14.09.2007

Décès

 Et on parle, on parle...
  • Hey, c'est quoi le métier le plus bizarre que tu connaisses?

  • Ahah... Thanatopracticien. Thanatopracticienne... Bref la thanatopraxie... Tu sais pas ce que c'est hein? Dans le dico... « Embaumement des cadavres ». Sympa n'est-ce pas?

  • Berk... Faut avoir un moral solide là quand même. C'est des gens qu'ont du courage dis-donc. Je m'imagine pas faire ça! Y en a un qui s'est occupé de ta grand-mère c'est ça?

  • Ouais. Je l'ai pas vue quand elle est sortie de l'hosto, mais il paraît que c'était pas beau à voir. Ils avaient oubliés de lui remettre son dentier du bas, alors je te laisse imaginer le visage de malade, la lèvre inférieure à moitié enfoncée dans la bouche le...

  • Baaah! Arrête là!

  • Ouais! En tous cas elle pouvait pas être exposée comme ça...

  • Ah oui car évidemment tout le monde vient voir le corps...

  • C'est spé hein? Et prendre des photos aussi. Voir les morts. Avoir leur image une dernière fois... Je me demande d'où ça peut venir ce besoin...

  • Surtout qu'on refuse de voir la vérité en face, puisqu'on appelle un thanaprato...

  • Thanatopracticienne, c'était une femme ce coup-là. Ben c'est exactement ce que je me suis dit. Pour la rendre présentable, cette femme pleine de bonne volonté, c'est pas de sa faute hein! Enfin, elle lui a relevé la mâchoire du bas, bloquée je sais pas comment, bien peignée, attaché ses cheveux sur un côté avec un ruban blanc...

  • Résultat?

  • Ben une gueule... Sûrement plus présentable, je les crois puisque je ne l'ai pas vue avant mais... Je te jure qu'elle n'avait JAMAIS eu ce visage là. Elle avait l'air sévère, les traits tirés... Ma tante lui a foutu un coup de maquillage pour rattrapper le coup m'a-t-elle dit... Mais quand même. Ils ont même pas attendu son dentier si tu veux. Ils ont « fait au mieux ». Mais c'est quoi le mieux? C'est comme la société trouve ça bien ou comme la personne était? On savait bien qu'elle était malade, un visage bien fatigué n'aurait surpris personne, ses cheveux en vrac encore moins.

  • L'apparence. On est au coeur du problème. A quoi faut-il ressembler. A quelque chose? A un idéal? A un mort parce-qu'on est mort? A soi-même même si c'est pas beau à voir? Evidemment c'est le genre de moment où on ne se pose pas la question... Y en a un qui répond pour tout le monde et hop! On ne réfléchit pas. Pas assez. Comme d'hab. On ne prend pas le temps.

  • On dirait que t'étais là!

12.09.2007

En parlant d'apparence...

 Eh bien...

  • Qu'est-ce que tu vas te rappeller d'elle?

  • Ohf... J'ai oublié la voix, tu sais, comme à chaque fois, pas comme la nunuche qui chante « Ciao Bella » en ce moment... J'ai toujours oublié la voix des morts. Mais pas son visage. Faut dire les photos ça aide bien sûr. Mais elle avait un drôle de visage, quand on y pense. Très expressif. Un nez à moitié crochu, long... Et une bouche large, assez profonde... Comment t'expliquer? Sa bouche était en arrière par rapport à son nez et à son menton. Comme en retrait. Ça lui donnait un sourire gentil, à moitié niais, ou roublard selon les cas. Son père avait le même, j'ai vu dans l'album. Et puis je me disais tu sais... Un jour on n'en verra plus des visages comme ça. Elle est née en 1923. Il n'y avait pas d'appareils à l'époque. On se faisait pas ramener la mâchoire en avant, redresser les dents et tout ça... Aujourd'hui tous les ados portent un appareil. Sans s'en rendre compte, on est en train d'éliminer tout un tas de types de visages. Et à force de vouloir être tous soi-disant parfaits, car tu sais ma grand-mère avec sa mâchoire en arrière, c'était une très belle femme! Bon ben à force on va tous avoir la même gueule. Comme dans un jeu vidéo. Des profils de base et après on rajoute la couleur des cheveux, des vêtements... Alors que le corps humain est si plein de nuances originales! C'est flippant quand on y réfléchit.

  • Un peu comme si inconsciemment, et tous ensemble, on réfléchissait comme Hitler, comme si on voulait purifier nos corps. Traquer les imperfections, ou alors par peur qu'un genre d'Hitler revienne? Et on se trahit. On trahit l'Humanité.

04/09/07, vers 16h30, Gare de Brest.

18.08.2007

Attends, là...

Lui, il voudrait le faire tout le temps, dès que les petits sont couchés. Il n'arrête pas de l'appeler pour lui dire qu'il l'aime... Et il l'aime, j'crois bien. Il avait seize ans quand il l'a encontrée. Avec sa petite gueule de beau gosse, son visage... fin, ses traits bien définis, il avait dû en séduire déjà une bonne louchée, mais quelque chose a fait que cette petite blonde de quinze ans, il l'a trouvée belle et voilà, ça fait quatre ans.

Quatre ans dans la face, quatre ans d'un amour de jeunesse sans grand intérêt, croyez-vous? Quatre ans à se priver d'une vie plus vagabonde? C'est tout l'inverse. Vingt ans. L'âge où tant de petits fils et petites filles à papa sont encore en crise, ou tant d'étudiants glandent sur des terrases, ou tant de guignols s'habillent chez Nike et se donnent des airs ridicules pour traverser la rue. D'ailleurs les miens, là, ceux dont je vous parle, Aurore et Kevin, ils ont leurs petits côtés comme ça. Ils passent inaperçus dans ce flot de jeunes. Grands, beaux, habillés selon les derniers critères à la mode... Elle est maigre, bien coiffée, avec un pantalon serré et un « haut bleu azur » moche, étroit, qui met sa poitrine en valeur. Il a un genre de chemise large aux épaules pour les larges d'épaules et un jean bien droit, du gel dans les cheveux en brosse, on va dire. Il a l'air fin et musclé. Ils iraient bien en boîte. Et pourtant... Ce petit couple de petits cons sont des jeunes parents. Leur petite fille est née quand Aurore débutait son année de terminale, le petit garçon il y a dix mois, avant qu'elle ne décide de se lancer dans une fac de médecine. Cette pétasse qui rigole tout le temps est en fait une jeune femme courageuse, qui à dix-neuf ans se lance dans une filière sélective avec deux enfants en bas-âge dont une avec laquelle elle a passé son bac. Et l'air de rien, comme si c'était simple! Elle s'en fout, elle le fait, elle n'attend pas de compliments! Lui, il est cuisinier. Il a fait un CAP. Il ne connait pas le mot « culinaire », il a d'ailleurs peu de vocabulaire et s'exprime mal. Il est beau, très beau, il sourit, il rigole, il accepte qu'on se moque de lui, et il adore sa vie, on dirait, il aime son petit resto sympa pas trop près de Paris ou il fait des « plats du jour », des entrecôtes et d'autres viandes pour des menus à 9 et 15 euros. Ils ont un appart.

Alors je sais pas, peut-être qu'elle est ridicule de s'engager dans la médecine, peut-être que c'est leurs parents qui s'occuppent tout le temps des gosses, peut-être... Je ne connais rien de leur vie et ils illuminent ma pauvre télé. Ils ont juste l'air heureux. L'air de dire « On est amoureux, on est super bien ensemble, on a fondé notre famille alors qu'on à peine quitté la notre et c'est génial, on est vivant et on est bien, voilà. Et on va le rester. » Ils ont l'air magnifique.

Vous savez où je les ai vus ces gens? A la télé, oui, en prenant mon petit déj' vers onze heures et demie. A cette heure là, il y Joël Robuchon, Le destin de Lisa et Les Z'amours. Si je m'attendais à voir ça aux Z'amours. C'est con les Z'amours, non?

Et c'est con cet espèce de ton solennel que je prends dès que j'ai été émerveillé par quelque chose, par exemple aussi les échasses dans les festivals médiévaux ou autre. Vous voyez pas le rapport? Ça m'émerveille. J'me détends. Ben là, j'ai été émerveillé. J'ai eu envie de les connaître, comme d'autres ont envie de rencontrer les « stars », et en les voyant, ils se mettent les mains sur la bouche grande ouverte, comme leurs yeux sont prêts à verser une petite larme d'émotion. J'étais un peu dans cet état là, mais un peu plus amusé, parce-qu'ils rigolaient, je partageais sans les connaître. Etre dans cet état-là devant France 2 à onze heures et demie, je vous raconte pas, je dois être la pire victime de la télé au monde.

J'm'en fous. Ça fait du bien de voir des gens bien.

Mes chers Aurore et Kevin, si vous tombez sur ma note... Ouais, bon, si vous tombez sur ma note, par hasard, tout est possible après tout... Un grand salut de la part d'Ivi Kromm. Avec toute mon amitié.

16.08.2007

Le jeune homme

Chronique du jeune homme

De quoi as-tu peur, jeune homme?
Toi qui n'en finit plus de te construire?
Tu voudrais que l'on croque ta pomme
Savoir où mènent tes délires.
Comme il doit être gênant de te voir aujourd'hui!
Anxieux, tentant d'être discret
Mais toujours en avant, forcé à fuir!
Ton corps en qui tu n'as plus confiance
De ton zèle te fait payer le prix
Un prix bien sâle, puant à souhait
Le jour où tu te dis « J'avance! »...
Ta vie avance... et ton esprit?
Ton corps s'acharne, ton corps suit
Te rappelant que si tu dors
Tu n'auras rien fait, à ta mort.

17/07/07, train Brest-Guingamp

Mais oui tout va bien, même si le temps fait pas ce qu'ont prévu les mecs en costard. Ivi voudrait que chacun ait une vie utile, et comme dirait Chrissie, "I wanna die for something" et d'ailleurs on est tous des chats. Tu le crois ça? Ivi Kromm a l'air sérieux, il est complètement barj. Il fait des trucs qui veulent rien dire. Et ça tu le crois? La photo, c'est un mec qu'a pas forcément grand chose à voir avec Le Jeune Homme, mais c'est un loubard et il m'intéresse.

Le voilà.

08.08.2007

Y

Mon étrange initiale m'invite au voyage
Son nom même suscite la curiosité
Elle entraîne le rêve hors des classiques cages
Sous la protection d'Yves, le regard de Yahvé.

Concrète elle m'enchaîne au pays par mon nom
Pourtant ce qu'elle inspire ici est fou, magique:
C'est la grande et belle Ys, jetée dans l'Atlantique
Car ce « i » est liquide et soigne en Yverdon!

Il est d'important fleuves; Yalujiang, Yamuna;
Qui l'envoient vers Sydney, le Yemen, ou l'Afrique;
Il rayonne au Cameroun, peuple le Nigéria;

Nage jusqu'à Stanley, traverse l'Amérique;
Sort par le Yukon ou le Yucatán maya,
Pour l'Europe de Yourcenar plus que Yalta!

 

Aux alentours d'1h30
Le Bouguen
6/6/7

...

"Initiale, initiale, mais Ivi ça commence pas par un Y!
Ben... J'comprends pas là..."

01.08.2007

Sourires enivrés

Oh non, je ne veux pas être sur ta photo
Je m'en vais l'étranger, tu ne sais rien de moi
Je ne suis pas assez surprenant, drôle ou beau
Vois ces sourires enivrés, ils sont à toi.

Ne me poursuis pas, l'étranger, reste avec eux
Vois ces choses à partager, laisse moi fuir
Reste si tu cherches du plaisir, l'homme bleu
Car auprès de moi tu n'as qu'une chose à dire.

Qu'importe le contexte et vive l'émotion
Je ne suis que flammèches de vie, sensations
Alors aime-moi the earth and the sun above

Je suis une musique emporte moi l'esprit
Tu peux tout obtenir sans être mon ami
So take me in your arms and love me, love me, love...

04 heures du mat', retour de Liberté
Nuit du 16/05 au Bouguen.

Listening to Morrissey
Get feelings

09.07.2007

Par les artérioles

Avec l'aurore tôt se lève une voix claire
Une voix qui grandit et qui répend ses mots
Elle s'installe ainsi aux recoins de la Terre
Et résonne un peu fière: dans le bois des sabots.

Ainsi donc elle guide celui qui la foule
Le pénétrant parfois d'une brûlure acide.
La saillie hors-la-loi! "Qui es-tu qui me saoûle?"
Haletante s'écoule de la bouche avide.

"Je suis la sensation, mon amant sensoriel
Je suis la décision, je suis aussi le fiel
Je suis le fifrelin ou le fifre endiablé.

Je suis le lamparo mais questionne sans cesse
Je provoque et rassure, je profane et professe
Je suis toi mon enfant de prodigalité!"

1er Avril 2007, le Bouguen.

 

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She wasn't Waiting for Tom
But Tom shot her in the right place
Now she doesn't need money anymore...
She works.
She hides.
She defies everyone, even herself
 And mostly:

She lives. 

27/06/07 

05.07.2007

Résurrection

Je commence à fatiguer, je remercie l'hôte
Je salue les invités et quitte la pièce
Mais dès la porte fermée - Ô mon coeur, ne saute! -
J'entends mon nom s'élever. Dieu! Qu'il disparaîsse! 

Ah, le salop, l'infâme, comment peut-il oser?
Le traître fou sans âme! Assassin! Meurtrier!
Je ne demande rien, on me condamne à mort:
Voilà un trou rouge dans le dos de mon corps.

Puis-je me relever? Je veux combattre encor
Prouver au monde entier que me tuer est un tort
Qu'il faut me soutenir! Que j'ai déjà souffert!

Qu'importe si l'usage et mon coeur à la fois
Me disent "Tu ne sais rien! Va-t-en! Méfie-toi!"
J'attrappe la poignée pour regarder mon frère.

22/03/2007 le Bouguen.

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01.07.2007

Le funambule

Sourire aux lèvres, tu évolues dans la ville
Sans soucis, les mains dans les poches, regarde en l'air:
Je suis le funambule, me vois-tu sur mon fil?
Regarde-moi courir: vais-je tomber à terre?

Ainsi donc tu t'interroges. Qui puis-je bien être?
Je t'aurais répondu avec plaisir, hélas...
Comment se parler, quand nous séparent ces mètres?
Une force me pousse mais aussi me lasse.

Je t'aurais répondu? Soit, je suis malhonnête
Mais sais-tu quelle idée me passe par la tête?
Il me vient une envie de la fuir en tombant!

Pourquoi serait-ce toi plus qu'une autre en ce monde?
Si tu ouvres tes bras dans ma chute profonde
Je trouverai la réponse en te découvrant.

Brest-même, le 20 mars 2007.

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29.06.2007

LE MOIS PROCHAIN

   La politique, l'actualité... C'est prenant, passionnant, énervant, fatigant. Dix mois déjà qu'Ivi s'y prend, se passionne, s'énerve et se fatigue pour vous composer ses commentaires, variables dans tous les sens..., et en piocher d'autres dans ses restaurants préférés. Alors au mois de Juillet, les ordinateurs se faisant plus rares pour cause de vagabondage accentué, et la tête se faisant plus légère, Ivi vous propose une série de sonnets plus personnels ou strictement artistiques qu'il a rêvé tout au long du printemps. Il n'oublie pas la revanche littéraire. Ses éventuels fruits de Juillet apparaîtront début Août, et clôtureront l'été.

   Que le charme et l'extravagance soient à vos rendez-vous!

   A bientôt. 

 

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