30.11.2007

La maison, sixième partie

Première partie
Deuxième partie
Troisème partie
Quatrième partie
Cinquième partie

Comme elle met le couvert, Catherine regarde les autres arriver. Tim porte un large Jean’s savamment déchiré et une chemise blanche, sans oublier un anneau resplendissant à son arcade. Valentin a soigné ses cheveux, qui lui retombent sur la nuque comme une longue crinière grise. Là-dessous, un long habit de moine, marron et orné d’une ceinture de cuir, lui donne un air bienveillant. Samson, lui, n’a qu’un pantalon de toile sous un long poncho de laine noire et blanche. Ils sont tous assis à table quand arrive enfin Hannah, vêtue d’une jupe fendue aussi serrée en haut que large en bas, elle semble tournoyer dans son énorme pull de laine rouge qui laisse son nombril découvert. Ses cheveux blonds, retenus en arrière par un fil noir, mettent en valeur ses grands yeux verts.

-  Si nous buvions un verre de porto en attendant que tout soit chaud ? propose Samson en servant tout le monde.
-  Je lève mon verre aux carottes de cet hiver ! s’exclame Tim.
-  A moins que tu n’aies quelque chose de spécial à fêter, Hannah ? demande Samson.
-  Oui, que nous vaut donc cette invitation ? insiste Valentin.
-  Mais… Rien, simplement le plaisir de m’attabler avec vous autour d’un bon repas et d’une bonne bouteille. N’êtes-vous pas de cet avis ?
-  Si ! répond Catherine.
-  Alors levons notre verre aux carottes ! dit Hannah dans un sourire. Et les cinq font se toucher leurs flûtes bien remplies.
-  Qu’allons-nous donc manger ? demande Valentin.
-  Oh ! Le menu est un peu spécial… L’entrée est une de mes inventions. Il s’agit d’une salade de riz avec concombres, miettes de thon et de pain, pommes, le tout imprégné de jus de citron et disposé sur cinq tranches de saumon fumé.
-  Du jus de citron ? Tu es sûre de ce que tu vas nous faire avaler ? s’inquiète alors Tim en regardant Hannah droit dans les yeux.
-  Certaine ! Et je pense que vous allez adorer… Ensuite nous mangerons du poisson pané avec du riz, et pour finir, un excellent riz au lait aux framboises vous attend.
-  Hum… Je sens que je vais me régaler… Si on reprenait un verre en attendant ? propose Samson.
-  Oui ! répond Catherine.
-  Comme ce porto est fruité ! dit Valentin.
-  Il pleut ? demande Tim qui tourne la tête vers la fenêtre.
-  Non, répond Catherine.
-  Il est même délicieux ! continue Valentin, Cela va vous choquer, mais je propose un troisième verre !
-  Tu as raison Valentin ! à ton âge il ne faut pas se laisser abattre. Et qui pourrait refuser d’un tel porto ?

Septième partie.

06.11.2007

STUP STUP STUP

Corinne aussi a une bonne expérience du milieu militant, quoiqu'un peu... décalée. Elle fut, à la belle époque, la Marlène de Noir Désir.

oh marlène
les coeurs saignent
et s'accrochent en haut
de tes bas
oh marlène
dans tes veines
coule l'amour des soldats
et quand ils meurent ou s'endorment
c'est la chaleur de ta voix
qui les apaise, et les traîne
jusqu'en dehors des combats
oh marlène, c'est la haine
qui nous a amenés là
mais marlène, dans tes veines
coulait l'amour des soldats
eux quand ils meurent
ou s'endorment
c'est dans le creux de tes bras
qu'ils s'abandonnent
et qu'ils brûlent
comme un clope
entre tes doigts

Et la voix de Bertrand Cantat fait VVVVVt' vers la droite.

Juliette s'emmerde à l'apéro organisé chez un ami. Blagues idiotes, rien à faire... Finalement elle va passer la soirée chez elle. Et puis tant pis, comme ça elle fera ses devoirs.

VVVVVt'.

Frère dit Merde, avec le sourire, au responsable syndical de son entreprise. On ne l'aura plus aussi facilement, il a déjà donné.

VVVVVt'.

15.10.2007

STUP: DROGUE 4

La totale, pour le jeune « alternatif »? Après un bon p'tit repas entre potes, un spice cake comme dessert, un bon rouge et un p'tit pèt' qui tourne. Allez, ajoutons une touche de peinture au patchwork: un disque de Peter Tosh.

Juliette, elle aime bien ça, mais pas que. Elle n'est pas une pure alternative, mais plutôt touche-à-tout. Elle peut accepter, pour rire, de mettre les pieds et de les agiter dans un endroit anti-artistique au possible: une boîte. Tant qu'il y a de l'alcool, elle est prête à tout, où du moins elle va l'être au cours des prochaines années, les années fac. Beaucoup de jeunes de sa génération l'apprécient, parce-qu'on rigole bien avec elle, mais bizarrement, elle intimide quelque rares personnes. Des amis, de vrais amis, elle en a bien sûr, mais étrangement... Elle a du mal à être totalement vraie, à s'offrir complètement. C'est une vraie girouette, qui parfois se rebelle contre le vent, bien qu'elle aime le suivre. Alcool, alcool, quand tu nous tiends, elle aura beaucoup de problèmes de coeur. C'est une fille qui se posera toujours des questions. Il y a des gens comme ça. Surtout des aînés. Ils cachent une morale solide sous une apparence complètement déviée, ou trompeuse. Les girouettes sont des caméléons. Et comme elle aura toujours des relations ambigües avec ses parents, ceux-ci se rendront parfois compte de quelque chose sans vraiment pouvoir y faire... Quelque chose. Un vrai comportement de droguée.

Et on pourrait analyser ainsi tout un chacun, ou presque. Presque, oui, car certains résistent au regards de l'observateur. Surtout les drogués. Ils ont une organisation mentale sur laquelle il est difficile de se brancher. Les vrais drogués ne sont pas ceux qu'on croit, voyez-vous. Et ça, il faudrait probablement l'expliquer aux douaniers. Alan et ses fumeurs de joints ne sont pas dangereux. Vous vous trompez de cible, et vous laissez passer le danger. Il est partout.

13.10.2007

STUP: DROGUE 3

La question centrale, bien qu'on imagine la réponse, est: a-t-on l'O.C.B. en CDD ou en CDI? Dans quel sens tourbillonera l'harmonisation européenne qui sert de sauce à tout plat politique bien cuisiné? Va-t-on vers l'interdiction de fumer partout, ou vers la légalisation de la fumette? Ça a le mérite de lancer le débat dans la salle à café de la clinique, quand la parole est libre, c'est-à-dire quand Sylvie, droguée à la connerie, est partie draguer le jeune chirurgien-tennisman, un esprit puissant dans un corps puissant, du moins à travers le regard de la femme actuelle... Car à travers celui de Sophie, il est prétentieux et ultra-chiant, et dans celui de Valérie, il est lourd et effeminé. C'est sûr qu'il ne fume pas, lui, en tous cas.

  • Moi je serais pour un système à la hollandaise, ça s'achète et ça se fume dans les bars.

  • Déjà qu'on pourra bientôt plus fumer de clopes, dans les bars... Ouais mais c'est aussi le risque que ça devienne un vrai produit de consommation, comme les clopes, et du coup ils te foutent un tas de saloperies dedans, des agents de ci, des agents de ça...

  • C'est toujours mieux que l'agent de police, excuse-moi.

  • Ouais. Il paraît que les espagnols ont droit de faire pousser tant qu'ils le vendent pas après.

  • Hum... J'voudrais pas voir mon fils dépenser tout son fric en matos ultra-perfectionné, les lampes spéciales et tout... Et puis savoir qu'il en aurait toujours à portée de main... Là, c'est le risque de devenir vraiment dépendant.

  • Oh, tu sais... J'suis pas sûr qu'ça revienne à beaucoup plus cher que d'acheter toutes les semaines ou tous les mois au dealeur du coin... Ça évite les problèmes aussi...

  • Quoi? Et le contact humain, qu'est-ce que t'en fais du contact humain? Ahlala... Ouais. Ben en tous cas c'est clair que pour moi, dépénaliser c'est ouvrir plus grand la porte aux drogues dures. Les jeunes veulent toujours dépasser les interdits, mais jusqu'à un certain point quand même. Alors si on légalise le cannabis, vers quoi ils vont se tourner?

  • Faudra qu'on leur apprenne à se piquer.

  • Hé... T'es conne. Tiens tu sais quoi j'en parlais avec Alan l'autre jour. Devine ce qu'il m'a dit... Il était énervé contre Chirac ou je sais plus qui... Bref il a finit par nous sortir que si les politiques fumaient du shit, ça éviterait pas mal de problèmes.

  • Ah ouais?

  • Ouais. Qu'ils seraient plus... qu'ils se monteraient moins la tête avec des histoires d'économie, de startagèmes à la con, qu'ils penseraient moins à « faire chier le peuple ».

  • Ça se tiend, remarque.

  • Ouais... Et puis il a étendu ça à tout le peuple, justement. Genre si tout le monde fumait, la vie serait moins stressante, on pourrait abolir le travail et l'argent, chacun s'occupperait que de ce qu'il a vraiment besoin et on serait trop fatigué pour construire des maisons dégueus partout et des grandes surfaces...

  • C'est ça ouais... Par contre le jour où il sera hospitalisé, est-ce qu'il sera d'accord qu'on se fume un gros joint avant de s'occupper de lui?

Mais n'oublions pas, s'il vous plait, que la drogue, ça se mange aussi...

Mangez-moi, mangez-moi, mangez-moi
Mangez-moi, mangez-moi, mangez-moi
C'est le chant du psylo qui supplie
Qui joue avec les âmes
Et ouvre les volets de la perception...

11.10.2007

STUP: DROGUE 2

Dieu merci, ça fait belle lurette que le dictionnaire est obsolète. Pour le commun des mortels, drogue se rattache à des substances bien précises: cannabis, ecstasy, cocaïne, héroïne... Quelques provocateurs, comme Corinne, considèrent que tout ce qui rend dépendant est une drogue. TOUT est donc drogue, car chacun peut s'accorcher à ce qu'il veut: un lieu, un aliment, une personne, un objet...

Les parents d'Alan savent bien qu'il boit, qu'il fume, clope et joints. Il l'assume entièrement. Maintenant en tous cas. Mais il a mis le temps, pour arriver à fumer une cigarette devant son père, premier échelon, Tante Madeleine, deuxième échelon, les maîtresses de l'école primaire ou il était, dernier échelon, le plus dur à atteindre.

Si Sophie a arrêté de fumer, comme Gilbert qui avait à peine commencé; il y a quand même des fumeurs autour d'eux. Juliette, tout d'abord, qui a commencé à treize ans et demie et qui continue, bien cachée. Sylvie, les soirs de fête, quand elle s'autorise un panaché, et Isabelle, l'aînée de tante Madeleine.

Bien sûr c'est amusant les gosses qui fument en cachette, mais il y a plus drôle. Les parents qui font mine d'avoir toujours été sages. Corinne en est l'exemple-type. Une vraie bonne femme dans la norme, intelligente et un peu con, qui sait cuisiner et qui sait épauler autant que donner des coups de morale. Aurait-elle oublié qu'il y a une vingtaine d'années, elle zigzagait régulièrement vers les toilettes pour y verser son repas du soir par la où il était entré pendant que de la cuisine s'échappaient des rires gras, des phrases obscènes, des bruits de chutes et surtout, un très épais manteau de fumée... Aurait-elle oublié les séances de nettoyage profond, éreintantes, stressantes, avant le retour de papa-maman?

Valérie et Frère évitent de trop boire en présence de leurs enfants, et attendent que ceux-ci soient couchés pour fumer le joint de l'année ou la clope du mois. Dans ces conditions, comment pourraient-ils reprocher quoi que ce soit à leur fils?

Donne-moi une latte et j'aurai de l'inspiration
J'en r'prendrais bien une autre pour la décontraction
Il paraît que c'est bon pour se faire un plan fion
Zappata en prenait pour sa révolution!

Il est de la génération qui a grandi, sans trop les comprendre, à l'écoute de ces paroles...

O.C.B. Occis Carton Blindé
O.C.B. Fais tourner, fais tourner, fais tourner.

D'ailleurs c'étaient bien les parents qui avaient acheté l'album.