04.12.2007

La maison, huitième partie

Première partie
Deuxième partie
Troisème partie
Quatrième partie
Cinquième partie
Sixième partie
Septième partie

... 

Reculant sa chaise, Catherine se lève, se tourne vers Hannah et lui tend la main. En la serrant, elle dit le plus naturellement du monde :
-  Hannah, bravo ! et se rassoit dans les applaudissements.
-  Je vous propose de finir le repas avec ce petit blanc, dit tout à coup Samson.
-  Pendant que tu nous sers, répond Valentin, je vais préparer un petit plaisir que je ne me suis pas accordé depuis longtemps.

Face au sourire général, il sort de sa poche un petit sachet transparent dont le contenu est indéfinissable et une petite boîte bleue, de laquelle il extrait un papier transparent et du tabac. Comprenant la situation, Tim se penche vers Samson :
-  Est-ce bien raisonnable à son âge ?
-  Son âge ? Mais le connais-tu, toi ?
-  …Non, mais tout de même…
-  S’il y a une chose qu’il faut respecter, Tim, c’est bien l’ancienneté. Ce vieillard est le seul à avoir le droit de décider de ce qui va lui arriver. Et s’il doit mourir, je préfère de loin qu’il meure heureux, et non frustré.

Une grande quantité de fumée s’échappe tout à coup de la bouche de Valentin.
-  Tu es de loin le meilleur goûteur de vin que je connaisse, Samson, mais goûte-moi ça et dis-moi si je n’ai pas gardé mon talent de rouleur !
-  En effet, tu es toujours aussi doué. N’es-tu pas d’accord, Catherine ?
-  Non. Il roule mieux ! dit-elle en recrachant la fumée. Hannah ?
-  Non, moi je me suis suffisamment étourdie la tête pour ce soir. D’ailleurs je vous quitte, j’ai du courrier à terminer.
-  Et toi, Tim, qu’en penses-tu ? demande Valentin d’une voix chevrotante.

Timidement, le jeune homme prend la grosse cigarette pleine d’herbe et tire une petite bouffée, puis se met à tousser…
-  Peut-être es-tu encore un peu jeune pour cela. Fume donc, Samson ! Fume donc jusqu’à ne plus en avoir envie.

Quatre ou cinq bouffées plus tard, Samson est complètement chamboulé. Il se tourne vers Tim et lui demande :
-  Qui es-tu, Tim ?
Pas de réponse.
-  J’attends, Tim. Qui es-tu ?
Tim, visiblement gêné, est incapable de répondre et s’en rend compte, ce qui lui fait baisser les yeux mais énerve Samson, qui hausse le ton.
-  Alors, gamin ! Répond ! Je veux savoir !
Il crie tout à fait maintenant :
-  Qui es-tu ? Qui es-tu ?
-  Je… Je ne sais pas ! répond ce dernier, au bord des larmes.
-  Ah oui ?

Samson reste un instant à le dévisager, puis quitte la pièce en s’exclamant : « C’est vraiment n’importe quoi ! ». Puis il monte les deux étages quatre à quatre, arrive en trombe dans le grenier de Catherine et Hannah, se plante devant la blonde qui est à genoux par terre, en train d’écrire, et dit :
-  Et toi, Hannah, qui es-tu ?

...

Neuvième partie

13.10.2007

STUP: DROGUE 3

La question centrale, bien qu'on imagine la réponse, est: a-t-on l'O.C.B. en CDD ou en CDI? Dans quel sens tourbillonera l'harmonisation européenne qui sert de sauce à tout plat politique bien cuisiné? Va-t-on vers l'interdiction de fumer partout, ou vers la légalisation de la fumette? Ça a le mérite de lancer le débat dans la salle à café de la clinique, quand la parole est libre, c'est-à-dire quand Sylvie, droguée à la connerie, est partie draguer le jeune chirurgien-tennisman, un esprit puissant dans un corps puissant, du moins à travers le regard de la femme actuelle... Car à travers celui de Sophie, il est prétentieux et ultra-chiant, et dans celui de Valérie, il est lourd et effeminé. C'est sûr qu'il ne fume pas, lui, en tous cas.

  • Moi je serais pour un système à la hollandaise, ça s'achète et ça se fume dans les bars.

  • Déjà qu'on pourra bientôt plus fumer de clopes, dans les bars... Ouais mais c'est aussi le risque que ça devienne un vrai produit de consommation, comme les clopes, et du coup ils te foutent un tas de saloperies dedans, des agents de ci, des agents de ça...

  • C'est toujours mieux que l'agent de police, excuse-moi.

  • Ouais. Il paraît que les espagnols ont droit de faire pousser tant qu'ils le vendent pas après.

  • Hum... J'voudrais pas voir mon fils dépenser tout son fric en matos ultra-perfectionné, les lampes spéciales et tout... Et puis savoir qu'il en aurait toujours à portée de main... Là, c'est le risque de devenir vraiment dépendant.

  • Oh, tu sais... J'suis pas sûr qu'ça revienne à beaucoup plus cher que d'acheter toutes les semaines ou tous les mois au dealeur du coin... Ça évite les problèmes aussi...

  • Quoi? Et le contact humain, qu'est-ce que t'en fais du contact humain? Ahlala... Ouais. Ben en tous cas c'est clair que pour moi, dépénaliser c'est ouvrir plus grand la porte aux drogues dures. Les jeunes veulent toujours dépasser les interdits, mais jusqu'à un certain point quand même. Alors si on légalise le cannabis, vers quoi ils vont se tourner?

  • Faudra qu'on leur apprenne à se piquer.

  • Hé... T'es conne. Tiens tu sais quoi j'en parlais avec Alan l'autre jour. Devine ce qu'il m'a dit... Il était énervé contre Chirac ou je sais plus qui... Bref il a finit par nous sortir que si les politiques fumaient du shit, ça éviterait pas mal de problèmes.

  • Ah ouais?

  • Ouais. Qu'ils seraient plus... qu'ils se monteraient moins la tête avec des histoires d'économie, de startagèmes à la con, qu'ils penseraient moins à « faire chier le peuple ».

  • Ça se tiend, remarque.

  • Ouais... Et puis il a étendu ça à tout le peuple, justement. Genre si tout le monde fumait, la vie serait moins stressante, on pourrait abolir le travail et l'argent, chacun s'occupperait que de ce qu'il a vraiment besoin et on serait trop fatigué pour construire des maisons dégueus partout et des grandes surfaces...

  • C'est ça ouais... Par contre le jour où il sera hospitalisé, est-ce qu'il sera d'accord qu'on se fume un gros joint avant de s'occupper de lui?

Mais n'oublions pas, s'il vous plait, que la drogue, ça se mange aussi...

Mangez-moi, mangez-moi, mangez-moi
Mangez-moi, mangez-moi, mangez-moi
C'est le chant du psylo qui supplie
Qui joue avec les âmes
Et ouvre les volets de la perception...

11.10.2007

STUP: DROGUE 2

Dieu merci, ça fait belle lurette que le dictionnaire est obsolète. Pour le commun des mortels, drogue se rattache à des substances bien précises: cannabis, ecstasy, cocaïne, héroïne... Quelques provocateurs, comme Corinne, considèrent que tout ce qui rend dépendant est une drogue. TOUT est donc drogue, car chacun peut s'accorcher à ce qu'il veut: un lieu, un aliment, une personne, un objet...

Les parents d'Alan savent bien qu'il boit, qu'il fume, clope et joints. Il l'assume entièrement. Maintenant en tous cas. Mais il a mis le temps, pour arriver à fumer une cigarette devant son père, premier échelon, Tante Madeleine, deuxième échelon, les maîtresses de l'école primaire ou il était, dernier échelon, le plus dur à atteindre.

Si Sophie a arrêté de fumer, comme Gilbert qui avait à peine commencé; il y a quand même des fumeurs autour d'eux. Juliette, tout d'abord, qui a commencé à treize ans et demie et qui continue, bien cachée. Sylvie, les soirs de fête, quand elle s'autorise un panaché, et Isabelle, l'aînée de tante Madeleine.

Bien sûr c'est amusant les gosses qui fument en cachette, mais il y a plus drôle. Les parents qui font mine d'avoir toujours été sages. Corinne en est l'exemple-type. Une vraie bonne femme dans la norme, intelligente et un peu con, qui sait cuisiner et qui sait épauler autant que donner des coups de morale. Aurait-elle oublié qu'il y a une vingtaine d'années, elle zigzagait régulièrement vers les toilettes pour y verser son repas du soir par la où il était entré pendant que de la cuisine s'échappaient des rires gras, des phrases obscènes, des bruits de chutes et surtout, un très épais manteau de fumée... Aurait-elle oublié les séances de nettoyage profond, éreintantes, stressantes, avant le retour de papa-maman?

Valérie et Frère évitent de trop boire en présence de leurs enfants, et attendent que ceux-ci soient couchés pour fumer le joint de l'année ou la clope du mois. Dans ces conditions, comment pourraient-ils reprocher quoi que ce soit à leur fils?

Donne-moi une latte et j'aurai de l'inspiration
J'en r'prendrais bien une autre pour la décontraction
Il paraît que c'est bon pour se faire un plan fion
Zappata en prenait pour sa révolution!

Il est de la génération qui a grandi, sans trop les comprendre, à l'écoute de ces paroles...

O.C.B. Occis Carton Blindé
O.C.B. Fais tourner, fais tourner, fais tourner.

D'ailleurs c'étaient bien les parents qui avaient acheté l'album.

09.10.2007

STUP: DROGUE 1

DROGUE. Nom féminin. Pour Alan, tout ce qui est agréable est féminin, mais pas l'inverse. 1. Péjor. Médicament. Sophie donne des médicaments à ses patients, Sylvie, de la drogue. 2. Stupéfiant. L'autre jour, Juliette a su qu'une de ses meilleures amies avait pris de l'ecstasy avec son petit copain. Elles avaient pourtant toujours eu pour principe de ne pas toucher à ça. Juliette en est stupéfaite! Déçue, aussi... Mais tant que cette amie n'est pas droguée... – qui s'adonne aux stupéfiants – ça va encore. STUPEFIANT. Substance analgésique ou euphorisante dont l'usage peut entraîner une dépendance et des troubles graves. Des troubles tels que le stupre... C'est incroyable ce que l'on peut inventer en partant du dictionnaire. Mais certains points restent flous: ANALGESIQUE. Qui supprime la douleur. EUPHORIE. Sentiment profond de bien être, de joie. Un stupéfiant peut donc entraîner le drogué à se stuquer dans un stupa. Le drogué devient capable de tout et n'importe quoi! Le cheval, lui, peut avoir recours aux stupéfiants pour figurer au stud-book.

Ce thème peut mener n'importe où: c'est un vrai stretch. Il s'étend des stries du parquet au stratus de la stratosphère! Mais après l'euphorie, tentons de revenir à la simple euphonie qui entoure le mot DROGUE. Le DROGUISTE tiend la DROGUERIE – Commerce, magasin de produits d'entretien. Le droguiste n'est donc pas quelqu'un qui drogue, mais un honnête citoyen. DROGUER. 1. Donner beaucoup de médicaments à quelqu'un. 2. Donner de la drogue, un stimulant.

Est-ce le fait que la drogue soit illégale, et donc taboue, qui fait qu'une telle incohérence l'entoure? Il faut dire que l'euphonie n'est pas une science. Examinez la dernière définition. « Drogue », nous l'avons vu, peut vouloir dire « médicament ». « Droguer » peut donc signifier à la fois « donner beaucoup de médicaments » et « donner des médicaments ». Quelqu'un qui donne peu donne quand même, donc « droguer » signifie « donner des médicaments », en n'importe quelle quantité. Rien de moins fiable, en somme, que ce mot. D'autant plus qu'il s'applique aussi aux stimulants, et il faudrait refaire une démonstration avec le cheval.