23.10.2007

STUP: GUERRE 4

Mélangeons-nous, mélangeons-nous!
Les blancs, les noirs, les bruns, les roux...

Vous remarquerez l'absence totale de la couleur jaune. A la Cité Universitaire d'Alan, ils sont pourtant nombreux, les jaunes. Et là, à l'heure du repas, la guerre est capiteuse. Tout ce qui est capiteux finit par donner la nausée... Bière contre nourriture indéterminée dans une poêle. Mais cette guerre-là se déroule dans la bonne humeur! Alors tout n'est pas perdu.

Hey, c'est Sophie qui vous parle. Je m'excuse de m'interposer dans cette petite discussion mais... Oui, oui, c'est bien à toi que je parle, toi lecteur, ou lectrice, comment veux-tu que je le sache. ...C'est bon t'as réalisé? Ouhouh! Tu réalises oui? Ça y est? Alors... Ça t'étonne? Ça t'étonne que je m'adresse à toi, personnellement? Tu as du mal à réaliser, c'est ça. Mais non, personne n'a réfléchi ces paroles pour leur donner un intérêt quelconque dans le développement de ce que tu lis. C'est moi, quarante-deux ans, infirmière, qui ai décidé toute seule comme une grande d'entrer en contact avec toi, à l'insu de la personne qui a enchainé les phrases dans les pages paragraphes précédents. Tu crois que ça me plait à moi d'être décrite comme ça, que ma vie et celle de ma famille soit étalée au grand jour? Alors joue le jeu. Parle-moi de toi. Je t'écoute. Qu'est-ce que ça t'inspire, toi, l'argent, la guerre? Tu prends de la drogue? Allez, arrête de lire. Ne va pas à la prochaine page. Dis-moi tout. Je suis sûre que tu me vois...

21.10.2007

STUP: GUERRE 3

Foot, divorces, jeux de guerre et journée anti-racisme, voilà l'univers de quelques garçons de la classe de Juliette. Eux, ce sont les racailles des champs. Car si à Paris « racaille » est devenu un terme choquant, certains dans cette vaste province le voient presque comme un titre de noblesse. Les autres l'utilisent couramment car il a tout perdu de son sens d'origine, il désigne maintenant une personne d'un certain style vestimentaire, avec une certaine coupe de cheveux et un certain comportement. Les racailles des champs, justemement, sont les plus drôles. Ils ne se rendent pas compte de la vie réelle, pourrait-on dire. Ils s'identifient à l'image que leur renvoit la télévision de ce monde parisien. Mais comme le contexte qui les a vus naitre est complètement différent, ils en deviennent des personnages complètement décalés... Au sens propre: ridicules. Bon, dans la petite ville où Juliette est obligée de se rendre pour sa scolarité, on est quand même à l'étage supérieur. Ces racailles là ont une légère conscience de ce qu'ils veulent représenter. Parfois même, elles sont vraiment d'origine étrangère. D'où l'importance des journées anti-racisme. Anti-racisme: LA valeur par excellence, la seule digne de ce nom, car tout ce qu'on pourrait imaginer l'accompagnant (respect d'autrui, ouverture d'esprit, tolérance, curiosité...) ils ne connaissent pas encore. Pas à cet âge. La vraie racaille doit être dominante. Pour eux la journée anti-racisme consiste donc à s'imposer, alors que personne, à la base, ne les refuse... Vous croyez bien sûr que tout cela pourrait être adouci par des discussions avec les professeurs... Cela va de soi, pour les concepteurs de telles journées: dans toutes les écoles de France, des débats auront lieu. Mais les professeurs peuvent-ils vraiment essayer d'instaurer un réel débat entre trente jeunes attendant la cloche quand il reste la moitié du programme à réciter?

A moins que le président, recevant dans son palais les leaders politiques, sportifs et chanteurs noirs, ne réussisse à régler ce léger problème. Juliette, elle, dans sa petite tête de lycéenne, sait combien le président se fout d'elle mais s'interesse quand même de près à tout cela et pire: elle a un avis sur la question: le problème avec une guerre, c'est qu'elle en fait oublier les autres. Elle constate à son niveau que le racisme, elle ne l'a jamais vraiment connu. Elle en vient à se demander si ça existe. Mais on en fait un tel foin que ça doit bien exister! A Paris. Alors s'il n'y a que ça, pourquoi ne pas permettre aux étrangers qui le souhaitent de s'installer partout ailleurs? Bien sûr, elle ne comprend pas encore que son opinion est à la base d'une conception de la société qui n'a pas sa place dans les jardins de l'Elysée.

Pareil pour Israël! Pareil pour tous les pays en guerre: on prend une grosse louche et on mélange la soupe. Avec un peu de chance, elle aura du goût. C'est très niais, mais comme le monde serait beau si on pouvait résoudre les conflits avec des louches! Peut-être que ça permettrait de faire remonter les morceaux de légumes mal hachés, de mieux distinguer les grumeaux... Bref, de voir les vrais problèmes, de s'attaquer aux changement en profondeur, puisqu'en remontant à la surface, ils deviendraient visibles.