15.06.2008

Potemkine

M'en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde
Qui chante au fond de moi au bruit de l'océan
M'en voudrez-vous beaucoup si la révolte gronde
Dans ce nom que je dis au vent des quatre vents

Ma mémoire chante en sourdine
Potemkine

Ils étaient des marins durs à la discipline
Ils étaient des marins, ils étaient des guerriers
Et le cœur d'un marin au grand vent se burine
Ils étaient des marins sur un grand cuirassé

Sur les flots je t'imagine
Potemkine

M'en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde
Où celui qui a faim va être fusillé
Le crime se prépare et la mer est profonde
Que face aux révoltés montent les fusiliers

C'est mon frère qu'on assassine
Potemkine

Mon frère, mon ami, mon fils, mon camarade
Tu ne tireras pas sur qui souffre et se plaint
Mon frère, mon ami, je te fais notre alcade
Marin ne tire pas sur un autre marin

Ils tournèrent leurs carabines
Potemkine

M'en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde
Où l'on punit ainsi qui veut donner la mort
M'en voudrez-vous beaucoup si je vous dis un monde
Où l'on n'est pas toujours du côté du plus fort

Ce soir j'aime la marine
Potemkine

 

Au nom de tous ceux qui le voudront bien, Ivi Kromm déclare:

 

MERCI AUX IRLANDAIS!

Merci d’avoir dit NON, merci d’avoir osé défier la machine, bravo de ne pas avoir cédé à la trouille que j’imagine on a tenté de vous foutre. Nous sommes des millions, nous sommes des milliards, nous sommes un peuple entier à ne pas en vouloir. Nous sommes avec vous. Nous, le peuple, l’unique peuple qui se constitue face à l’ennemi commun : les esclavagistes.
Car on en est là. Et c’est le seul mot qui me vient, puisqu’il ne s’agit plus de noblesse, plus d’aristocratie, plus de bourgeoisie ou de quoi ou de qu’est-ce, plus même de politique, puisqu’il s’agit de nous, de l’homme sans défense face à celui qui joue avec armes et violence.

Vous redonnez de l’assurance à ceux qui vacillaient, pulvérisez les « c’est du franco-français », vous destabilisez notre magnificence, son altesse joggueuse, vous préférez la France. Vous vous battiez encore quand nous les bâillonnés acceptions notre sort après la lutte armée, nous allions à l’échec, nous allions à la mort, vous vous interposez et sauvez nos efforts. Car oui, car toujours, on en est là.
Il avance, il avance ce monde dont nous ne voulons pas.

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Il avance ce monde DONT NOUS NE VOULONS PAS !

 

Jean Ferrat et Kromm, 13/06/08

10.04.2008

Poésie éphémère d'orientation

Culture

L'art est travail. Si parfois
L'artiste n'a rien fait ou n'existe même pas
Le travail est ailleurs, dans nos têtes
Nous allons le trouver, l'accepter ou le fuir
Le laisser transformer nos douleurs et nos rires
Ou réveiller nos nerfs tout en gâchant la fête.

L'art est réflexion.
La beauté est sensation.
Et si l'artiste est beau c'est pour mieux nous traverser.

Un jeune homme bien fait
Fera meilleur effet
Que ton parfait discours...
Ainsi si tu es laid
Tu ne sauras jamais le pouvoir de l'amour!
Pas son pouvoir sur toi, non, pas ce qu'il te donne
Ça tu y goûteras tôt ou tard si chacun
A quelqu'un qui l'attend et qui le trouve enfin
Quand dans un brouillard sombre un rayon l'illusionne.

"Je n'avais défailli depuis tant de matins!"

La culture... Du cerveau, de la terre...
Tout est travail et exigence
Tout est nouvelles expériences
Et connaissance après les heures de guerre.

Ainsi nous sommes tous destinés au bonheur
Bonheur qui éclabousse et parfois qui fait peur
Aux fraîches jeunes pousses
Qui cherchent leur labeur

Mais viens donc toi ma rousse
Avant que le vieux... ne meure.

Alex, 29/02/2008
Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, interview par Leslie Bedos 1994,
Charles Bukowski, Nouveaux contes de la folie ordinaire.
Photo : Jacques Dutronc.

30.01.2008

Oser faire chier.

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Parfois j’aimerais crier, voir ce que ça donne
Si les gens se retourneraient, tremblants, surpris
Oh comme j’aimerais hurler pour qu’ils entonnent
Leurs refrains de murmures ahuris.

Il se peut qu’ils me poursuivent et qu’ils me talonnent
Dans une course folle et puis qu’ils m’asphyxient
De leurs insultes rageuses qu’ils m’empoisonnent
Je me tairai dans la paix de ce bruit.

Mais il se peut aussi que quand ma voix claironne
Ils s’immobilisent et le regard indécis
Attendent quelque chose… Je sors un trombonne
Et sonne tant qu’aucun ne réagit !

Llanbadarn, Aberystwyth, 17/01/2007 vers 15h30.

28.12.2007

Qu'est-ce que tu fais pour Noël?

Je nettoie des cadeaux vides.

Je nettoie des cadeaux vides. Des boîtes oranges et mauves, toutes de la même taille, avec un gros ruban factice en plastique. Je passe le chiffon. J’enlève la poussière: les cadeaux vides doivent toujours être propres et donner envie. Envie, envie, ils sont placés là où on va avoir envie, sur les étagères, et juste en-dessous une grosse promo, un article qui est pratiquement épuisé après moins d’un mois de mise en vente, on le réduit de 1%. Ils sont placés là où l’on a besoin de gaieté, au-dessus des caisses, là où l’on se rend compte que c’est trop, qu’on a pas les moyens, là où l’on a mal d’avoir envie d’être comme les riches en calculant le nombre de repas que ça va nous coûter. Là où l’on cherche la source d’un sourire quand on sera face à eux, faire comme si de rien n’était, comme si on avait assuré, alors qu’on a été faible, point.

Faire croire à sa force. Bien sûr. Et si un peu de vraie force nous revenait au dernier moment, ils sont là, mes cadeaux vides, pour nous achever. Je les ai bien essuyés, ils sont efficaces.

Je suis le vrai mouton noir. J’entretiens le décor, j’alimente le rêve qui conduit mes frères vers la gueule du loup, je chante « Donnons notre amour pour Noël » et je nettoie derrière eux pour les prochains. Pourquoi je fais ça ? Hein ? La carotte. Toujours la carotte. On me fait miroiter des piécettes, et j’ai bien conscience que leur lueur est lointaine, on pourrait m’effacer d’un coup de chiffon sur un cadeau vide. Je n’ai rien signé. Je ne suis rien. Mais très utile.

Alors je nettoie des cadeaux vides. Vides de sens, vides de la joie qu’ils semblent renfermer, vide de l’esprit de Noël. Toute cette soupe dans les hauts parleurs est semblable à mes cadeaux : vide. Une soupe de rien, une soupe d’eau avec les restes de l’année dernière. On reprend les textes, la musique et on met un autre chanteur à qui on fait miroiter les piécettes du succès. Tous, ils répètent la même merde, ils savent bien que ça n’a jamais marché mais ils se disent peut-être cette fois, peut-être que moi je vais attrapper la carotte que tous les autres ont râté. Et nous qui arpentons les rayons, nous qui avons conscience de tout ça, nous nous surprenons quand même parfois à esquisser un sourire, à risquer un pas de danse, en se tapant sur l'épaule, en se disant allez ! Après tout c’est la fête, non ? Et on va se trouver tout un tas de justifications : la famille, la tradition, la religion même pourquoi pas, ce côté ancestral…

Ancestral de rien évidemment. Les cadeaux sont vides, la fête est vide. Les sapins de Noël, le père Noël, et puis on mélange tout, on passe des lutins aux elfes, on met de la neige partout alors qu’il pleut et que la neige ça fait quinze ans qu’on en a pas vu, les décorations, tout ça, allez on prend… Deux générations, ça suffit. Est-ce que nos grand-parents faisaient tout ça ? Demandons, pour voir. Et encore, à ce stade, on replonge, on se dit et alors ? Ça fait de mal à personne, c’est que de la joie, allez ! Rien n’est inutile, pourtant. Cette fête inventée, cette obligation d’être joyeux sert à quelqu’un. Elle sert à justifier la douleur du reste de l’année. Vous aurez des pauses, bien sûr, des anniversaires, des occasions où vous aurez le droit de sourire, mais pas trop. Le reste du temps, il faudra vous saigner. La nation a besoin de vous, et tout ça c’est pour vous, hein, ne l’oublions pas ! C’est vous qui voulez la carotte.

C’est vous qui voulez la carotte, hein ? C’est vous qui la voulez !

Et bien sachez-le maintenant. Tous ça est faux. Les cadeaux sont vides, et c’est votre frère qui les nettoie pour vous attirer.

Vers midi le mercredi 26/12/2007 à Aberystwyth, Alex Hall.

20.12.2007

Sarkozy

Dans l'intimité d'Ivi Kromm! 

Ça y est je connais des français. Des françaises, même. Deux, trois, que je voulais pas approcher au départ mais voilà, en quelques jours, les choses et Anne-Gab ont fait que. On a même joué au tarot, c'est dire! Et savez-vous ce que j'ai trouvé? Je savais, je l'attendais, je le redoutais mais le voulais en silence. J'ai trouvé Sarko.

Et pourtant le couplet était philosophiquement séduisant, et physiquement bien mis.

Alors bon, l'expérience était d'autant plus interessante que Sarko avait un peu honte, hein, comme celui qui vote FN mais qui sait pas encore s'il peut s'exprimer librement, il teste, il lance des petits trucs, des balles en l'air, voir si on les attrappe. Non Sarko là non plus n'est pas arrivé en force, il s'est immiscé dans une atmosphère de rencontres, d'ouverture culturelle, de folie un peu, de douce folie n'abusons pas quoi que mais bon moi aussi ça m'arrive.

Et pire encore: assez intéressant, le morceau. Le genre qui peut t'emmener un peu dans toutes les directions, le gâteau au yaourt, tiens. Il peut être sec, il peut être coulant, il peut être sucré et sweet comme ils disent ici ou épicé sans qu'on sache d'où ça vient, des choses inattendues arrivent fatalement même si on connait le type.

J'ai pas trop lutté, non, c'était pas le quart d'heure, mais j'ai senti que c'était pas non plus le Sarko borné, c'est un Sarko qui n'a pas trop peur de réfléchir. Du moins, j'en sais pas beaucoup, c'est ce que j'ai cru. Alors des choses sont possibles, les amis, toujours cette même conclusion, faut y aller, installer des trucs, des bandes réfléchissantes « attention travaux », des chantiers qui encombrent, et qui prennent du temps, évidemment, mais tant pis, le jeu en vaut la chandelle, le débat vaut largement les émeutes. Ils ont donné, là-dedans, ça marche pas. On fait pas une révolution sans les gens, il faudrait commencer à le comprendre.

Jeudi 13 décembre 2007, vers 15 h 30, Alex Hall.

13.12.2007

Il est toujours mort.

Finalement, Ivi a retrouvé Le Monde dans un coin de la grosse Librairy. Alors ça continue, hein? Des petites journées, je vois... Bon. Prenez vous les mains, quand même. Autrement, aujourd'hui, autre chose.

Dans votre monde, le temps a passé et on va l'oublier jusqu'à la prochaine apparition de Catherine Ringer. Mouais. Ivi n'a pas trop aimé les hommages pourraves, il dirait même "indignes de lui" si le poids du ridicule de ce genre de formules ne lui pesait un peu trop lourd sur le cerveau. Enfin voilà, qu'est-ce que c'était nul de rebalancer Marcia en permanence... Je veux dire, ça puait le commentateur qui décidément non, n'a jamais su ce que sont les Rita Mitsouko.

L'été dernier, dans l'usine dégueulasse à concerts, plus communément appelée les Vieilles Charrues, il y avait une femme, parmi d'autres, mais quand même. Rickie Lee Jones. Ivi écoutait tranquillement avec un fameux chateau quand un chevelu que Sarko aurait immédiatement repéré comme un dangereux déchet de Mai 68 s'adresse à eux en demandant "Alors vous aimez Rickie Lee Jones 2007?" ..."Ouais, carrément!" ..."Et alors dites-moi ce que vous trouvez de bien exactement là...?" ..."Bon écoute ta gueule, ça va faire vingt minutes que tu nous pourris le concert en faisant tes commentaires avec tes potes alors si ça te fait jouir vas les faire plus loin qu'on puisse écouter, nous on était pas né quand tu tripais dessus, ça fait trente ans d'ailleurs, donc à moins que tu sois exactement la même personne qu'il y a trente ans dégage et fous nous la paix."

Non, évidemment Ivi ne le lui pas dit ça comme ça. Plus gentiment. Mais le message est passé.

Encore qu'on pourrait aller plus loin et se demander pourquoi on va voir un concert.

Qu'est-ce que vous en dites? Toutes les réponses sont bonnes, mais posez-vous la question quand même, car ces derniers temps le bras de fer "musique intello / merde de télé-réalité" a le monopole du débat artistique et musical a tel point qu'on pourrait croire qu'on aime tous la musique pour les mêmes raisons. Oulah Ben-Hur. Evidemment tu vois pas le danger, plus flou tu meurs.

Bon voilà c'était le billet d'humeur. Au début c'était une introduction à la vraie réaction, au vrai amour, que vous pouvez toujours lire ici. Mais c'est trop long maintenant, les gens ne lisent pas quand c'est trop long. C'est con hein?

Ma grand-mère disait, quand un de ses petits-enfants faisait des réfléxions sur ce qu'il avait dans son assiette, "N'en dégoûte pas les autres!".

Bon raisonnement. Dans un monde ou on aurait tous la même façon de goûter. Mais ici, dans le Monde d'Ivi Kromm, on - et par conséquent vous aussi - veut bien se goinfrer de choses dégoûtantes pour peu qu'on les aime, et on ne croit surtout pas que parce que le papier a dit que c'est ça qu'il fallait aimer, il faut l'aimer. On goûte, et on voit ce que ça a nous dire, comment ça nous transforme.

A demain, surfeurs des neiges.

16.11.2007

A la tête

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Partout, partout on entend, si l'on tend l'oreille, le bruit sourd, le grondement de la France ces temps-ci. Un coup d'oeil sur le Monde, première fois que je l'ouvrais. Mais ici c'est le seul à arriver. Alors bon, un tour rapide sur les mobilisations, étudiantes en particulier... Le Monde retransmet la coordination nationale!

Et puis allez, poussons le vice, voilà que j'ai regardé le journal en ligne de TF1. Quelle tristesse, la France, quel enfer.

Evidemment ça se mobilise de partout, mais voilà, les reportages sont très critiques, on met en valeur la mobilisation anti-mobilisation, Sarko dit "nous avons tous les éléments pour que ça cesse", les syndicats font encore tout et n'importe quoi en négociations, discours, désaccords, prises de positions... Un peu d'espoir dans l'international? Ma coloc doit rédiger une dissert sur les raisons qui font de la France un pays exemplaire et influent. Les étudiants allemands sont aussi en grève. Qui le sait? Non, ce qu'on sait, c'est qu'un flic italien a tué un de ses compatriotes. J'ai vu la vidéo de Nanterre, au fait... On sait aussi qu'un gouverneur américain, de quel état? Il y en a tellement! Qu'un gouverneur américain avait tout simplement organisé une prière géante pour faire tomber la pluie sur son état en sécheresse... Je le revois encore, devant des centaines de personnes, les mains vers le ciel, sortant son discours...

Et puis la cerise sur le gateau, l'espace. Il ne manquait que ça pour que tout soit noir. Une expédiation japonaise sur la lune, et puis, le commentaire, le message... « Faire rêver. »

Que veux-tu que je te dise, France?

J'espère, bien sûr, j'espère que tu vas réussir. J'entends que les étudiants s'associent aux cheminots, je sens que des choses sont possibles, que des forces émergent mais... J'ai peur, peur qu'il soit trop tard, que tu les écrases comme tu sais si bien le faire. Et ils le sentent, et leur rage augmente et ils perdent pied. Tu les broies, c'est ça, tu les fait bouillir pour qu'ils s'auto-consument, et qu'on n'approche pas, de peur de se brûler.

A toutes ces torches humaines, je veux dire:

Foncez, et bouffez-en tous.

Foncez.

Foncez droit devant!
Tentez, ruez-vous dans la France
La plus ténébreuse, celle qui suit la cadence
Et enfumez les gens!

Ouvrez-leur les yeux,
Retenez les paupières
Que ça les pique un peu
Qu'ils revoient comme hier!

Ne les détestez pas.
Prenez-les par la main,
Parlez-leur, soyez là,
Et qu'ils comprennent enfin...

N'allez plus au front, réparez le cerveau.

21.09.2007

C'est reparti

Well, I've got to run to keep from hiding,
And I'm bound to keep on riding.
And I've got one more silver dollar,
But I'm not gonna let them catch me, no,
Not gonna let 'em catch the midnight rider.

And I don't own the clothes I'm wearing,
And the road goes on forever,
And I've got one more silver dollar,
But I'm not gonna let them catch me, no
Not gonna let 'em catch the midnight rider.

And I've gone by the point of caring,
Some old bed I'll soon be sharing,
And I've got one more silver dollar,
But I'm not gonna let 'em catch me, no
Not gonna let them catch the midnight rider.

"Midnight Rider"
Allman Brothers
Idlewild South, 1970


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"Fermez la porte, j'passerai par la fenêtre!"

18.09.2007

Retour sur l'insécurité

 

LES MEMES, SANS MARY

MME MARTIN – Ça m'a donné froid dans le dos...
M. MARTIN – Il y a pourtant une certaine chaleur dans ces vers...
LE POMPIER – J'ai trouvé ça merveilleux.
MME SMITH – Tout de même...
M. SMITH – Vous exagérez...
LE POMPIER – Ecoutez, c'est vrai... tout ça c'est très subjectif... mais ça c'est ma conception du monde. Mon rêve. Mon idéal... et puis ça me rappelle que je dois partir. Puisque vous n'avez pas l'heure, moi, dans trois quarts d'heure et seize minutes exactement j'ai un incendie, à l'autre bout de la ville. Il faut que je me dépêche. Bien que ce ne soit pas grand-chose.
MME SMITH – Qu'est-ce que ce sera? Un petit feu de cheminée?
LE POMPIER – Oh même pas. Un feu de paille et une petite brûlure d'estomac.
M. SMITH – Alors, nous regrettons votre départ.
MME SMITH – Vous avez été très amusant.
MME MARTIN – Grâce à vous, nous avons passé un vrai quart d'heure cartésien.
LE POMPIER se dirige vers la sortie, puis s'arrête. –– A propos, et la cantatrice chauve?
Silence général, gêne.
MME SMITH – Elle se coiffe toujours de la même façon!
LE POMPIER – Ah! Alors au revoir, Messieurs, Dames.
MME MARTIN – Bonne chance, et bon feu!
LE POMPIER – Espérons-le. Pour tout le monde.
Le pompier s'en va...

Eugène Ionesco, La cantatrice chauve, Scène X.

Hey Eugene! Do you remember me?

17.09.2007

Hommage à l'insécurité

Depuis le temps... On allait presque l'oublier! Oublier que c'est elle qui a fait élire nombre de nos hommes politiques, parmi eux notre président-justicier. Ainsi, Ivi voudrait lui rendre un vrai hommage théâtral, et en même temps, avoir une pensée pour le Péloponnèse (ce mot, ce mot!) et tout ce qui a bien pu brûler au cours de cet étési pluvieux.

MARY – Je voulais vous raconter...
M. SMITH – Ne racontez rien...
MARY – Oh si!
MME SMITH – Allez, ma petite Mary, allez gentiment à la cuisine y lire vos poèmes devant la glace...
M. MARTIN – Tiens, sans être bonne, moi aussi je lis des poèmes devant la glace.
MME MARTIN – Ce matin, quand tu t'es regardé dans la glace, tu ne t'es pas vu.
M. MARTIN – C'est parce-que je n'étais pas encore là...
MARY – Je pourrais, peut-être, quand même vous réciter un petit poème.
MME SMITH – Ma petite Mary, vous êtes épouvantablement têtue.
MARY – Je vais vous réciter un poème, alors, c'est entendu? C'est un poème qui s'intitule “Le Feu”, en l'honneur du Capitaine.

 

LE FEU

Les polycandres brillaient dans les bois
Une pierre prit feu
Le château prit feu
Les hommes prirent feu
Les femmes prirent feu
Les oiseaux prirent feu
Les poissons prirent feu
L'eau prit feu
Le ciel prit feu
La cendre prit feu
La fumée prit feu
Le feu prit feu
Tout prit feu
Prit feu, prit feu.

 

Eugène Ionesco, La cantatrice chauve, fin de la scène IX.

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