14.04.2008

Dans le midi

Agen.

Agen contient un pli que tout le pays avant semblait attendre, traversé par un canal enuyeux, un long couloir droit et propre, ça a l'air triste, ça a l'air... Le versant du pli évoque le passé, les grand-mères esseulées, ennuyées, usantes, comme la voix du chef de bord dans les wagons. Des usines, le long de la Garonne. La grosse Garonne qui à Toulouse chantait sous le soleil ou dormait, illuminée, est une mère pauvre de dessin animé. C'est le personnage à la vie difficile, au destin malheureux. Elle voudrait être belle et bienveillante mais elle n'a plus de force, dépouillée de tous ses biens dans ce désert, n'ayant pas les moyens de se prendre des cachetons alors elle reste saine mais hélas! Elle se blesse sur les poubelles des villes dans lesquelles elle habite.

On sent ce pays étouffant où les gens vivent encore pour travailler, on le sent agoniser, mourir, et n'être bientôt qu'un grand terrain plein de détritus pour pesticides tombés de satellite.

Pourtant, Toulouse la Belle, quatrième ville de France, Toulouse l'infidèle, Toulouse aux raisonnances des grandes avenues dans les sombres ruelles qui étouffent les cris comme les murs d'église, Toulouse... aux cent clochers, Toulouse qui rappelle une prison dorée.

Toulouse est envahie de poulets et d'Agen de toutes sortes qui virent les joyeux d'un beau centre bourgeois et moi qui suis passé sous toutes ses caméras je ne peux maintenant que trembler, Oh oui la France va mal mais ce n'est pas de réformes - mes chers cons! - dont elle a besoin, c'est de joie.

Et si par la même occasion vous aviez quelques plantes vertes pour le pays de Tonneins alors envoyez-les.

17/03/08, train Toulouse - Bordeaux.

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Quelques temps après Marmande, une petite route goudronnée longe la voie ferrée. Une large bande d'herbe grasse les sépare. De l'autre côté, un immense champ vide. Terre à nu, quelques pieds d'on ne sait quoi morts sur place. Et voilà le paysage inchangeant sur de longues minutes.
Et puis tout à coup: un vieux! Un vieux courbé avec un pantalon de velours et un pull de laine, une casquette de vieux... Un vieux qui avance lentement le long de la petite route, sans rien, comme ça. Et il avance, répétant les mêmes mouvements, ceux qui permettent à un corps d'avancer. Le train le dépasse à toute allure et continue à longer la même petite et interminable route.

25.10.2006

En sautant dans les flaques (II)

Rebelote! Après Cachan, voici Toulouse!
Et bien voici mon roi d'atout.
Et je ne rejète pas la faute sur mon supérieur hiérarchique...
J'ai plutôt bien choisi mon camp, je n'en ai pas!

Pour ceux qui auraient râté la première étape:
En sautant dans les flaques (I)

En sautant dans les flaques (II)

Je touille la casserole
Au fond de laquelle
Les mots sont tombés
Couverts de silence.

Dans la pauvreté d'argent
Au fond de laquelle
Les gens sont tombés
Je trouve la richesse
Je mets de la beauté
Dans la tristesse.

Je vais...
Transformer la solitude
Avec des sourires
Leur donner de l'envergure
Avec des regards
Les mots, les plaies
Je vais les faire fuir
Qu'ils aillent plonger dans les marres
Pour revenir à toute vitesse
Sous forme de rires, de caresses

Et comme la goutte
Colore le lac
Je répends l'amour
En sautant dans les flaques.

Ah si j'étais sur ce plongeoir! Mais pas de doute, et j'espère que vous ferez de même: si je me retrouve à côté du plongeoir, et que j'y vois un hypocrite... Pas de doute, pas de scrupules: je le pousse. Au moins il aura servi à quelque chose.