04.12.2007

La maison, septième partie

Première partie
Deuxième partie
Troisème partie
Quatrième partie
Cinquième partie
Sixième partie

... 

Un quart d’heure plus tard, la bouteille est terminée, et Hannah apporte l’entrée.
-  Vous m’excuserez de ne pas vous avoir prévenu, mais j’ai rajouté du basilic, je pense que tout le monde appréciera…

Et Valentin se met à rire. C’est bien simple, chaque bouchée qu’il avale augmente son rire… Mais personne ne semble le remarquer, tout le monde écoute Samson expliquer pourquoi il pense que les carottes arriveront cet hiver.
-  La feuille gagne chaque jour en intensité. Je la vois s’épaissir, devenir plus verte, et sa tige s’allonger.
-  Ça sent le brûlé, non ? s’inquiète tout à coup Tim.
-  Si, répond Catherine.
-  Oh ! Le riz ! Continue, Samson, je reviens.

Et le rire de Valentin s’amplifie encore à la vue de Hannah, la jolie Hannah, à qui la maturité de la très proche trentaine donne un air de magicienne aux pouvoirs infinis, qui tournoie vers la cuisine.
-  En attendant, je vous propose un verre de ce grand cru que j’ai goûté tout à l’heure.

Valentin, après un dernier éclat de rire, retrouve son sérieux pour déguster le vin. Hannah ramène le plat…
-  J’ai rajouté du persil pour enlever de petit goût de trop cuit. Cela va-t-être délicieux ! Et elle sert la tablée.
-  En effet, dit Samson en terminant son assiette, c’est délicieux. Je vais vous chanter une chanson.

Alors il se lève et fait entendre sa voix grave et mélodieuse aux convives pendant quelques minutes, puis se rassoit et reprend son explication sur les carottes.
-  Je n’en reviens pas, dit Tim. Où est le beurre ?
-  Sur le bar. Je te le prendrais en allant chercher le dessert !
-  Merci, Hannah.
-  Il n’y a pas de quoi, répond-elle avec un clin d’œil.
-  Tout de même, c’est sympathique. Si nous mangions le dessert ?
-  Pas avant d’avoir terminé le vin qui allait avec le plat ! répond Samson. Vous prendrez bien un dernier verre !
-  Oui ! dit Catherine.

Mais le riz au lait finit quand même par arriver. Il est tellement bon que tout le monde se préoccupe plus de le manger avec délectation que de Tim qui sanglote, la tête entre les mains.
-  J’aimerais tellement qu’il pleuve ! répète-t-il.

Malgré cette émotion, il finit son assiette en même temps que les autres.

-  Je n’ai qu’une chose à dire, commence Catherine d’une voix rapide, c’est que ce repas était l’un des meilleurs que j’aie eu l’occasion de manger depuis longtemps. On voit bien que tout y a été pensé et réfléchi en profondeur, l’harmonie des aliments, leur cohérence en valeur énergétique, leur présentation, tout. Et c’est ce qui me conduit à dire que Hannah est une grande cuisinière. Bien qu’elle n’ait pas le talent scientifique – car la cuisine est une science – des plus grands chefs qui vous concoctent des repas composés d’aliments dont vous connaissez à peine l’existence, elle a exactement ce qu’il faut pour une soirée originale et réussie : l’imagination, c'est-à-dire la faculté d’inventer et de comprendre à la fois ce qui plairait aux participants sans les consulter à l’avance et sur la seule base des déductions de son cerveau qui prouve ici le talent qu’on lui prêtait tout en faisant découvrir sa plus fascinante et efficace capacité cachée en dehors de lui-même. Il est vrai que mes assertions ne sont pas le fruit d’un débat ni même d’un échange mais simplement d’un mélange entre mon sentiment et mon expérience, cependant je les crois justes et adaptées. Non seulement Hannah mérite le respect, mais elle a également droit à des félicitations clairement exprimées.

...

Huitième partie

26.11.2007

La maison, quatrième partie

Première partie
Deuxième partie
Troisème partie

Une heure plus tard, elle redescend comme Samson entre dans la maison.
-   Nous aurons des carottes pour cet hiver !
-   Merveilleux.
-   Peux-tu prévenir les autres, je vais goûter le vin.
-   Oui.

Tous deux descendent donc à la cave. Catherine ouvre la première porte et Samson la seconde…
-   Catherine ?

Depuis la chambre de Tim, on entend Samson crier « Il est bon ! Il est bon ! », ce qui retient l’attention de Catherine.
-   Catherine ? Oh !
-   Oui ?
-   Eh bien? Qu’y a-t-il? Que fais-tu dans ma chambre ?
-   Ah ! J’étais venue te prévenir que nous aurions des carottes pour cet hiver.
-   Ah, merci…  Penses-tu qu’il me faille une cravate pour ce soir ?
-   Non.

Et Catherine fait volte-face pour remonter prévenir Hannah. Elle retraverse la grande pièce du bas, monte les deux angles droits… Premier étage.
-   Valentin ? Vous m’entendez ?
-   Oui, je t’entends.
-   Nous aurons des carottes pour cet hiver.
-   Ah ! Bonne nouvelle !

L’escalier vers le grenier a exactement la même forme que celui qu’elle vient de monter. A nouveau deux angles droits, et la voilà arrivée. Le briquet est vide, elle craque une allumette, allume sa cigarette et balaye la pièce du regard. A gauche, un matelas et une couette , puis du matériel de peinture, des livres, des tas de vêtements, un bureau, un autre matelas et des draps, un fauteuil. Pas de Hannah en vue, en tous cas à la lumière des trois vasistas bloqués depuis des années qui donnent une belle vue sur les nuages.

-   Hannah ? Hannah ? Hannah ? répète Catherine en redescendant les escaliers. Quand elle arrive en bas, la blonde aux longs cheveux décoiffés et aux lèvres pulpeuses l’entend enfin et sort de la cuisine.
-   Oui, Catherine ?
-   Nous aurons des carottes pour cet hiver, a dit Samson.
-   Oh ! Mais c’est génial ! Tu verras, je vous préparerai de bons plats de carottes !
-   Oui.
-   Je prépare le repas, je n’en ai plus pour long. Tu crois que tout le monde sera prêt à huit heures ?
-   Oui.
-   Tout le monde est dans sa chambre ?
-   Non. Samson goûte le vin.
-   Ah ! Parfait. Allez, ajoute-t-elle en riant, vas te préparer toi aussi. Avec tes trois gros cheveux, là, tu as l’air d’une diplomate.
-   Oui…

Et Catherine remonte au grenier se préparer. Hannah, elle, ouvre la porte qui donne sur l’escalier de la cave et hurle :
-   Samson ! Dépêche-toi ! On mange dans une demi-heure !
-   Tu as besoin d’aide ? Tu as besoin d’aide ? demande Tim qui vient d’ouvrir la porte de sa chambre à toute vitesse.
-  Non Tim, répond la blonde aux formes généreuses, c’est une surprise ! Tout ce que je vous demande, c’est d’être prêts à huit heures.

Cinquième partie.

24.11.2007

La maison, troisième partie

Première partie
Deuxième partie

Et Samson s’en va donc au jardin. Catherine, elle, décide d’aller au salon. En passant près du bar, elle se rend compte que la porte des toilettes est restée ouverte. D’un geste brusque, elle la ferme et s’aperçoit que Valentin est là, debout, devant la fenêtre.

  • Tu as vu, Catherine, il fait beau !

  • Oui.

  • S’il fait encore beau demain, tu m’accompagneras faire le tour du jardin ?

  • Avec plaisir, Valentin.

  • Asseyons-nous donc un moment.

C’est à ce moment qu’arrive Tim.

  • Il faut que je te parle, Catherine.

  • Assieds-toi avec nous, mon garçon ! répond Valentin.

  • Je ne comprends pas. Quel est ton métier ? Que fais-tu de ta vie ?

D’un geste rapide, Catherine atteint le cendrier posé sur la table basse derrière elle puis regarde Tim dans les yeux.

  • Je suis artiste peintre.

  • Ah ? Et que peints-tu en ce moment ?

  • En ce moment je ne peints pas, dit-elle en prenant une cigarette dans sa poche.

  • C’est bien ce que je me disais. Et donc tu fais quoi ?

Catherine, tranquillement, monte son briquet jusque sa cigarette, déjà dans sa bouche. Continuant à regarder Tim, elle fait venir la flamme et tire une première bouffée… en recrachant la fumée, elle dit :

  • Cela ne se voit pas ? Je fume.

  • C’est vrai, dit Valentin.

  • Et toi, Tim, que fais-tu ?

  • Mais… voyons, je suis étudiant !

  • Et donc ? Que fais-tu de ta vie ?

  • Et bien je… je... j’étudie ! Comme tout étudiant, et j’ai une vie de jeune étudiant, je me distrais, je prends du bon temps, et je travaille.

  • Calme-toi, simple question.

  • Bon, et bien je vais travailler.

  • Oui.

  • A ce soir !

  • Oui.

Alors qu’il quitte la pièce, Valentin s’exclame en souriant :

  • Il est gentil, hein ?

  • Oui.

  • Il fera un bon astronaute.

  • Non.

  • Tu ne crois pas ?

  • Il fait des études de médecine.

  • Ah oui ! Oh, ma mémoire me fait défaut ! Voudrais-tu me conduire dans ma chambre que je choisisse des vêtements pour ce soir ?

  • Oui.

Catherine aide donc Valentin à monter les escaliers, et lui ouvre la porte de sa chambre, qui se trouve juste au-dessus de la grande pièce que constituent le salon et la salle à manger. Ensuite, elle pousse la porte de la salle de bain, qui se trouve au-dessus des toilettes et du bar, et se poste devant le miroir. « Mon visage est parfait. Quelques dreadlocks ne me feraient pas de mal. ». Alors elle attrape un pot de miel sur l’étagère et entreprend de nouer quelques-unes de ses mèches entre elles.

...quatrième partie.

19.11.2007

Allons dans la maison!

Alors voilà, la victoire du monstre se profile?
Il est toujours temps, vous savez, toujours.
Renoncer c'est mourir.
D'accord, pas pour l'éternité...
Mais mourir quand même.
Peut-être avez-vous besoin de la maison?

Ivi va vous ouvrir la porte...
Il y a Bette Midler qui chante et rit,
Il y a un Dieu qui souffle dessus,
Et pour vous y rendre, c'est Baudelaire qui vous guide.

La voix

Mon berceau s'adossait à la bibliothèque,
Babel sombre, où roman, science, fabliau,
Tout, la cendre latine et la poussière grecque,
Se mêlaient. J'étais haut comme un in-folio.
Deux voix me parlaient. L'une, insidieuse et ferme,
Disait : " La Terre est un gâteau plein de douceur ;
Je puis (et ton plaisir serait alors sans terme !)
Te faire un appétit d'une égale grosseur. "
Et l'autre : " Viens ! oh ! viens voyager dans les rêves,
Au delà du possible, au delà du connu ! "
Et celle-là chantait comme le vent des grèves,
Fantôme vagissant, on ne sait d'où venu,
Qui caresse l'oreille et cependant l'effraie.
Je te répondis : " Oui ! douce voix ! " C'est d'alors
Que date ce qu'on peut, hélas ! nommer ma plaie
Et ma fatalité. Derrière les décors
De l'existence immense, au plus noir de l'abîme,
Je vois distinctement des mondes singuliers,
Et, de ma clairvoyance extatique victime,
Je traîne des serpents qui mordent mes souliers.
Et c'est depuis ce temps que, pareil aux prophètes,
J'aime si tendrement le désert et la mer ;
Que je ris dans les deuils et pleure dans les fêtes,
Et trouve un goût suave au vin le plus amer ;
Que je prends très souvent les faits pour des mensonges,
Et que, les yeux au ciel, je tombe dans des trous.
Mais la Voix me console et dit : " Garde tes songes :
Les sages n'en ont pas d'aussi beaux que les fous ! "

(Les fleurs du mal)

 

Les prochaines notes, alors, ce sera La Maison, une nouvelle ni longue ni courte où nous mène la voix... C'est bon pour vous, car quand on y rentre, après, on peut en sortir.

16.11.2007

A la tête

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Partout, partout on entend, si l'on tend l'oreille, le bruit sourd, le grondement de la France ces temps-ci. Un coup d'oeil sur le Monde, première fois que je l'ouvrais. Mais ici c'est le seul à arriver. Alors bon, un tour rapide sur les mobilisations, étudiantes en particulier... Le Monde retransmet la coordination nationale!

Et puis allez, poussons le vice, voilà que j'ai regardé le journal en ligne de TF1. Quelle tristesse, la France, quel enfer.

Evidemment ça se mobilise de partout, mais voilà, les reportages sont très critiques, on met en valeur la mobilisation anti-mobilisation, Sarko dit "nous avons tous les éléments pour que ça cesse", les syndicats font encore tout et n'importe quoi en négociations, discours, désaccords, prises de positions... Un peu d'espoir dans l'international? Ma coloc doit rédiger une dissert sur les raisons qui font de la France un pays exemplaire et influent. Les étudiants allemands sont aussi en grève. Qui le sait? Non, ce qu'on sait, c'est qu'un flic italien a tué un de ses compatriotes. J'ai vu la vidéo de Nanterre, au fait... On sait aussi qu'un gouverneur américain, de quel état? Il y en a tellement! Qu'un gouverneur américain avait tout simplement organisé une prière géante pour faire tomber la pluie sur son état en sécheresse... Je le revois encore, devant des centaines de personnes, les mains vers le ciel, sortant son discours...

Et puis la cerise sur le gateau, l'espace. Il ne manquait que ça pour que tout soit noir. Une expédiation japonaise sur la lune, et puis, le commentaire, le message... « Faire rêver. »

Que veux-tu que je te dise, France?

J'espère, bien sûr, j'espère que tu vas réussir. J'entends que les étudiants s'associent aux cheminots, je sens que des choses sont possibles, que des forces émergent mais... J'ai peur, peur qu'il soit trop tard, que tu les écrases comme tu sais si bien le faire. Et ils le sentent, et leur rage augmente et ils perdent pied. Tu les broies, c'est ça, tu les fait bouillir pour qu'ils s'auto-consument, et qu'on n'approche pas, de peur de se brûler.

A toutes ces torches humaines, je veux dire:

Foncez, et bouffez-en tous.

Foncez.

Foncez droit devant!
Tentez, ruez-vous dans la France
La plus ténébreuse, celle qui suit la cadence
Et enfumez les gens!

Ouvrez-leur les yeux,
Retenez les paupières
Que ça les pique un peu
Qu'ils revoient comme hier!

Ne les détestez pas.
Prenez-les par la main,
Parlez-leur, soyez là,
Et qu'ils comprennent enfin...

N'allez plus au front, réparez le cerveau.