13.12.2007
Il est toujours mort.
Dans votre monde, le temps a passé et on va l'oublier jusqu'à la prochaine apparition de Catherine Ringer. Mouais. Ivi n'a pas trop aimé les hommages pourraves, il dirait même "indignes de lui" si le poids du ridicule de ce genre de formules ne lui pesait un peu trop lourd sur le cerveau. Enfin voilà, qu'est-ce que c'était nul de rebalancer Marcia en permanence... Je veux dire, ça puait le commentateur qui décidément non, n'a jamais su ce que sont les Rita Mitsouko.
L'été dernier, dans l'usine dégueulasse à concerts, plus communément appelée les Vieilles Charrues, il y avait une femme, parmi d'autres, mais quand même. Rickie Lee Jones. Ivi écoutait tranquillement avec un fameux chateau quand un chevelu que Sarko aurait immédiatement repéré comme un dangereux déchet de Mai 68 s'adresse à eux en demandant "Alors vous aimez Rickie Lee Jones 2007?" ..."Ouais, carrément!" ..."Et alors dites-moi ce que vous trouvez de bien exactement là...?" ..."Bon écoute ta gueule, ça va faire vingt minutes que tu nous pourris le concert en faisant tes commentaires avec tes potes alors si ça te fait jouir vas les faire plus loin qu'on puisse écouter, nous on était pas né quand tu tripais dessus, ça fait trente ans d'ailleurs, donc à moins que tu sois exactement la même personne qu'il y a trente ans dégage et fous nous la paix."
Non, évidemment Ivi ne le lui pas dit ça comme ça. Plus gentiment. Mais le message est passé.
Encore qu'on pourrait aller plus loin et se demander pourquoi on va voir un concert.
Qu'est-ce que vous en dites? Toutes les réponses sont bonnes, mais posez-vous la question quand même, car ces derniers temps le bras de fer "musique intello / merde de télé-réalité" a le monopole du débat artistique et musical a tel point qu'on pourrait croire qu'on aime tous la musique pour les mêmes raisons. Oulah Ben-Hur. Evidemment tu vois pas le danger, plus flou tu meurs.
Bon voilà c'était le billet d'humeur. Au début c'était une introduction à la vraie réaction, au vrai amour, que vous pouvez toujours lire ici. Mais c'est trop long maintenant, les gens ne lisent pas quand c'est trop long. C'est con hein?
Ma grand-mère disait, quand un de ses petits-enfants faisait des réfléxions sur ce qu'il avait dans son assiette, "N'en dégoûte pas les autres!".
Bon raisonnement. Dans un monde ou on aurait tous la même façon de goûter. Mais ici, dans le Monde d'Ivi Kromm, on - et par conséquent vous aussi - veut bien se goinfrer de choses dégoûtantes pour peu qu'on les aime, et on ne croit surtout pas que parce que le papier a dit que c'est ça qu'il fallait aimer, il faut l'aimer. On goûte, et on voit ce que ça a nous dire, comment ça nous transforme.
A demain, surfeurs des neiges.
17:20 Publié dans Micro | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : musique, culture, Chanson, concert, droits de l'homme, rock, gastronomie
04.12.2007
La maison, huitième partie
Première partie
Deuxième partie
Troisème partie
Quatrième partie
Cinquième partie
Sixième partie
Septième partie
...
Reculant sa chaise, Catherine se lève, se tourne vers Hannah et lui tend la main. En la serrant, elle dit le plus naturellement du monde :
- Hannah, bravo ! et se rassoit dans les applaudissements.
- Je vous propose de finir le repas avec ce petit blanc, dit tout à coup Samson.
- Pendant que tu nous sers, répond Valentin, je vais préparer un petit plaisir que je ne me suis pas accordé depuis longtemps.
Face au sourire général, il sort de sa poche un petit sachet transparent dont le contenu est indéfinissable et une petite boîte bleue, de laquelle il extrait un papier transparent et du tabac. Comprenant la situation, Tim se penche vers Samson :
- Est-ce bien raisonnable à son âge ?
- Son âge ? Mais le connais-tu, toi ?
- …Non, mais tout de même…
- S’il y a une chose qu’il faut respecter, Tim, c’est bien l’ancienneté. Ce vieillard est le seul à avoir le droit de décider de ce qui va lui arriver. Et s’il doit mourir, je préfère de loin qu’il meure heureux, et non frustré.
Une grande quantité de fumée s’échappe tout à coup de la bouche de Valentin.
- Tu es de loin le meilleur goûteur de vin que je connaisse, Samson, mais goûte-moi ça et dis-moi si je n’ai pas gardé mon talent de rouleur !
- En effet, tu es toujours aussi doué. N’es-tu pas d’accord, Catherine ?
- Non. Il roule mieux ! dit-elle en recrachant la fumée. Hannah ?
- Non, moi je me suis suffisamment étourdie la tête pour ce soir. D’ailleurs je vous quitte, j’ai du courrier à terminer.
- Et toi, Tim, qu’en penses-tu ? demande Valentin d’une voix chevrotante.
Timidement, le jeune homme prend la grosse cigarette pleine d’herbe et tire une petite bouffée, puis se met à tousser…
- Peut-être es-tu encore un peu jeune pour cela. Fume donc, Samson ! Fume donc jusqu’à ne plus en avoir envie.
Quatre ou cinq bouffées plus tard, Samson est complètement chamboulé. Il se tourne vers Tim et lui demande :
- Qui es-tu, Tim ?
Pas de réponse.
- J’attends, Tim. Qui es-tu ?
Tim, visiblement gêné, est incapable de répondre et s’en rend compte, ce qui lui fait baisser les yeux mais énerve Samson, qui hausse le ton.
- Alors, gamin ! Répond ! Je veux savoir !
Il crie tout à fait maintenant :
- Qui es-tu ? Qui es-tu ?
- Je… Je ne sais pas ! répond ce dernier, au bord des larmes.
- Ah oui ?
Samson reste un instant à le dévisager, puis quitte la pièce en s’exclamant : « C’est vraiment n’importe quoi ! ». Puis il monte les deux étages quatre à quatre, arrive en trombe dans le grenier de Catherine et Hannah, se plante devant la blonde qui est à genoux par terre, en train d’écrire, et dit :
- Et toi, Hannah, qui es-tu ?
...
Neuvième partie
20:55 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : émeutes, grève, drogue, art, écriture, nouvelles et textes brefs, gastronomie
La maison, septième partie
Première partie
Deuxième partie
Troisème partie
Quatrième partie
Cinquième partie
Sixième partie
...
Un quart d’heure plus tard, la bouteille est terminée, et Hannah apporte l’entrée.
- Vous m’excuserez de ne pas vous avoir prévenu, mais j’ai rajouté du basilic, je pense que tout le monde appréciera…
Et Valentin se met à rire. C’est bien simple, chaque bouchée qu’il avale augmente son rire… Mais personne ne semble le remarquer, tout le monde écoute Samson expliquer pourquoi il pense que les carottes arriveront cet hiver.
- La feuille gagne chaque jour en intensité. Je la vois s’épaissir, devenir plus verte, et sa tige s’allonger.
- Ça sent le brûlé, non ? s’inquiète tout à coup Tim.
- Si, répond Catherine.
- Oh ! Le riz ! Continue, Samson, je reviens.
Et le rire de Valentin s’amplifie encore à la vue de Hannah, la jolie Hannah, à qui la maturité de la très proche trentaine donne un air de magicienne aux pouvoirs infinis, qui tournoie vers la cuisine.
- En attendant, je vous propose un verre de ce grand cru que j’ai goûté tout à l’heure.
Valentin, après un dernier éclat de rire, retrouve son sérieux pour déguster le vin. Hannah ramène le plat…
- J’ai rajouté du persil pour enlever de petit goût de trop cuit. Cela va-t-être délicieux ! Et elle sert la tablée.
- En effet, dit Samson en terminant son assiette, c’est délicieux. Je vais vous chanter une chanson.
Alors il se lève et fait entendre sa voix grave et mélodieuse aux convives pendant quelques minutes, puis se rassoit et reprend son explication sur les carottes.
- Je n’en reviens pas, dit Tim. Où est le beurre ?
- Sur le bar. Je te le prendrais en allant chercher le dessert !
- Merci, Hannah.
- Il n’y a pas de quoi, répond-elle avec un clin d’œil.
- Tout de même, c’est sympathique. Si nous mangions le dessert ?
- Pas avant d’avoir terminé le vin qui allait avec le plat ! répond Samson. Vous prendrez bien un dernier verre !
- Oui ! dit Catherine.
Mais le riz au lait finit quand même par arriver. Il est tellement bon que tout le monde se préoccupe plus de le manger avec délectation que de Tim qui sanglote, la tête entre les mains.
- J’aimerais tellement qu’il pleuve ! répète-t-il.
Malgré cette émotion, il finit son assiette en même temps que les autres.
- Je n’ai qu’une chose à dire, commence Catherine d’une voix rapide, c’est que ce repas était l’un des meilleurs que j’aie eu l’occasion de manger depuis longtemps. On voit bien que tout y a été pensé et réfléchi en profondeur, l’harmonie des aliments, leur cohérence en valeur énergétique, leur présentation, tout. Et c’est ce qui me conduit à dire que Hannah est une grande cuisinière. Bien qu’elle n’ait pas le talent scientifique – car la cuisine est une science – des plus grands chefs qui vous concoctent des repas composés d’aliments dont vous connaissez à peine l’existence, elle a exactement ce qu’il faut pour une soirée originale et réussie : l’imagination, c'est-à-dire la faculté d’inventer et de comprendre à la fois ce qui plairait aux participants sans les consulter à l’avance et sur la seule base des déductions de son cerveau qui prouve ici le talent qu’on lui prêtait tout en faisant découvrir sa plus fascinante et efficace capacité cachée en dehors de lui-même. Il est vrai que mes assertions ne sont pas le fruit d’un débat ni même d’un échange mais simplement d’un mélange entre mon sentiment et mon expérience, cependant je les crois justes et adaptées. Non seulement Hannah mérite le respect, mais elle a également droit à des félicitations clairement exprimées.
...
00:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : émeutes, université, banlieues, art, écriture, nouvelles et textes brefs, gastronomie
30.11.2007
La maison, sixième partie
Première partie
Deuxième partie
Troisème partie
Quatrième partie
Cinquième partie
Comme elle met le couvert, Catherine regarde les autres arriver. Tim porte un large Jean’s savamment déchiré et une chemise blanche, sans oublier un anneau resplendissant à son arcade. Valentin a soigné ses cheveux, qui lui retombent sur la nuque comme une longue crinière grise. Là-dessous, un long habit de moine, marron et orné d’une ceinture de cuir, lui donne un air bienveillant. Samson, lui, n’a qu’un pantalon de toile sous un long poncho de laine noire et blanche. Ils sont tous assis à table quand arrive enfin Hannah, vêtue d’une jupe fendue aussi serrée en haut que large en bas, elle semble tournoyer dans son énorme pull de laine rouge qui laisse son nombril découvert. Ses cheveux blonds, retenus en arrière par un fil noir, mettent en valeur ses grands yeux verts.
- Si nous buvions un verre de porto en attendant que tout soit chaud ? propose Samson en servant tout le monde.
- Je lève mon verre aux carottes de cet hiver ! s’exclame Tim.
- A moins que tu n’aies quelque chose de spécial à fêter, Hannah ? demande Samson.
- Oui, que nous vaut donc cette invitation ? insiste Valentin.
- Mais… Rien, simplement le plaisir de m’attabler avec vous autour d’un bon repas et d’une bonne bouteille. N’êtes-vous pas de cet avis ?
- Si ! répond Catherine.
- Alors levons notre verre aux carottes ! dit Hannah dans un sourire. Et les cinq font se toucher leurs flûtes bien remplies.
- Qu’allons-nous donc manger ? demande Valentin.
- Oh ! Le menu est un peu spécial… L’entrée est une de mes inventions. Il s’agit d’une salade de riz avec concombres, miettes de thon et de pain, pommes, le tout imprégné de jus de citron et disposé sur cinq tranches de saumon fumé.
- Du jus de citron ? Tu es sûre de ce que tu vas nous faire avaler ? s’inquiète alors Tim en regardant Hannah droit dans les yeux.
- Certaine ! Et je pense que vous allez adorer… Ensuite nous mangerons du poisson pané avec du riz, et pour finir, un excellent riz au lait aux framboises vous attend.
- Hum… Je sens que je vais me régaler… Si on reprenait un verre en attendant ? propose Samson.
- Oui ! répond Catherine.
- Comme ce porto est fruité ! dit Valentin.
- Il pleut ? demande Tim qui tourne la tête vers la fenêtre.
- Non, répond Catherine.
- Il est même délicieux ! continue Valentin, Cela va vous choquer, mais je propose un troisième verre !
- Tu as raison Valentin ! à ton âge il ne faut pas se laisser abattre. Et qui pourrait refuser d’un tel porto ?
18:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grève, alcool, gastronomie, banlieues, écriture, nouvelles et textes brefs, racailles