06.01.2008
Philosophie des feux d'artifice

- Alors ils ont ouvert le champagne. Et tout à coup j’ai eu un genre d’illumination, tu vois, j’étais là debout au milieu du salon avec ma bière dans la main – oui bon d’accord j’étais bourré, mais bon, ça ne change rien au problème. Je les ai vu commencer à se sauter dessus, et comme Nathalie se précipitait vers moi pour m’embrasser aussi dans les cris et les bulles qui nous éclataient à la gueule là j’te jure, je me suis dit… « Mais qu’est-ce qu’on fait ? Qu’est-ce qu’il se passe exactement ? » Et tu vois j’arrête pas d’y repenser depuis mais quand on y pense en fait… C’est d’une connerie monstrueuse tout ça. Comme si ça changeait quelque chose là du 31, 23h59 au 1er, 00h01 ! Mais rien ! Rien ne change ! Et je me suis dit alors pourquoi on fait la fête ?
- Au ben parce que tout le monde le fait ! C’est une occasion, c’est tout, faut pas…
- Ben c’est ça le problème tu vois. C’est pas une occasion. C’est ce qu’on croit. C’est comme une obligation car si il te venait à l’idée de pas fêter ça mais tu passerais pour un fou ! C’est une telle évidence qu’on n’ose pas la remettre en question. Mais quelle évidence bon dieu ! Une fête c’est quand on a quelque chose à fêter, non ? Mais on a rien à fêter ! Ça ne correspond strictement à rien tout ça ! Le calendrier c’est nous qui l’avons inventé, ça pourrait très bien être deux jours plus tard je sais pas tu vois, je… Ça correspond même pas aux saisons. Même pas ! Rien de naturel, rien, il n’y a rien de rien !
- Pourtant il doit bien…
- Oui ! Oui ! J’vais te le dire moi, c’est comme par hasard une semaine jour pour jour après noël ! Et on ose dire qu’on est laïcs. Oui bien sûr il n’y que moi pour penser à ça, bien sûr ça fait chier, c’est des détails on n’a qu’à profiter de la fête et puis c’est tout c’est ça ? Ben non. C’est à force de plus réfléchir à rien, de tout accepter, même des petites choses à la con comme ça, qu’on se fait avoir tout le temps. On sait plus se méfier. On accepte tout car on croit que « c’est comme ça ».
- Mais attends moi je veux bien mais j’ai pas envie d’avoir une vie morose là, où je reste tout seul à faire la gueule pour des raisons bon… voilà, quand tout le monde fait la fête. Merde, écoute !
- Ehe… Tu me connais plus j’ai l’impression… Tu crois que c’est mon genre de rester tout seul à déprimer ? Non, moi aussi j’aime bien la cuite avec les potes. Le tout c’est de savoir ce qu’on fait là. Si on fait la fête, c’est parce qu’on en a envie, point. Faut assumer un peu. Oui, on aime se prendre des cuites ! Et non, on en a rien à foutre de ce changement de chiffre. Les « meilleurs vœux » d’usage, on oublie. On arrête de sauter en l’air en faisant le décompte. Etc. Enfin moi j’arrête, hein, voilà. Et je sens bien que je suis pas le seul à vouloir un peu remettre du sens dans tout ça. Mettre du sens c’est déjà en chercher et reconnaître quand il n’y en a pas, je crois.
- Hum… Pourquoi pas après tout. Tu sais dans le Pub où j’étais ils faisaient n’importe quoi, ils ont crié le décompte une dizaine de fois, avant l’heure et après l’heure enfin… Finalement ils disaient comme toi, hein, enfin sans nous faire le discours philosphique là, sans s’en rendre compte sûrement… Mais quand on y pense c’est le même sentiment que tout ça c’est une vieille mascarade à deux balles. Alors détruisons-là, ouais, faisons-en un truc tripant !
15:55 Publié dans Par la longue vue... | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : voeux, bonne année, actualité, écriture, société, nouvel an, réveillon
28.12.2007
Souvenirs d'indépendance et voeux
"Ah ben moi j’dis d’accord, très bien l’indépendance, on vous la donne mais alors plus question de profiter de tous nos trucs économiques, hein, terminé ! …Attends, là, ils veulent jouer à ça, ils vont être servis."
"Ecoute moi quand j’ouvre un atlas je vois le Royaume-Uni, la France, l’Espagne, la Pologne, d’accord, point. Alors tu peux me dire tout ce que tu veux, c’est comme ça ! Qu’il y ait des gens qui parlent des langues là, bon d’accord, mais que je sache t’as pas besoin de connaître ces langues pour travailler je me trompe ?"
"C’est vraiment trop stupide ça. Non mais je comprends pas sérieusement, on est tous ensemble non ? Pourquoi vouloir se séparer comme ça ? Ah ben non pas les Etats, non, l’Europe d’accord mais on garde nos pays respectifs, hein, c’est pas pareil !"
"Comment ça il y a cinq cents ans ? Ben c’est quand même long cinq cents ans, excuse moi, alors non c’est pas un pays ! Comment ça j’y connaît rien ? Toi non plus que je sache ! Attends deux segondes, toi. Non c’est pas un pays. Oui je sais qu’il a dit ça, mais je suis pas d’accord !"
...Et puis chacun a son petit avis. Etrange sujet qui révèle tout ce que tu veux : hypocrisie, mépris, fierté, idéologèmes, préjugés, conceptions irréfléchies, nationalisme, tension, colonialisme, fermeture, autoritarisme… Mais ma vieille Europe, t’es tellement confortablement assise sur la démocratie que t’es en train de lui chier dessus ma parole !
Encore et toujours le même constat. Ce dont on ne parle pas constitue une bombe à déchirement humain inégalable. Alors parlons en, par pitié. Et commençons par laisser s’exprimer ceux qui sont concernés.
VOEUX KROMM:
Joyeuses fêtes pourries à tous !
Et spécialement à la Bretagne qui me manque, et à mes amis basques, gallois et silésiens. Salut à toi communauté des étrangers, tribus des voyageurs, et enfin à la France, mon amante aimée et détestée dont parfois je me résigne à porter les couleurs, tu es belle dans ce que tu as de plus plouc. Tu es belle dans ton fromage et ton vin, tu es belle dans tes gens. Dans ton cru. Et ton cru, voilà ce qu’il est, voilà comment il me fait rêver, étrangement plus moderne et excitant que ton... Ton côté clinquant, bling bling, jouant à l’héroïne droguée qui écrase les autres pour exister, on la prend quelques nuits et puis elle dégoûte comme elle est presque fière d'être écoeurante.
Il n’est jamais trop tard pour ouvrir les yeux. On serait même prêts à te pardonner et t’accueillir, tiens, tellement on est bouffés par le positivisme. Celui d’où nait l’espoir et la lutte.
Alex hall 26/12/07 vers midi.
18:15 Publié dans Par la longue vue... | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Voeux, Noël, france, bretagne, écriture, synthèse nationale, fêtes