon!
Rozenn, Rozenn, mignonez kriz,
Perak bezañ flemmet ma biz?
Dindan an heol o vont da guzh
Ev ’ta ma gwad, rozenn ruz.
Lanredeg, ’tro 11 eur
21/03/2006
16:25 Publié dans Chroniques de la vie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ivi kromm, brezhoneg, poésie, poème, tordu, écriture, fleurs
16.08.2007
Le jeune homme

Chronique du jeune homme
De quoi as-tu peur, jeune homme?
Toi qui n'en finit plus de te construire?
Tu voudrais que l'on croque ta pomme
Savoir où mènent tes délires.
Comme il doit être gênant de te voir aujourd'hui!
Anxieux, tentant d'être discret
Mais toujours en avant, forcé à fuir!
Ton corps en qui tu n'as plus confiance
De ton zèle te fait payer le prix
Un prix bien sâle, puant à souhait
Le jour où tu te dis « J'avance! »...
Ta vie avance... et ton esprit?
Ton corps s'acharne, ton corps suit
Te rappelant que si tu dors
Tu n'auras rien fait, à ta mort.
17/07/07, train Brest-Guingamp
Mais oui tout va bien, même si le temps fait pas ce qu'ont prévu les mecs en costard. Ivi voudrait que chacun ait une vie utile, et comme dirait Chrissie, "I wanna die for something" et d'ailleurs on est tous des chats. Tu le crois ça? Ivi Kromm a l'air sérieux, il est complètement barj. Il fait des trucs qui veulent rien dire. Et ça tu le crois? La photo, c'est un mec qu'a pas forcément grand chose à voir avec Le Jeune Homme, mais c'est un loubard et il m'intéresse.
18:25 Publié dans Chroniques de la vie | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : ivi kromm, poésie, tordu, voyage, garçons, écriture, rock
26.05.2007
L'erreur
Alors, elle est où l'erreur?
Ça y est, la douleur s'atténue, on va pouvoir réfléchir, les voix se taisent, s'éloignent, changent de sujet. Alors bon, le choc passé, elle est où l'erreur tu crois? Comment c'est possible, ce qui s'est passé? Je l'avais pas vu venir, moi. J'ai rien vu. Je les ai pas vus. Oh, je savais bien qu'ils existaient, mais je ne savais pas où. Un peu partout semble-t-il. Mais quand même... Un porc m'a parlé tout à l'heure de "l'Arc de l'Atlantique". Il doit faire un peu de géographie, je ne peux pas lui en vouloir.
Alors, elle est où l'erreur? Qu'est-ce qui a râté pour que je voie des choses invisibles à d'autres? Est-ce que c'est moi qui croit voir des choses qui n'existent pas? Non. J'ai testé. J'ai pincé, pressé, écrasé des adorateurs de fourbes pour voir tout le pus en sortir, et il y en avait! J'ai sondé des grands yeux écarquillés qui ne sont connectés à rien, qui ont perdu le mode d'emploi de ce à quoi ils sont connectés, qui trouvent l'effort de connexion trop fatigant... On voit tous la même chose. Mais qu'est-ce qui fait qu'au bord de la falaise, certains se jettent dans le vide alors que d'autres s'arrêtent, profitent du petit vent chaud, au soleil, allongés dans l'herbe molle?
Oh oui, je vois, ils ont peur de ne rien faire. Ça les fait flipper de ne plus avancer, comme ça me rassure, là-bas, d'être bien. Ça leur fait peur de suivre, comme moi, les sentiers des douaniers - ont-ils jamais existés? - ; cette longue, étroite ligne de terre gravillonée au lance-pierre pour un vent lunatique, cette ligne qui monte, descend, tourne, disparait un instant le long des rochers, le long de l'écume, le long du vide, le long des nuages, le long des arbres, le long du monde, le long de la vie. Ça leur fait peur! Ça leur fait peur de ne plus foncer tout droit, invincibles, indestructibles comme avant.
La peur. Ils se tuent par peur.
La peur qui donne l'assurance nécessaire, la force, la détermination, la confiance pour se tuer.
15/05/2007 - Le Bouguen.
Vous êtes de ceux-là?
Vous n'y croyez pas aux élucubrations d'Ivi Kromm?
A vous voir, Miss Pinkerton secoue la tête:
" - C'est ce qui vous trompe, mon enfant! Il n'y a rien de plus facile que de tuer aussi longtemps que nul ne vous soupçonne. Et, justement, la personne en question est la dernière qu'on suspectera!"
Enfin... Tout le monde a lu dans le journal que Miss Pinkerton a été écrasée. Agatha Christie, Un meurtre est-il facile?
18:05 Publié dans Chroniques de la vie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, présidentielle, littérature, Sarkozy, écriture, france, vie