23.01.2008

Les troupeaux 2/2

Les râleurs sur les bords du champ peuvent bien faire la grève de la faim. Ils mourront, et ça fera des râleurs en moins. Il ne faut pas qu’ils en meurent trop quand même, car il y a d’autres troupeaux. Et un beau jour, différents troupeaux vont se rencontrer. D’abords ils vont s’observer, chercher à voir comment ça marche ailleurs. Les chefs peut-être vont réaliser que d’autres chefs ont plus de privilèges. Peut-être aussi verront-ils que tel troupeau a un territoire plus riche. Peut-être aussi que tel chef a plus de valets, donc plus de puissance. Alors les chefs vont se battre, dans le meilleur des cas, ou au pire, envoyer leurs troupeaux contre le troupeau envié, pour gagner plus de pouvoir. Plus de richesse. Plus de territoire. Pour avoir plus.

Les troupeaux supérieurs en force gagnent ainsi tout ce que les troupeaux vaincus pouvaient avoir : richesse, territoire, savoirs. Deux troupeaux ne peuvent cohabiter car il y aurait alors deux chefs égaux, ce qui est impossible : le troupeau ne respectera plus un chef qui se voit obligé de partager. Ce serait une preuve de faiblesse, et donc d’infériorité pour les loups envieux d’une place de chef.

On a essayé de garantir la paix entre troupeaux en délimitant les territoires de chacun et en instituant des réunions, des groupes de chefs pour régler les différents. Mais les chefs, quand ils ont goûté aux privilèges, ne peuvent supporter d’en voir qui leur échappent. Ils en veulent plus, toujours plus. C’est pourquoi ils cherchent à devenir chefs du groupe des chefs, s’assurant ainsi la totalité des privilèges existant. Si des membres du troupeau hésitent à soutenir leur chef par peur de l’échec de ce dernier ou pour préserver leur vie dans l’angoisse d’une bataille, alors les chefs trouveront une carotte si alléchante qu’ils finiront bien par suivre. Et la vie continuera ainsi. Dans le groupe des chefs, les chefs dominés chercheront à devenir chef dominant, jusqu’à ce que l’un d’entre eux y parvienne et établisse un nouvel ordre, dans lequel les nouveaux valets chercheront à leur tour à devenir chefs, et ainsi de suite.

La meilleur façon de se protéger des prétendants à la place de chef, pour un chef, c’est de laisser ces derniers s’éliminer entre eux.

L’agriculteur savait tout ça par cœur. D’où sa domination sur ses animaux. Quand il voulait remonter la chèvre qui était au piquet en bas de la vallée sans s’ennuyer à la tenir tout le long de la côte, la préoccupation première de la chèvre étant de s’émanciper de la domination de l’homme pour jouir des possibilités variées que lui offrait le territoire, l’agriculteur la laissait filer sur le sentier, sans crainte qu’elle ne s’échappe. Il savait que quelques centaines de mètres plus haut, elle tomberait nez-à-nez avec une autre chèvre de la même condition : seule avec son piquet la privant de liberté. La chèvre libre, rencontrant l’autre, n’aurait pas l’idée de l’aider à se détacher. La chèvre attachée n’aurait pas l’idée de chercher à obtenir de l’aide. Leur première idée est de savoir laquelle des deux va dominer l’autre, laquelle des deux devra se soumettre. Et elles vont se battre. Ainsi, l’agriculteur n’avait qu’à remonter tranquilement le sentier de la vallée pour récupérer la chèvre libre, restée à se mesurer à l’autre chèvre au lieu de profiter de sa liberté, liberté qu’elle perdait à nouveau, s’étant laissée dominer par son instinct sans réfléchir aux réelles opportunités qui s’offraient à elle et sans voir les véritables dangers qui allaient se mettre entre elles et ces opportunités.

La seule façon d’échapper est donc de freiner son instinct et de renoncer à la domination, même quand on est en position de force, pour réfléchir aux réelles possibilités et aux réels dangers.

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20.01.2008

Les troupeaux 1/2

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Les troupeaux comprennent toujours un chef. Quand il n’y a pas de mâle, le chef peut être une femelle, mais dans le cas général, ce sera un mâle évidemment, car pour gagner la place de chef il faut en avoir, et savoir les utiliser, c’est un témoignage qui le dit. Les chefs sont chefs. C’est un statut plus qu’un pouvoir. Ils ont peu de questions à se poser, peu de décisions à prendre puisqu’ils sont chefs, ils n’ont qu’à profiter de leurs privilèges pendant que l’on fait le travail pour eux. Leur principale préoccupation est de veiller à bien profiter de leurs privilèges, surtout, ne jamais même par compassion laisser qui que ce soit passer devant : ce serait le début de la fin. On est chef, on doit le rester, et être digne de son rang, et impressioner, car ils sont nombreux les prédateurs, les petits ambitieux qui rêvent de prendre la place de chef, la priorité, le respect et la soumission spontanée de tout le reste du groupe. Tous.

Oh, bien sûr il y a des râleurs, il y a des mécontents, sur le bord… Mais qu’ils ruminent leurs mécontentement tous seuls, et on leur pardonnera, on les laissera râler, tant qu’ils ne se mettent pas en travers de la route du chef et qu’ils baissent les yeux sur son passage, sinon, les valets du chef se feront un plaisir de les corriger. Pourquoi ? Pour avoir les faveurs du chef, pour espérer profiter un tout petit peu des avantages, des privilèges.

Je les ai vu, quand je gardais les vaches, et quand j’allais remplir l’auge. J’ai observé les vaches assoiffées attendre que la chef du troupeau aille boire, toute seule, sa seconde sur ses talons, avant que les autres n'aient le droit d’y aller. J’ai tenté quelque chose : asperger la chef pour l’empêcher d’approcher. J’ai plutôt bien réussi à la bloquer, mais les autres n’ont pas approché pour autant. Un jour, pourtant, la France a aboli les privilèges. Que voulait-elle ? Comment voulait-elle faire ? Cette abolition des privilèges est indissociable de la démocratie. Face à un chef, le troupeau se soumet naturellement. Pour que la démocratie fonctionne, il faut donc que chacun, de gré où de force, renonce à tout privilège, l’absence de personne devant qui se soumettre garantissant l’absence de soumission.

La tentative de la France a échoué. Les loups qui n’avaient pas renoncé à la place de chef ont trouvé le moyen de s’assurer les privilèges en mettant tout le monde d’accord. Ils ont persuadé le troupeau que de les laisser passer en premier leur garantirait plus d’eau, car ils trouveraient le moyen, en investissant toute leur supériorité, d’obtenir plus pour tout le monde. L’échange était séduisant, et voilà que tout a repris son cours. Les chefs profitent, agitant une carotte au-dessus du nez des membres trop observateurs, faisant taire les plus révoltés et laissant causer les râleurs, sur les bords du champ.

23.10.2007

STUP: GUERRE 4

Mélangeons-nous, mélangeons-nous!
Les blancs, les noirs, les bruns, les roux...

Vous remarquerez l'absence totale de la couleur jaune. A la Cité Universitaire d'Alan, ils sont pourtant nombreux, les jaunes. Et là, à l'heure du repas, la guerre est capiteuse. Tout ce qui est capiteux finit par donner la nausée... Bière contre nourriture indéterminée dans une poêle. Mais cette guerre-là se déroule dans la bonne humeur! Alors tout n'est pas perdu.

Hey, c'est Sophie qui vous parle. Je m'excuse de m'interposer dans cette petite discussion mais... Oui, oui, c'est bien à toi que je parle, toi lecteur, ou lectrice, comment veux-tu que je le sache. ...C'est bon t'as réalisé? Ouhouh! Tu réalises oui? Ça y est? Alors... Ça t'étonne? Ça t'étonne que je m'adresse à toi, personnellement? Tu as du mal à réaliser, c'est ça. Mais non, personne n'a réfléchi ces paroles pour leur donner un intérêt quelconque dans le développement de ce que tu lis. C'est moi, quarante-deux ans, infirmière, qui ai décidé toute seule comme une grande d'entrer en contact avec toi, à l'insu de la personne qui a enchainé les phrases dans les pages paragraphes précédents. Tu crois que ça me plait à moi d'être décrite comme ça, que ma vie et celle de ma famille soit étalée au grand jour? Alors joue le jeu. Parle-moi de toi. Je t'écoute. Qu'est-ce que ça t'inspire, toi, l'argent, la guerre? Tu prends de la drogue? Allez, arrête de lire. Ne va pas à la prochaine page. Dis-moi tout. Je suis sûre que tu me vois...

15.09.2007

Sauvons-les!

Mais quoi donc? Les apparences bien sûr. Il parait qu'on n'a pas eu d'été. Qu'on n'a pas pu faire les chauds près de la piscine en se prenant pour Daniel Carter (rugbyman néo-zélandais, va falloir vous y faire, Ivi ne va pas arrêter), se trémousser sur le sable comme le beau Grégoire de Koh-Lanta, fantasmer entre filles sur Yannick Nyanga puis faire des grimaces au nom de “Sébastien Chabal” avant de s'endormir en rêvant à son sexe dégeulasse... Un pas d'été consacré à l'homme-objet, aux vieux principes à deux balles, au sexe en ébullition qui plus que jamais a envahit la vie publique. “Muscles saillants, torses à faire fondre et regards fiers, ces geules d'anges sortent de la mêlée!” (Public n°216, du 1er au 7 septembre) Le plus beau, le plus hot? Sans hésitation, Byron Keheller, le fameux All Black qui se tronche une célèbre porno-star, Kaylani Lei, plus de 50 films X à son actif selon notre cher journal. “Mais attention, (ben oui, faut les sauver, ndlr ahaha!) il s'est toujours défendu de l'avoir choisie pour entretenir sa condition physique” Eloquent n'est-ce pas? Oui, faut y réfléchir à deux fois pour bien comprendre. Et le “solide gaillard chaud lapin” de s'offusquer: “On s'entendait bien, les gens jugent trop sur les apparences.”

Et vous me dîtes avec raison: mais on s'en fout de cette histoire, même si notre côté pervers est excité par la conclusion suivante: “Les troisièmes mi-temps dans la ville rose s'annoncent chaudes”... Ben oui on s'en fout, dans le fond, mais c'est l'été, c'est léger, et on n'a que ça. On n'a que ça comme infos, et on laisse passer les petits encarts en bas de page du Ouest-France, ou la colonne des infos marantes. On oublie d'y faire attention.

Pourtant si on les lisait, ça aurait fait “Ding!” dans les cerveaux. Il n'y a pas longtemps, en Chine, ou au Japon, enfin, chez les jaunes, hein!, eh bien pour être sûr qu'il ferait beau lors d'une sûrement très importante manifestation culturelle, on a dégagé les nuages. Oui oui, Ivi Kromm ne délire pas, c'est bien ça, avec Dieu sait quel procédé de soufflets puissants, les organisateurs ont dégagé le moindre petit monstre faiseur de pluie. Plus loin! Pas ici!

Ça fait “Tilt!” ou pas? Non? Si on s'interrogeait un peu sur le principe, et sur les conséquences... Pas très écologique, tout ça... Allez, concluons sur un raccourci facile: si les nuages ont été poussés ailleurs, ils ont bien été quelque part.

On n'a pas eu d'été! Il a plu tout le temps!

Le jour ou l'on arrêtera de considérer le temps et la Nature comme des ennemis, on aura le droit de s'étonner qu'ils fassent n'importe quoi, du soleil à bronzer en plein mois d'avril, de la pluie en plein mois de Juillet.

Et puis un peu d'auto-détermination, pas trop bien sûr, restons sérieux, mais un peu quand même: si on avait été à la plage au feeling, et prit l'apéro dans le jardin au lieu de grogner devant Evelyne Dhéliat, on aurait eu un été!

Bon automne!

15.01.2007

Retour de Gérard

Vers dorés

Homme ! libre penseur - te crois-tu seul pensant
Dans ce monde où la vie éclate en toute chose :
Des forces que tu tiens ta liberté dispose,
Mais de tous tes conseils l'univers est absent.

Respecte dans la bête un esprit agissant : ...
Chaque fleur est une âme à la Nature éclose ;
Un mystère d'amour dans le métal repose :
"Tout est sensible ! " - Et tout sur ton être est puissant !

Crains dans le mur aveugle un regard qui t'épie
A la matière même un verbe est attaché ...
Ne la fais pas servir à quelque usage impie !

Souvent dans l'être obscur habite un Dieu caché ;
Et comme un oeil naissant couvert par ses paupières,
Un pur esprit s'accroît sous l'écorce des pierres !

Gérard de Nerval
Odelettes