26.11.2007

La maison, quatrième partie

Première partie
Deuxième partie
Troisème partie

Une heure plus tard, elle redescend comme Samson entre dans la maison.
-   Nous aurons des carottes pour cet hiver !
-   Merveilleux.
-   Peux-tu prévenir les autres, je vais goûter le vin.
-   Oui.

Tous deux descendent donc à la cave. Catherine ouvre la première porte et Samson la seconde…
-   Catherine ?

Depuis la chambre de Tim, on entend Samson crier « Il est bon ! Il est bon ! », ce qui retient l’attention de Catherine.
-   Catherine ? Oh !
-   Oui ?
-   Eh bien? Qu’y a-t-il? Que fais-tu dans ma chambre ?
-   Ah ! J’étais venue te prévenir que nous aurions des carottes pour cet hiver.
-   Ah, merci…  Penses-tu qu’il me faille une cravate pour ce soir ?
-   Non.

Et Catherine fait volte-face pour remonter prévenir Hannah. Elle retraverse la grande pièce du bas, monte les deux angles droits… Premier étage.
-   Valentin ? Vous m’entendez ?
-   Oui, je t’entends.
-   Nous aurons des carottes pour cet hiver.
-   Ah ! Bonne nouvelle !

L’escalier vers le grenier a exactement la même forme que celui qu’elle vient de monter. A nouveau deux angles droits, et la voilà arrivée. Le briquet est vide, elle craque une allumette, allume sa cigarette et balaye la pièce du regard. A gauche, un matelas et une couette , puis du matériel de peinture, des livres, des tas de vêtements, un bureau, un autre matelas et des draps, un fauteuil. Pas de Hannah en vue, en tous cas à la lumière des trois vasistas bloqués depuis des années qui donnent une belle vue sur les nuages.

-   Hannah ? Hannah ? Hannah ? répète Catherine en redescendant les escaliers. Quand elle arrive en bas, la blonde aux longs cheveux décoiffés et aux lèvres pulpeuses l’entend enfin et sort de la cuisine.
-   Oui, Catherine ?
-   Nous aurons des carottes pour cet hiver, a dit Samson.
-   Oh ! Mais c’est génial ! Tu verras, je vous préparerai de bons plats de carottes !
-   Oui.
-   Je prépare le repas, je n’en ai plus pour long. Tu crois que tout le monde sera prêt à huit heures ?
-   Oui.
-   Tout le monde est dans sa chambre ?
-   Non. Samson goûte le vin.
-   Ah ! Parfait. Allez, ajoute-t-elle en riant, vas te préparer toi aussi. Avec tes trois gros cheveux, là, tu as l’air d’une diplomate.
-   Oui…

Et Catherine remonte au grenier se préparer. Hannah, elle, ouvre la porte qui donne sur l’escalier de la cave et hurle :
-   Samson ! Dépêche-toi ! On mange dans une demi-heure !
-   Tu as besoin d’aide ? Tu as besoin d’aide ? demande Tim qui vient d’ouvrir la porte de sa chambre à toute vitesse.
-  Non Tim, répond la blonde aux formes généreuses, c’est une surprise ! Tout ce que je vous demande, c’est d’être prêts à huit heures.

Cinquième partie.

24.11.2007

La maison, troisième partie

Première partie
Deuxième partie

Et Samson s’en va donc au jardin. Catherine, elle, décide d’aller au salon. En passant près du bar, elle se rend compte que la porte des toilettes est restée ouverte. D’un geste brusque, elle la ferme et s’aperçoit que Valentin est là, debout, devant la fenêtre.

  • Tu as vu, Catherine, il fait beau !

  • Oui.

  • S’il fait encore beau demain, tu m’accompagneras faire le tour du jardin ?

  • Avec plaisir, Valentin.

  • Asseyons-nous donc un moment.

C’est à ce moment qu’arrive Tim.

  • Il faut que je te parle, Catherine.

  • Assieds-toi avec nous, mon garçon ! répond Valentin.

  • Je ne comprends pas. Quel est ton métier ? Que fais-tu de ta vie ?

D’un geste rapide, Catherine atteint le cendrier posé sur la table basse derrière elle puis regarde Tim dans les yeux.

  • Je suis artiste peintre.

  • Ah ? Et que peints-tu en ce moment ?

  • En ce moment je ne peints pas, dit-elle en prenant une cigarette dans sa poche.

  • C’est bien ce que je me disais. Et donc tu fais quoi ?

Catherine, tranquillement, monte son briquet jusque sa cigarette, déjà dans sa bouche. Continuant à regarder Tim, elle fait venir la flamme et tire une première bouffée… en recrachant la fumée, elle dit :

  • Cela ne se voit pas ? Je fume.

  • C’est vrai, dit Valentin.

  • Et toi, Tim, que fais-tu ?

  • Mais… voyons, je suis étudiant !

  • Et donc ? Que fais-tu de ta vie ?

  • Et bien je… je... j’étudie ! Comme tout étudiant, et j’ai une vie de jeune étudiant, je me distrais, je prends du bon temps, et je travaille.

  • Calme-toi, simple question.

  • Bon, et bien je vais travailler.

  • Oui.

  • A ce soir !

  • Oui.

Alors qu’il quitte la pièce, Valentin s’exclame en souriant :

  • Il est gentil, hein ?

  • Oui.

  • Il fera un bon astronaute.

  • Non.

  • Tu ne crois pas ?

  • Il fait des études de médecine.

  • Ah oui ! Oh, ma mémoire me fait défaut ! Voudrais-tu me conduire dans ma chambre que je choisisse des vêtements pour ce soir ?

  • Oui.

Catherine aide donc Valentin à monter les escaliers, et lui ouvre la porte de sa chambre, qui se trouve juste au-dessus de la grande pièce que constituent le salon et la salle à manger. Ensuite, elle pousse la porte de la salle de bain, qui se trouve au-dessus des toilettes et du bar, et se poste devant le miroir. « Mon visage est parfait. Quelques dreadlocks ne me feraient pas de mal. ». Alors elle attrape un pot de miel sur l’étagère et entreprend de nouer quelques-unes de ses mèches entre elles.

...quatrième partie.

22.11.2007

La maison, deuxième partie

Première partie

Dans cette maison, il y a surtout Samson. Samson a à peine plus de trente-cinq, quarante ans, et dort dans la petite chambre à côté de la salle de bains. Le jour, il goûte le vin, bricole, et discute avec Catherine lorsqu’ils boivent un café. Souvent il se moque de Tim, ironise sur Hannah et Valentin, avec cet humour qui caractérise les choses amusantes prononcées par des gens qui aiment ça sans trop en avoir le sens. Samson aime travailler. Il fait le jardin aussi. D’ailleurs il a été ouvrier agricole, avant de travailler dans le bâtiment. Si la précision a son importance, c’est uniquement parce qu’il est rare qu’on ne trouve pas Samson. Il est toujours quelque part.

  • Hannah nous invite, ce soir. Il faut s’habiller.

  • Ah bon, d’accord. Quelqu’un veut du café ?

  • Oui.

Hannah a raté Samson de quelques secondes à peine dans les escaliers. Elle finissait tout juste de sautiller vers son grenier qu’il sortait de sa chambre où il vient de faire sa sieste. Dieu merci, il n’y a pas de problèmes de communication, et il a été mis au courant. Maintenant c’est l’heure du café. Catherine se lève du canapé où elle s’était assise pour le rejoindre dans la cuisine ; au passage elle fait tomber sa cendre dans le joli cendrier qui trône au centre de la petite dentelle qui trône au centre de la table ronde autour de laquelle cinq chaises aux dossiers hauts et sculptés attendent que l’on veuille bien s’y asseoir. Puis son regard, qui s’était arrêté sur le sol où ses pieds emmitouflés dans de gros chaussons confortables se faisaient perpétuellement rattraper par la longue jupe de velours noir, remonte le long du bar carrelé puis accroche la lampe pour parvenir au plafond où les poutres marrons ont quelque chose de fascinant… « Aucune importance », pense-t-elle, et elle continue son chemin vers la porte de la cuisine qu’elle pousse comme si de rien n’était. « C’est donc ça qu’elle nous prépare ! ».

Tim se lève à son tour, s’étire et empreinte le même chemin que Catherine. Mais lui ne passe pas derrière le bar : il avance tout droit et ouvre une petite porte qui permet l’accès à l’escalier qui descend à la cave. L’escalier est raide et étroit… En bas, il se retrouve au début d’un long couloir qui ne mène qu’au mur opposé. Deux portes cependant s’en détachent sur le côté gauche, et Tim ouvre la première, entre, la referme, saute en l’air, attrape une barre de fer suspendue au plafond, effectue quelques tractions puis se jette sur son lit, attrape une guitare, gratte quelques notes, tapote un rythme sur ses genoux, s’allonge, repère un magazine sous la table de nuit, tend la main, le prend, l’ouvre, le lit.

  • Samson ? Samson ?

La blonde à la chemise moulante débarque soudain dans la cuisine en sautillant. « Ah ! Samson ! Tu pourras glisser cela dans la boîte au lettres ? Merci ! A tout à l’heure ! Et bien habillés, hein ! ». Et elle ressort aussi vite, pensant à la boîte aux lettres. La boîte aux lettres ? Une fente dans le portail, qui permet de mettre et de prendre du courrier. Mais à vrai dire, c’est surtout Hannah qui l’utilise. Elle envoie plusieurs lettres par jour. C’est Samson, en faisant son tour de jardinage, qui dépose ses enveloppes.

  • Raphael Falsburry, Miami… Tu connais, toi ?

  • Non.

  • Ce matin c’était Samuel Esses et Fred Matargas. J’ai une très bonne mémoire des noms. Hier, il a eu Mark Twilings, Saya Mileya et Mary Batarnuts. C’est toujours ça. Une fois, seulement, j’ai vu Pedro Falsburry, Henry Falsburry, deux fois Jack Tills, quatre fois Sandy Helberg et Caroline Majors. Je suis sur de moi, je me rappelle toujours de ces choses… c’est quand même bizarre, non ?

  • Hum… oui.

 Troisième partie

20.11.2007

La maison, première partie

Une maison. Nulle part.

Une maison entourée de hauts murs de pierre, si bien que de la cour, on ne peut apercevoir que des nuages… et ne sortir que si l’on a la clef. La clef… La clef qui entrerait dans la grosse serrure rouillée de l’immense portail métallique. Ce portail est parfait. Techniquement ; une réussite. Il est là depuis des années, mais sa vieillesse ne permet pas, en aucun endroit, de voir de l’autre côté… Il n’y a pas de petits trous de rouilles, pas de morceaux décollés, non, tout est en excellent état. Et la serrure n’en est que plus perturbante. Le jardin est tel qu’on trouverait juste qu’il soit, tel que de nombreuses personnes le voudraient : symétrique, mais sympathique. Une allée centrale qui mène à la porte est séparée du gazon, entretenu mais pas trop, par de petites briques en forme de vague… Au centre de chaque parterre d’herbe verte, un arbre, un pommier ou assimilé, de taille moyenne et d’apparence normale. L’allée centrale se sépare en deux devant la maison, côtoyant le perron, trois marches, et quelques fleurs, avant de rejoindre, de chaque côté, la haie qui borde le mur. Voilà.

  • Hum… Il y a aussi ce petit appentis en tôle dans le coin droit, pense Catherine qui fume sa cigarette devant la fenêtre. D’un geste sec, elle fait tomber sa cendre dans un pot de yaourt contenant des perles pour enfants puis tourne les talons.

  • Il pleut ? demande un jeune homme assis dans l’un des trois fauteuils qui se regardent à gauche de la pièce.

  • Non.

Derrière lui, une cheminée vide, au milieu de la cloison qui sépare ce petit salon de la cuisine. Face à lui, au-delà du fauteuil tourné vers la cheminée, l’autre fenêtre par laquelle Catherine ne regardait pas, et sous cette fenêtre, un long canapé d’angle qui rejoint et accompagne donc l’autre mur, celui qui est entier, même si l’on a accroché ça et là des peintures, des natures mortes. La tapisserie n’a aucun intérêt.

Valentin, l’ancien, le vieillard tranquille, s’est endormi dans son fauteuil.

Tout à coup, une blonde en collant noir et grosses chaussettes sort de la cuisine en sautillant, dépasse le bar, la grande table, et se plante au milieu des fauteuils.

  • Ce soir, je vous invite à manger ! A vingt heures précises autour de la table, et bien habillés s’il vous plaît ! Bon, j’ai du courrier à terminer. A tout à l’heure !

Et elle s’engouffre dans l’escalier de bois qui monte à l’étage en deux angles droits.

  • Qu’est-ce que je vais bien pouvoir mettre ? se demande le jeune homme à voix haute. Le noir est à la mode, non ?

  • Oui, répond Catherine.

 Deuxième partie