11.12.2007
La maison, onzième et dernière partie.
Première partie
Deuxième partie
Troisème partie
Quatrième partie
Cinquième partie
Sixième partie
Septième partie
Huitème partie
Neuvième partie
Dixième partie
Le pinçant entre son pouce et son index, Catherine écrase son mégot dans le joli cendrier de la table qui n’a pas été débarrassée, puis jette son paquet vide à la poubelle. Ceci fait, dansant toujours au son de Valentin, elle entreprend de rejoindre son grenier… Elle pousse la porte. Du coin de l’œil, alors qu’elle avance vers les tas de vêtements, elle aperçoit Hannah et Samson, entrelacés et à demi couverts par les draps, terminant dans la joie et les cris leur étreinte passionnelle. Catherine, elle, sort d’un coin perdu un large chapeau noir sur l’avant duquel trône une grosse rose rouge en tissu. Après l’avoir posé sur sa tête et consulté, avec un sourire, le miroir, elle se retourne vers le couple qui, encore tout essoufflé, s’assoit pour la regarder et comprendre ce qu’elle fait. Ce qu’elle fait ? De l’un des cartons qui jonchent le sol, elle sort un paquet de tabac et revient vers Samson et Hannah.
- Cigarette ?
Ensuite, comme ils tirent leurs premières bouffées, elle va chercher quelques mètres plus loin un tabouret et le ramène devant eux. Puis c’est le chevalet, la toile, les pots de peinture et les pinceaux.
- A présent, oubliez-moi !
Le piano s’est fait plus doux mais les entoure comme un nuage. Fumant en toute tranquillité, la blonde et le brun se regardent amoureusement, blottis l’un dans les bras de l’autre. « Toc toc »… C’est Tim, il n’a plus de chemise. Il entre. Dans ses mains, il tient le collier qu’il vient de faire à partir de perles vertes et roses. Lentement, il s’avance vers le couple, s’agenouille juste devant eux, et passe le collier au cou d’Hannah. Interloquée, cette dernière pose sa main sur sa joue… puis la passe dans ses cheveux, jusqu’à lui attraper la nuque, et l’embrasser subitement. Mais elle revient se blottir dans les bras de Samson, qui prend la main droite de Tim et y dépose un baiser.
- Demain, tu y verras plus clair et tout ira bien, dit-il.
- Ecris, écris tout ce que tu crois, ajoute Hannah avec aplomb.
Lentement, Tim tourne la tête alors que le piano joue de plus en plus fort et que ces deux corps si proches se diluent dans l’air et dans ce décor de grenier. La bouche de Catherine s’entrouvre, s’ouvre, s’ouvre de plus en plus grand alors que tout se mélange, que tout tangue, elle ouvre grand la bouche, elle va crier…
- Maintenant, disparais !
FIN
00:35 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : émeutes, grève, Amour, art, écriture, nouvelles et textes brefs, musique
09.12.2007
La maison, dixième partie
Première partie
Deuxième partie
Troisème partie
Quatrième partie
Cinquième partie
Sixième partie
Septième partie
Huitème partie
Neuvième partie
C’est presque uniquement cette dernière phrase qui fait fondre Samson, qui lui donne envie d’essayer de lui faire vivre le contraire. Il relève donc le visage mouillé de larmes de la blonde en jupe fendue – fente qu’il élargit rapidement – et, après l’avoir longuement regardé dans les yeux, il l’embrasse passionnément. Comme elle semble plutôt apprécier la situation, il n’hésite pas à retirer son poncho, dévoilant son corps fin et musclé. Elle s’accroche tellement à ses épaules, gardant ses lèves, que c’est lui aussi qui fait disparaître la jupe fendue, le pantalon de toile, et l’immense pull rouge, comme tous les sous-vêtements. C’est lui enfin qui la traîne sur le matelas tout proche pour unir leurs corps dans les draps fins… Samson bouge comme un médecin fou amoureux d’une droguée, alors qu’un piano résonne magnifiquement dans toute la maison. Car pendant ce temps, les autres n’ont pas perdu le leur : Valentin, ayant finit de fumer, est monté dans sa chambre où, plein d’énergie, il s’est assis face à son piano, se lançant dans un Mozart qu’il n’avait pas joué depuis des années… Et c’est réussi, car la maison entière prend une dimension magique à mesure qu’il appuie sur les touches de son instrument majestueux.
Il n’est en effet pas le seul à y trouver son bonheur… En haut, on va jusqu’à se caler sur son rythme, en bas, Catherine, sa cigarette à la main, se laisse ballotter par la musique, les yeux fermés… Tim, lui, retombe en enfance, bouleversé par la question que lui a posé Samson tout à l’heure. Instinctivement, il a attrapé un bocal contenant des perles de bois multicolores, et se met à en faire un collier…
20:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : émeutes, grève, Amour, art, écriture, nouvelles et textes brefs, musique
06.12.2007
La maison, neuvième partie
Première partie
Deuxième partie
Troisème partie
Quatrième partie
Cinquième partie
Sixième partie
Septième partie
Huitème partie
- Je m’appelle Hannah Falsburry, et voici mon histoire.
Comme elle se lance dans un long récit, Samson s’agenouille à ses côtés et la regarde, attendri et à l’écoute.
- J’ai grandi dans une riche famille américaine qui ne m’a jamais rien appris d’intéressant. N’étant pas franchement douée pour les études, j’ai vite abandonné pour devenir la secrétaire particulière de mon père… Jusqu’à ce que je comprenne que je n’était pour lui qu’un appât à clients, car il suffisait que je me laisse draguer par un jeune homme qu’il aurait aimé voir dans ses associés pour qu’il m’encourage au lieu de me dire de me méfier. C’est donc le cœur brisé par ce constat et d’innombrables échecs amoureux que j’ai quitté mes parents à vingt-trois ans pour aller m’installer chez le premier garçon venu. J’ai vécu ainsi d’homme en homme jusqu’à rencontrer Henry Falsburry, un riche homme d’affaires que j’ai épousé. Je croyais avoir enfin trouvé la sécurité. Belle erreur ! J’ai réalisé que pour lui non plus je n’étais rien, rien qu’une jolie fille sage pour le distraire. En cas de divorce ou de décès, il avait tout prévu pour que je me retrouve sur la paille. Il se trouve que cet homme avait deux fils : Dick et Raphaël, vingt-six et vingt-et-un ans. J’ai eu une idée folle pour m’en sortir : mettre de l’argent de côté au cas où, et cet argent, le voler. Pour cela, j’ai séduit le cadet des frères, et l’ai convaincu de me voler une grosse somme dans une banque où son père avait rendez-vous. Il y parvint. Malheureusement, Dick avait compris notre stratagème et me vola la valise remplie de billets pour la remettre à mon mari, tout cela sans que je m’en rende compte, jusqu’à l’arrivée des policiers. Je m’en souviens comme si c’était hier : ils étaient cinq, deux femmes et trois hommes. L’un de ceux-ci me fit tout avouer en me séduisant… Au procès, je n’ai eu qu’une amende. Le divorce a été prononcé et Henry a été obligé de me verser des sous… J’ai pris un appartement, mais ma vie ne s’est pas stabilisée du tout. J’ai rencontré un homme, un médecin, Mark. Il était génial… Mais Raphaël est revenu vers moi. Bien sûr, au départ, je ne l’avais séduit que pour parvenir à mes fins, mais finalement c’est lui qui m’a eue. J’ai été conquise par sa jeunesse, son corps magnifique, son côté aventureux… Mark nous a surpris, il a été blessé et j’ai dû le quitter, car je savais pertinemment que d’autres hommes encore pourraient venir à bout de toute ma bonne volonté, comme Sam, le policier qui s’était occupé de moi, ou encore Fred, le fils de l’inspecteur. Ma vie a toujours été un énorme désordre sentimental, les hommes m’attirent dans leur filets et je cède car j’ai besoin d’eux, de leurs corps… Je suis programmée pour le plaisir, mais pas pour l’amour.
18:25 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : émeutes, grève, Amour, art, écriture, nouvelles et textes brefs, femme
04.12.2007
La maison, huitième partie
Première partie
Deuxième partie
Troisème partie
Quatrième partie
Cinquième partie
Sixième partie
Septième partie
...
Reculant sa chaise, Catherine se lève, se tourne vers Hannah et lui tend la main. En la serrant, elle dit le plus naturellement du monde :
- Hannah, bravo ! et se rassoit dans les applaudissements.
- Je vous propose de finir le repas avec ce petit blanc, dit tout à coup Samson.
- Pendant que tu nous sers, répond Valentin, je vais préparer un petit plaisir que je ne me suis pas accordé depuis longtemps.
Face au sourire général, il sort de sa poche un petit sachet transparent dont le contenu est indéfinissable et une petite boîte bleue, de laquelle il extrait un papier transparent et du tabac. Comprenant la situation, Tim se penche vers Samson :
- Est-ce bien raisonnable à son âge ?
- Son âge ? Mais le connais-tu, toi ?
- …Non, mais tout de même…
- S’il y a une chose qu’il faut respecter, Tim, c’est bien l’ancienneté. Ce vieillard est le seul à avoir le droit de décider de ce qui va lui arriver. Et s’il doit mourir, je préfère de loin qu’il meure heureux, et non frustré.
Une grande quantité de fumée s’échappe tout à coup de la bouche de Valentin.
- Tu es de loin le meilleur goûteur de vin que je connaisse, Samson, mais goûte-moi ça et dis-moi si je n’ai pas gardé mon talent de rouleur !
- En effet, tu es toujours aussi doué. N’es-tu pas d’accord, Catherine ?
- Non. Il roule mieux ! dit-elle en recrachant la fumée. Hannah ?
- Non, moi je me suis suffisamment étourdie la tête pour ce soir. D’ailleurs je vous quitte, j’ai du courrier à terminer.
- Et toi, Tim, qu’en penses-tu ? demande Valentin d’une voix chevrotante.
Timidement, le jeune homme prend la grosse cigarette pleine d’herbe et tire une petite bouffée, puis se met à tousser…
- Peut-être es-tu encore un peu jeune pour cela. Fume donc, Samson ! Fume donc jusqu’à ne plus en avoir envie.
Quatre ou cinq bouffées plus tard, Samson est complètement chamboulé. Il se tourne vers Tim et lui demande :
- Qui es-tu, Tim ?
Pas de réponse.
- J’attends, Tim. Qui es-tu ?
Tim, visiblement gêné, est incapable de répondre et s’en rend compte, ce qui lui fait baisser les yeux mais énerve Samson, qui hausse le ton.
- Alors, gamin ! Répond ! Je veux savoir !
Il crie tout à fait maintenant :
- Qui es-tu ? Qui es-tu ?
- Je… Je ne sais pas ! répond ce dernier, au bord des larmes.
- Ah oui ?
Samson reste un instant à le dévisager, puis quitte la pièce en s’exclamant : « C’est vraiment n’importe quoi ! ». Puis il monte les deux étages quatre à quatre, arrive en trombe dans le grenier de Catherine et Hannah, se plante devant la blonde qui est à genoux par terre, en train d’écrire, et dit :
- Et toi, Hannah, qui es-tu ?
...
Neuvième partie
20:55 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : émeutes, grève, drogue, art, écriture, nouvelles et textes brefs, gastronomie
30.11.2007
La maison, sixième partie
Première partie
Deuxième partie
Troisème partie
Quatrième partie
Cinquième partie
Comme elle met le couvert, Catherine regarde les autres arriver. Tim porte un large Jean’s savamment déchiré et une chemise blanche, sans oublier un anneau resplendissant à son arcade. Valentin a soigné ses cheveux, qui lui retombent sur la nuque comme une longue crinière grise. Là-dessous, un long habit de moine, marron et orné d’une ceinture de cuir, lui donne un air bienveillant. Samson, lui, n’a qu’un pantalon de toile sous un long poncho de laine noire et blanche. Ils sont tous assis à table quand arrive enfin Hannah, vêtue d’une jupe fendue aussi serrée en haut que large en bas, elle semble tournoyer dans son énorme pull de laine rouge qui laisse son nombril découvert. Ses cheveux blonds, retenus en arrière par un fil noir, mettent en valeur ses grands yeux verts.
- Si nous buvions un verre de porto en attendant que tout soit chaud ? propose Samson en servant tout le monde.
- Je lève mon verre aux carottes de cet hiver ! s’exclame Tim.
- A moins que tu n’aies quelque chose de spécial à fêter, Hannah ? demande Samson.
- Oui, que nous vaut donc cette invitation ? insiste Valentin.
- Mais… Rien, simplement le plaisir de m’attabler avec vous autour d’un bon repas et d’une bonne bouteille. N’êtes-vous pas de cet avis ?
- Si ! répond Catherine.
- Alors levons notre verre aux carottes ! dit Hannah dans un sourire. Et les cinq font se toucher leurs flûtes bien remplies.
- Qu’allons-nous donc manger ? demande Valentin.
- Oh ! Le menu est un peu spécial… L’entrée est une de mes inventions. Il s’agit d’une salade de riz avec concombres, miettes de thon et de pain, pommes, le tout imprégné de jus de citron et disposé sur cinq tranches de saumon fumé.
- Du jus de citron ? Tu es sûre de ce que tu vas nous faire avaler ? s’inquiète alors Tim en regardant Hannah droit dans les yeux.
- Certaine ! Et je pense que vous allez adorer… Ensuite nous mangerons du poisson pané avec du riz, et pour finir, un excellent riz au lait aux framboises vous attend.
- Hum… Je sens que je vais me régaler… Si on reprenait un verre en attendant ? propose Samson.
- Oui ! répond Catherine.
- Comme ce porto est fruité ! dit Valentin.
- Il pleut ? demande Tim qui tourne la tête vers la fenêtre.
- Non, répond Catherine.
- Il est même délicieux ! continue Valentin, Cela va vous choquer, mais je propose un troisième verre !
- Tu as raison Valentin ! à ton âge il ne faut pas se laisser abattre. Et qui pourrait refuser d’un tel porto ?
18:40 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : grève, alcool, gastronomie, banlieues, écriture, nouvelles et textes brefs, racailles
26.11.2007
La maison, quatrième partie
Première partie
Deuxième partie
Troisème partie
Une heure plus tard, elle redescend comme Samson entre dans la maison.
- Nous aurons des carottes pour cet hiver !
- Merveilleux.
- Peux-tu prévenir les autres, je vais goûter le vin.
- Oui.
Tous deux descendent donc à la cave. Catherine ouvre la première porte et Samson la seconde…
- Catherine ?
Depuis la chambre de Tim, on entend Samson crier « Il est bon ! Il est bon ! », ce qui retient l’attention de Catherine.
- Catherine ? Oh !
- Oui ?
- Eh bien? Qu’y a-t-il? Que fais-tu dans ma chambre ?
- Ah ! J’étais venue te prévenir que nous aurions des carottes pour cet hiver.
- Ah, merci… Penses-tu qu’il me faille une cravate pour ce soir ?
- Non.
Et Catherine fait volte-face pour remonter prévenir Hannah. Elle retraverse la grande pièce du bas, monte les deux angles droits… Premier étage.
- Valentin ? Vous m’entendez ?
- Oui, je t’entends.
- Nous aurons des carottes pour cet hiver.
- Ah ! Bonne nouvelle !
L’escalier vers le grenier a exactement la même forme que celui qu’elle vient de monter. A nouveau deux angles droits, et la voilà arrivée. Le briquet est vide, elle craque une allumette, allume sa cigarette et balaye la pièce du regard. A gauche, un matelas et une couette , puis du matériel de peinture, des livres, des tas de vêtements, un bureau, un autre matelas et des draps, un fauteuil. Pas de Hannah en vue, en tous cas à la lumière des trois vasistas bloqués depuis des années qui donnent une belle vue sur les nuages.
- Hannah ? Hannah ? Hannah ? répète Catherine en redescendant les escaliers. Quand elle arrive en bas, la blonde aux longs cheveux décoiffés et aux lèvres pulpeuses l’entend enfin et sort de la cuisine.
- Oui, Catherine ?
- Nous aurons des carottes pour cet hiver, a dit Samson.
- Oh ! Mais c’est génial ! Tu verras, je vous préparerai de bons plats de carottes !
- Oui.
- Je prépare le repas, je n’en ai plus pour long. Tu crois que tout le monde sera prêt à huit heures ?
- Oui.
- Tout le monde est dans sa chambre ?
- Non. Samson goûte le vin.
- Ah ! Parfait. Allez, ajoute-t-elle en riant, vas te préparer toi aussi. Avec tes trois gros cheveux, là, tu as l’air d’une diplomate.
- Oui…
Et Catherine remonte au grenier se préparer. Hannah, elle, ouvre la porte qui donne sur l’escalier de la cave et hurle :
- Samson ! Dépêche-toi ! On mange dans une demi-heure !
- Tu as besoin d’aide ? Tu as besoin d’aide ? demande Tim qui vient d’ouvrir la porte de sa chambre à toute vitesse.
- Non Tim, répond la blonde aux formes généreuses, c’est une surprise ! Tout ce que je vous demande, c’est d’être prêts à huit heures.
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24.11.2007
La maison, troisième partie
Première partie
Deuxième partie
Et Samson s’en va donc au jardin. Catherine, elle, décide d’aller au salon. En passant près du bar, elle se rend compte que la porte des toilettes est restée ouverte. D’un geste brusque, elle la ferme et s’aperçoit que Valentin est là, debout, devant la fenêtre.
-
Tu as vu, Catherine, il fait beau !
-
Oui.
-
S’il fait encore beau demain, tu m’accompagneras faire le tour du jardin ?
-
Avec plaisir, Valentin.
-
Asseyons-nous donc un moment.
C’est à ce moment qu’arrive Tim.
-
Il faut que je te parle, Catherine.
-
Assieds-toi avec nous, mon garçon ! répond Valentin.
-
Je ne comprends pas. Quel est ton métier ? Que fais-tu de ta vie ?
D’un geste rapide, Catherine atteint le cendrier posé sur la table basse derrière elle puis regarde Tim dans les yeux.
-
Je suis artiste peintre.
-
Ah ? Et que peints-tu en ce moment ?
-
En ce moment je ne peints pas, dit-elle en prenant une cigarette dans sa poche.
-
C’est bien ce que je me disais. Et donc tu fais quoi ?
Catherine, tranquillement, monte son briquet jusque sa cigarette, déjà dans sa bouche. Continuant à regarder Tim, elle fait venir la flamme et tire une première bouffée… en recrachant la fumée, elle dit :
-
Cela ne se voit pas ? Je fume.
-
C’est vrai, dit Valentin.
-
Et toi, Tim, que fais-tu ?
-
Mais… voyons, je suis étudiant !
-
Et donc ? Que fais-tu de ta vie ?
-
Et bien je… je... j’étudie ! Comme tout étudiant, et j’ai une vie de jeune étudiant, je me distrais, je prends du bon temps, et je travaille.
-
Calme-toi, simple question.
-
Bon, et bien je vais travailler.
-
Oui.
-
A ce soir !
-
Oui.
Alors qu’il quitte la pièce, Valentin s’exclame en souriant :
-
Il est gentil, hein ?
-
Oui.
-
Il fera un bon astronaute.
-
Non.
-
Tu ne crois pas ?
-
Il fait des études de médecine.
-
Ah oui ! Oh, ma mémoire me fait défaut ! Voudrais-tu me conduire dans ma chambre que je choisisse des vêtements pour ce soir ?
-
Oui.
Catherine aide donc Valentin à monter les escaliers, et lui ouvre la porte de sa chambre, qui se trouve juste au-dessus de la grande pièce que constituent le salon et la salle à manger. Ensuite, elle pousse la porte de la salle de bain, qui se trouve au-dessus des toilettes et du bar, et se poste devant le miroir. « Mon visage est parfait. Quelques dreadlocks ne me feraient pas de mal. ». Alors elle attrape un pot de miel sur l’étagère et entreprend de nouer quelques-unes de ses mèches entre elles.
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22.11.2007
La maison, deuxième partie
Dans cette maison, il y a surtout Samson. Samson a à peine plus de trente-cinq, quarante ans, et dort dans la petite chambre à côté de la salle de bains. Le jour, il goûte le vin, bricole, et discute avec Catherine lorsqu’ils boivent un café. Souvent il se moque de Tim, ironise sur Hannah et Valentin, avec cet humour qui caractérise les choses amusantes prononcées par des gens qui aiment ça sans trop en avoir le sens. Samson aime travailler. Il fait le jardin aussi. D’ailleurs il a été ouvrier agricole, avant de travailler dans le bâtiment. Si la précision a son importance, c’est uniquement parce qu’il est rare qu’on ne trouve pas Samson. Il est toujours quelque part.
-
Hannah nous invite, ce soir. Il faut s’habiller.
-
Ah bon, d’accord. Quelqu’un veut du café ?
-
Oui.
Hannah a raté Samson de quelques secondes à peine dans les escaliers. Elle finissait tout juste de sautiller vers son grenier qu’il sortait de sa chambre où il vient de faire sa sieste. Dieu merci, il n’y a pas de problèmes de communication, et il a été mis au courant. Maintenant c’est l’heure du café. Catherine se lève du canapé où elle s’était assise pour le rejoindre dans la cuisine ; au passage elle fait tomber sa cendre dans le joli cendrier qui trône au centre de la petite dentelle qui trône au centre de la table ronde autour de laquelle cinq chaises aux dossiers hauts et sculptés attendent que l’on veuille bien s’y asseoir. Puis son regard, qui s’était arrêté sur le sol où ses pieds emmitouflés dans de gros chaussons confortables se faisaient perpétuellement rattraper par la longue jupe de velours noir, remonte le long du bar carrelé puis accroche la lampe pour parvenir au plafond où les poutres marrons ont quelque chose de fascinant… « Aucune importance », pense-t-elle, et elle continue son chemin vers la porte de la cuisine qu’elle pousse comme si de rien n’était. « C’est donc ça qu’elle nous prépare ! ».
Tim se lève à son tour, s’étire et empreinte le même chemin que Catherine. Mais lui ne passe pas derrière le bar : il avance tout droit et ouvre une petite porte qui permet l’accès à l’escalier qui descend à la cave. L’escalier est raide et étroit… En bas, il se retrouve au début d’un long couloir qui ne mène qu’au mur opposé. Deux portes cependant s’en détachent sur le côté gauche, et Tim ouvre la première, entre, la referme, saute en l’air, attrape une barre de fer suspendue au plafond, effectue quelques tractions puis se jette sur son lit, attrape une guitare, gratte quelques notes, tapote un rythme sur ses genoux, s’allonge, repère un magazine sous la table de nuit, tend la main, le prend, l’ouvre, le lit.
-
Samson ? Samson ?
La blonde à la chemise moulante débarque soudain dans la cuisine en sautillant. « Ah ! Samson ! Tu pourras glisser cela dans la boîte au lettres ? Merci ! A tout à l’heure ! Et bien habillés, hein ! ». Et elle ressort aussi vite, pensant à la boîte aux lettres. La boîte aux lettres ? Une fente dans le portail, qui permet de mettre et de prendre du courrier. Mais à vrai dire, c’est surtout Hannah qui l’utilise. Elle envoie plusieurs lettres par jour. C’est Samson, en faisant son tour de jardinage, qui dépose ses enveloppes.
-
Raphael Falsburry, Miami… Tu connais, toi ?
-
Non.
-
Ce matin c’était Samuel Esses et Fred Matargas. J’ai une très bonne mémoire des noms. Hier, il a eu Mark Twilings, Saya Mileya et Mary Batarnuts. C’est toujours ça. Une fois, seulement, j’ai vu Pedro Falsburry, Henry Falsburry, deux fois Jack Tills, quatre fois Sandy Helberg et Caroline Majors. Je suis sur de moi, je me rappelle toujours de ces choses… c’est quand même bizarre, non ?
-
Hum… oui.
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20.11.2007
La maison, première partie
Une maison. Nulle part.
Une maison entourée de hauts murs de pierre, si bien que de la cour, on ne peut apercevoir que des nuages… et ne sortir que si l’on a la clef. La clef… La clef qui entrerait dans la grosse serrure rouillée de l’immense portail métallique. Ce portail est parfait. Techniquement ; une réussite. Il est là depuis des années, mais sa vieillesse ne permet pas, en aucun endroit, de voir de l’autre côté… Il n’y a pas de petits trous de rouilles, pas de morceaux décollés, non, tout est en excellent état. Et la serrure n’en est que plus perturbante. Le jardin est tel qu’on trouverait juste qu’il soit, tel que de nombreuses personnes le voudraient : symétrique, mais sympathique. Une allée centrale qui mène à la porte est séparée du gazon, entretenu mais pas trop, par de petites briques en forme de vague… Au centre de chaque parterre d’herbe verte, un arbre, un pommier ou assimilé, de taille moyenne et d’apparence normale. L’allée centrale se sépare en deux devant la maison, côtoyant le perron, trois marches, et quelques fleurs, avant de rejoindre, de chaque côté, la haie qui borde le mur. Voilà.
-
Hum… Il y a aussi ce petit appentis en tôle dans le coin droit, pense Catherine qui fume sa cigarette devant la fenêtre. D’un geste sec, elle fait tomber sa cendre dans un pot de yaourt contenant des perles pour enfants puis tourne les talons.
-
Il pleut ? demande un jeune homme assis dans l’un des trois fauteuils qui se regardent à gauche de la pièce.
-
Non.
Derrière lui, une cheminée vide, au milieu de la cloison qui sépare ce petit salon de la cuisine. Face à lui, au-delà du fauteuil tourné vers la cheminée, l’autre fenêtre par laquelle Catherine ne regardait pas, et sous cette fenêtre, un long canapé d’angle qui rejoint et accompagne donc l’autre mur, celui qui est entier, même si l’on a accroché ça et là des peintures, des natures mortes. La tapisserie n’a aucun intérêt.
Valentin, l’ancien, le vieillard tranquille, s’est endormi dans son fauteuil.
Tout à coup, une blonde en collant noir et grosses chaussettes sort de la cuisine en sautillant, dépasse le bar, la grande table, et se plante au milieu des fauteuils.
-
Ce soir, je vous invite à manger ! A vingt heures précises autour de la table, et bien habillés s’il vous plaît ! Bon, j’ai du courrier à terminer. A tout à l’heure !
Et elle s’engouffre dans l’escalier de bois qui monte à l’étage en deux angles droits.
-
Qu’est-ce que je vais bien pouvoir mettre ? se demande le jeune homme à voix haute. Le noir est à la mode, non ?
-
Oui, répond Catherine.
18:45 Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : grève, nouvelle, poésie, art, écriture, nouvelles et textes brefs, ivi kromm
19.11.2007
Allons dans la maison!
Alors voilà, la victoire du monstre se profile?
Il est toujours temps, vous savez, toujours.
Renoncer c'est mourir.
D'accord, pas pour l'éternité...
Mais mourir quand même.
Peut-être avez-vous besoin de la maison?

Ivi va vous ouvrir la porte...
Il y a Bette Midler qui chante et rit,
Il y a un Dieu qui souffle dessus,
Et pour vous y rendre, c'est Baudelaire qui vous guide.
La voix
Mon berceau s'adossait à la bibliothèque,
Babel sombre, où roman, science, fabliau,
Tout, la cendre latine et la poussière grecque,
Se mêlaient. J'étais haut comme un in-folio.
Deux voix me parlaient. L'une, insidieuse et ferme,
Disait : " La Terre est un gâteau plein de douceur ;
Je puis (et ton plaisir serait alors sans terme !)
Te faire un appétit d'une égale grosseur. "
Et l'autre : " Viens ! oh ! viens voyager dans les rêves,
Au delà du possible, au delà du connu ! "
Et celle-là chantait comme le vent des grèves,
Fantôme vagissant, on ne sait d'où venu,
Qui caresse l'oreille et cependant l'effraie.
Je te répondis : " Oui ! douce voix ! " C'est d'alors
Que date ce qu'on peut, hélas ! nommer ma plaie
Et ma fatalité. Derrière les décors
De l'existence immense, au plus noir de l'abîme,
Je vois distinctement des mondes singuliers,
Et, de ma clairvoyance extatique victime,
Je traîne des serpents qui mordent mes souliers.
Et c'est depuis ce temps que, pareil aux prophètes,
J'aime si tendrement le désert et la mer ;
Que je ris dans les deuils et pleure dans les fêtes,
Et trouve un goût suave au vin le plus amer ;
Que je prends très souvent les faits pour des mensonges,
Et que, les yeux au ciel, je tombe dans des trous.
Mais la Voix me console et dit : " Garde tes songes :
Les sages n'en ont pas d'aussi beaux que les fous ! "
(Les fleurs du mal)
Les prochaines notes, alors, ce sera La Maison, une nouvelle ni longue ni courte où nous mène la voix... C'est bon pour vous, car quand on y rentre, après, on peut en sortir.
16:55 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : politique, littérature, france, société, grève, université, poème

